Un executive MBA pour crever le plafond de verre

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Destinés aux cadres qui ont une dizaine d’années d’expérience professionnelle, ces programmes attirent de plus en plus de femmes.

Un executive MBA pour crever le plafond de verre

Ce matin d’avril, dans la grande salle de réunion du Comité économique et social européen à Bruxelles, Bozena Cosser, cadre de nationalité anglo-polonaise qui travaille sur des financements de projets à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), interroge Philippe Lamberts, député européen, spécialiste de la réglementation bancaire. Ils sont soixante aux côtés de la jeune femme - la promotion 2013/2014 de l’executive MBA (EMBA) de l’ESCP Europe. Ils assistent durant une semaine aux interventions de professeurs, élus européens, consultants en stratégie ou avocats d’affaires sur les institutions communautaires, le processus législatif, le lobbying, etc. Ces « élèves » sont des cadres, avec une solide expérience professionnelle, qui veulent grimper dans l’organigramme de leur entreprise ou ailleurs, augmenter leur salaire, mais aussi acquérir d’autres connaissances et développer leur leadership. « J’apprends beaucoup sur moi-même et je suis surprise !, s’exclame Bozena Cosser basée à Londres, où se situe la Berd. Je me voyais plutôt effacée et au cours des travaux de groupe, mes camarades m’ont dit le contraire, ils me trouvent un côté compétitif. Cela me donne confiance en moi. »

Dans cette promotion, les femmes, au nombre de vingt, sont plus présentes que dans les précédentes. « Elles sont 30 %, contre 25 % l’an dernier et 22 % habituellement, précise Valérie Madon, directrice du programme. Après dix ans de carrière, elles sont à un âge où elles ont des responsabilités managériales, mais pour accéder à des postes de direction, elles se heurtent au fameux 'plafond de verre'… » Cela peut expliquer l’engouement des femmes pour ce type de MBA. Selon une étude du Graduate Management Admission Council (GMAC), les candidatures féminines à des EMBA ont représenté 37 % des candidatures en 2012, contre 27 % l’année précédente. « On dit souvent qu’un EMBA, c’est un second travail, souligne Valérie Madon. Or les femmes doivent mener de front leur vie professionnelle, leur vie familiale et le cursus. Leur capacité à gérer ces trois 'vies' est un signe pour leurs entreprises qu’elles sont de hauts potentiels. » C’est sûrement ainsi qu’est perçue Olivia M., 37 ans, au sein du fonds d’investissement américain qui l’emploie depuis douze ans et lui a proposé de s’inscrire à un tel programme en le finançant entièrement, ce qui est de plus en plus rare dans les entreprises. « Avant de rejoindre ce fonds, je ne connaissais rien à la finance, j’avais un diplôme en traduction. J’ai appris mon métier d’'asset manager' sur le tas, raconte cette jeune mère de deux enfants. Mes responsables m’ont dit qu’il s’agissait du bon moment pour un MBA. J’ai choisi l’ESCP car les cours sont étalés sur 18 mois, ce qui permet de gérer son agenda professionnel et personnel. La formation est généraliste et aborde beaucoup de sujets, c’est ce dont j’avais besoin. »

Renouveler ses idées

Les employeurs ont beau ne plus financer plus ces cursus au coût moyen de 50.000 euros, cela ne décourage pas les femmes cadres, notamment du secteur financier. Sophie Baillet, responsable « new products delivery » chez BNP Paribas Real Estate Investment Services où elle exerce depuis 2008, souhaitait se lancer depuis deux ans dans un MBA. « C’était une motivation vraiment personnelle, confie celle qui a à son actif dix ans dans l’investissement immobilier. J’ai une semaine de cours par mois, parfois j’ai des cours le samedi matin, et en semaine je passe trois soirs à travailler chez moi. »

Pour elle, le programme de l’ESCP qui prévoit à l’automne un séminaire dans un pays émergent (Brésil, Inde ou Chine), puis un autre à Austin au Texas en mars 2014 avant de se conclure en juin à Madrid, est aussi une façon de trouver de nouvelles idées dans un environnement académique très axé sur l’international. « Ce diplôme est encore peu répandu dans mon secteur. Or dans un marché complexe, avec de nouveaux acteurs, il faut renouveler ses idées, ce que cette formation peut aider à faire, explique-t-elle. En outre, la clientèle moyen-orientale et asiatique, avec laquelle nous n’échangeons pas forcément en face à face, pourrait être sensible à ce type de programme de référence internationale. » 

A l’heure où la féminisation des équipes dirigeantes est devenue un objectif pour les DRH au sein des établissements financiers, les femmes qui décident d’entreprendre un MBA envoient un signal fort. Prudente, Sophie Baillet dit ignorer « si le MBA peut être une rampe de lancement pour les femmes cadres mais ce type de programme montre clairement une aptitude à l’initiative, à l’investissement pour acquérir de nouvelles connaissances ». Cet élément de personnalité, les chasseurs de têtes le relèvent sur un curriculum vitae. « Les femmes qui décident de suivre un MBA sont courageuses, déclare Renaud Pechoux, associé du cabinet de chasse de têtes Themis Executive Search. Un MBA, c’est mettre sa vie personnelle entre parenthèses et c’est aussi une prise de risque dans une carrière bien tracée. » Pour Denis Marcadet, président du cabinet de chasse Vendôme Associés, cette formation « aide à grandir plus vite et à franchir les étapes, c’est un valorisateur de comportement ». C’est justement l’expérience vécue par Bozena Cosser : « Lors de réunions avec mes responsables, je n’hésite plus à poser des questions. Au départ, j’étais venue pour développer mes compétences afin de mieux exercer mon métier mais je me dis que je pourrais un jour créer ma propre entreprise ! » Les DRH en quête de collaboratrices à des postes clés peuvent regarder du côté de celles qui figurent dans des promotions d’executive MBA…

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