Egalité des sexes, en avant toutes !

le 31/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Dans certaines entreprises, des aménagements sont mis en place afin de préserver les parcours de carrière, notamment durant les grossesses.

Egalité des sexes, en avant toutes !

Chartes, accords internes, conventions signées avec le ministère du Droit des femmes (par la Caisse des dépôts, HSBC France et Axa)… Sous diverses formes, l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes s’affiche dans les entreprises du monde financier. Parmi elles, celles qui peinent à recruter des femmes et à les retenir au cours de leur carrière s’efforcent de proposer des mesures concrètes afin de garantir cette égalité. « Les femmes ne s’orientent pas beaucoup vers les métiers du conseil car elles imaginent des durées de travail très contraignantes », regrette Claude Chassain, associée responsable de l’actuariat chez Deloitte. En effet, contrairement au secteur bancaire (à l’exception des métiers de banque de financement et d’investissement) où les femmes sont bien représentées, y compris chez les cadres, le secteur du conseil a plus de difficultés à les attirer. Après un audit mené par un cabinet externe, le bureau parisien du Boston Consulting Group (BCG), où seules trois femmes figurent parmi les 42 associés au total, a mis en place des actions bien spécifiques, notamment sur l’accompagnement de la maternité (lire aussi le témoignage). « Auparavant, il n’y avait pas de bonus pendant le congé maternité. Depuis deux ans, il est maintenu. C’est un signe important de reconnaissance pour elles, assure Agnès Audier, directrice associée. Nos métiers sont parfaitement adaptés aux femmes alors qu’il y a sans doute une inhibition de certaines à aller vers les métiers du conseil en stratégie. » Au sein des 350 consultants du bureau de BCG à Paris, la part des femmes est de 30 %. La cabinet veut d’ailleurs aussi rééquilibrer ses recrutements : « Nous avons des événements dédiés aux femmes. En février dernier, nous avons rassemblé 500 étudiantes de différentes formations pour échanger avec nos consultantes, indique Agnès Audier. Et lorsque nous mandatons des chasseurs de têtes pour des postes d’expérience, nous leur demandons d’inclure des femmes dans les 'short lists'. » Les dispositifs peuvent être aussi moins formels.

Flexibilité

Chez Deloitte où elle exerce depuis quatre ans, Claude Chassain joue la flexibilité avec les trente actuaires de son équipe : « J’ai instauré une règle dans mon équipe : pas de réunion avant 8 heures ni après 18 heures, sauf si cela est imposé par un client. Cela me vient peut-être de mon expérience anglo-saxonne, j’ai passé treize ans à Londres. » Le groupe d’audit a équipé tous ses consultants de façon à leur permettre de travailler à distance. « Le téléphone fixe a été supprimé dans l’entreprise, car l’ordinateur fait tout. Cela donne une flexibilité importante, note cette actuaire de formation. A partir du grade de managers, les collaborateurs ont un iPhone, un iPad et un ordinateur portable. » Autant d’outils qui permettent de traiter ses dossiers de n’importe où et à n’importe quelle heure… Pour éviter les dérapages sur les horaires à rallonge, « une charte du management, qui évoque notamment la question des horaires, a été signée par les associés, précise Claude Chassain. Les choses évoluent dans le bon sens pour les femmes, le management agit dans ce sens mais il reste encore du chemin à parcourir ». C’est aussi le cas dans les métiers du capital-investissement, où les équipes opérationnelles restent peu féminisées. Dans le fonds français Eurazeo, notamment sous l’impulsion de Virginie Morgon, chief investment officer et membre du directoire (où elle est la seule femme), une certaine attention est portée à la féminisation des équipes d’investissement. Amandine Ayrem, aujourd’hui chargée d’affaires, a été recrutée en 2010 après avoir travaillé en fusions-acquisitions dans une banque européenne. « Je pense que Virginie Morgon accorde une importance forte à la place des femmes dans l’entreprise. Dans les métiers de l’investissement, on gagne en effet à avoir de la mixité car il est nécessaire d’avoir plusieurs visions dans les décisions d’investissement », défend la trentenaire.

Point positif dans ces métiers très normés : la promotion des cadres s’effectuant par le passage d’un grade à un autre, l’égalité salariale est assurée. « Il n’y a pas de sujet d’inégalité salariale. A grade équivalent, un homme et une femme ont la même rémunération », affirme Amandine Ayrem. « La discrimination salariale est exclue dans notre entreprise car les consultants évoluent selon des grades et des grilles très structurés, strictement identiques pour les hommes et les femmes », ajoute Agnès Audier.

Dans d’autres professions, des écarts peuvent évidemment exister. « J’ai pu sentir par le passé que j’étais effectivement moins bien payée que des hommes à postes équivalents : de 15 % environ, confie Ghislaine Seguin, directeur immobilier et membre du directoire chez ANF Immobilier. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. »

Un budget est parfois dédié à la correction de ces différences de traitements. Chez Axa France, pour la période 2012-2014, 600.000 euros ont ainsi été alloués. Depuis 2006 (date de l’accord sur l’égalité et la diversité et la mise en place d’un budget), 881 femmes ont été concernées par la mesure avec 5 % d’augmentation moyenne, d’un montant moyen de 2.034 euros. L’assureur dispose d’un outil internealertant automatiquement ces écarts : tous les ans, chaque femme est comparée à un panel homogène d’hommes, par classe, métier, âge, ancienneté dans le groupe, ancienneté dans le poste. « Si sa situation le justifie, une même collaboratrice est susceptible de bénéficier de plusieurs mesures d’ajustement consécutives, réparties sur plusieurs années », souligne-t-on chez Axa. Concernant les avantages en nature, les discriminations peuvent être moins faciles à rectifier. « Lorsque j’ai demandé une voiture de fonction, raconte sous couvert d’anonymat cette cadre dirigeante, il paraissait évident à tous les hommes, mon N+1 et N+2, que j'aurais une petite voiture puisque j’étais une femme et que les femmes ont forcément des petites voitures. Finalement, on ne m’a pas laissé le choix. » Les mentalités n’évoluent pas au même rythme que les entreprises…

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