DOSSIER MBA

Les écoles françaises se mondialisent

le 28/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Les cursus attirent tandis qu'aux Etats-Unis, la crise a fait chuter le nombre de candidats dans les 'business schools'.

Campus de l'école

Même s’ils sont rares à figurer dans le Top 10 des meilleurs MBA mondiaux (seul celui de l’Insead y apparaît, voir le tableau), les programmes de management français pourraient profiter de la crise qui secoue actuellement le marché des formations destinées aux jeunes cadres et cadres dirigeants. Aux Etats-Unis où sont nés il y a plus d’un siècle les « masters of business administration » (MBA), les candidats ne se bousculent plus aux portes des prestigieuses écoles comme Harvard, Stanford ou encore Columbia. La raison en est simple : les MBA américains sont chers et longs. Leur coût moyen est de 120.000 dollars (un peu plus de 90.000 euros) et il se déroulent sur deux ans. En période économique morose, cet investissement financier et chronophage est plus difficile à réaliser pour les cadres, dont les entreprises ont nettement revu à la baisse leurs budgets de formation.

Selon le Graduate Management Admission Council (GMAC), l’organisme qui a créé le fameux test du « GMAT » (graduate management admission test), passage obligé dans la candidature d’un MBA, les programmes de deux ans aux Etats-Unis ont vu en 2012 leur nombre de postulants chuter de 62 % par rapport à 2011. Si elles dominent toujours le classement du Financial Times,qui retient une vingtaine de critères (salaire, mixité...), les grandes business schools américaines ont été directement touchées par cette glissade ; à Columbia, les dossiers de candidatures au MBA ont accusé une baisse de 19 %. Pour le MBA de Harvard, la contraction a été plus modérée avec 4 % tandis que celui de Wharton, lui, a à peu près conservé le même volume de postulants.

De l’autre côté de l’Atlantique, en France, où les MBA et executive MBA (EMBA, qui ciblent des cadres dirigeants) s’étalent généralement sur douze à dix-huit mois, le marché résiste. « En janvier 2013, nous avons noté une hausse de 20 % des inscrits à notre MBA 'full time' (à temps plein, sur seize mois, NDLR) par rapport à janvier 2012 », se réjouit Bernard Garrette, directeur délégué du MBA de HEC, qui occupe la 21eplace dans le classement des 100 meilleurs MBA mondiaux. En septembre dernier, l’école de Jouy-en-Josas a lancé un tout nouveau MBA revisité avec l’aide du cabinet Bain & Company. « Nous avons conçu un MBA conforme aux attentes des entreprises dans un contexte où elles demandent à leurs cadres une dimension internationale forte, et un esprit entrepreneurial dans le but de rechercher la croissance et de développer de nouvelles activités, explique Bernard Garrette. Sur notre campus, les participants bénéficient de toutes nouvelles infrastructures, avec 5.000 mètres carrés de salles de cours, de salles de travail, d’espaces de rencontre, de lieux interactifs avec réseau wifi, etc. » A l’Edhec aussi, le MBA attire. « Nous avons enregistré cette année une hausse de 25 % des inscriptions à notre MBA 'full time' qui se déroule à Nice, constate Benoit Arnaud, directeur d’Edhec Management Institute. Parmi les participants à ce programme, 20 % viennent du secteur financier. »

Des formations européennes plus cosmopolites

C’est à leur dimension internationale que les formations tricolores doivent leur attractivité. Depuis plusieurs années, les écoles françaises ont, à marche forcée, noué des partenariats avec des établissements à l’étranger et même installé leurs propres campus dans d’autres pays. L’Insead a ainsi créé un campus à Singapour dès 2000 et l’ESCP Europe dispose de cinq centres de formation sur le Vieux Continent (Paris, Londres, Berlin, Madrid et Turin). Quant à l’Essec, l’école de Cergy-Pontoise agrandit son implantation singapourienne en construisant un bâtiment dans la cité-Etat qui offrira, à partir de décembre 2014, 6.500 mètres carrés d’espaces à ses étudiants. Les participants aux MBA sont issus de nationalités très diverses, ce qui constitue un des grands éléments de différenciation entre les formations françaises, et plus largement européennes, et les cursus anglo-saxons. « Ces derniers ont beaucoup moins de profils venant de l’étranger », observe d’ailleurs Benoit Arnaud. Selon l’étude du GMAC, la moyenne des candidats internationaux dans les MBA (toutes zones géographiques confondues) est de 33 %. Les programmes américains se situent sous cette moyenne avec 30 % tandis que ceux des écoles européennes accueillent 61 % d’étrangers ! A l’Insead, les 1.024 étudiants des deux classes du MBA 2012/2013 qui seront diplômés en juillet et décembre prochains affichent 84 nationalités. « La nature internationale de notre MBA est dans nos gènes. Nos 145 professeurs sont eux-mêmes issus de 35 nationalités », souligne Virginie Fougea, responsable des admissions au MBA de l’école de Fontainebleau. Cette année, parmi les 200 participants du MBA de HEC, 50 nationalités sont représentées. « Un tiers vient d’Asie, un tiers des Amériques et un dernier tiers d’Europe-Moyen-Orient-Afrique », précise Bernard Garrette. A l’ESCP Europe où 22 nationalités apparaissent parmi les 60 cadres de la promotion de janvier 2013 à juin 2014, « le recrutement est effectué sur nos cinq campus », rappelle Valérie Madon, directrice de l’EMBA. Le programme de l’école parisienne propose plusieurs formules dont une « itinérante » entièrement axée sur l’international. « Les cours fondamentaux et les cours électifs ont lieu sur l’ensemble de nos cinq campus, décrit la responsable. Notre cursus propose aussi des séminaires internationaux d’une semaine chacun : un à Bruxelles et un autre en Chine, ou au Brésil ou encore en Inde. Enfin, un autre séminaire dédié à l’innovation se déroule, lui, à Austin au Texas en partenariat avec une université américaine. »

Modularité

L’autre atout des formations françaises est lié à leur modularité. Pour s’adapter au rythme de leurs cadres qui doivent prendre l’avion pour assister à leurs cours de management, les MBA et EMBA jouent la flexibilité. « Notre EMBA est conçu avec deux formats, un 'modulaire' et un 'weekend' (les deux sur 18 mois), afin de minimiser les temps d’absence du travail, indique Alan Jenkins, directeur académique de l’EMBA de l’Essec. Les cours sont dispensés à La Défense, certains viennent de loin pour le format modulaire (Canada, Etats-Unis, Amérique du Sud, Asie, Afrique…). Nous avons beaucoup d’anglophones et, depuis deux ans, tous les cours sont dispensés en anglais. » HEC propose aussi deux formats pour son MBA, à temps plein (full time) et à temps partiel (part time). Lancé récemment, ce dernier dure 24 mois avec le même cursus, les mêmes conditions d’admission et le même diplôme que le full time. « Le temps partiel est opportun en temps de crise car certains cadres sont actuellement réticents à quitter leur entreprise pour 16 mois de MBA 'full time', affirme Bernard Garrette. Avec cette autre version, les entreprises fidélisent leurs hauts potentiels tandis que ces derniers ont l’opportunité d’effectuer une formation qui leur permet d’effectuer un saut dans leur carrière, c’est du gagnant-gagnant. » Pour ceux qui ont la chance d’être financés par leur employeur, car selon Alan Jenkins, « moins d’entreprises financent de tels programmes à 100 %. Auparavant, un tiers des entreprises finançaient ces formations en totalité. Depuis deux ans, les candidatures avec ce taux de financement sont plus modérées ».

Si leur coût est moins élevé que celui de leurs concurrents anglo-saxons, les MBA et EMBA français demeurent onéreux (notamment par rapport aux mastères spécialisés). A l’Insead, les frais de scolarité atteignent 58.000 euros tandis que ceux du MBA de HEC s’élèvent à 48.000 euros. A l’ESCP Europe, le coût de l’EMBA se situe entre 47.500 euros et 49.500 euros selon le format. Celui de l’Essec est de 51.000 euros. Pour les recruteurs, les cadres qui investissent dans de tels cursus pourront se distinguer des autres. « On regarde différemment un candidat qui a suivi un MBA ou EMBA, explique Jean-Paul Brette, directeur général du cabinet de recrutement Hudson et spécialiste de la banque-finance. Ce diplôme ne va pas doubler sa valeur sur le marché de l’emploi mais il traduit une capacité de travail, une ambition, une volonté. » En pleine déprime de l’emploi dans les métiers financiers, le MBA peut donc être une arme anticrise.

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