Les directeurs achats, ces chercheurs en efficacité

le 14/02/2013 L'AGEFI Hebdo

La crise a mis en avant cette fonction technique dont le périmètre s’est considérablement élargi dans les banques.

Les directeurs achats, ces chercheurs en efficacité

Difficile de dresser le profil-type d’un directeur des achats dans le secteur bancaire… Ces spécialistes de la réduction des coûts présentent en effet des profils et des parcours très variés d'une banque à l'autre. Eric Dewilde, directeur des achats du groupe Crédit Agricole, affiche ainsi sur son CV un diplôme d’ingénieur en génie industriel tandis que son homologue chez Natixis, Pascal d’Orlandi, est, lui, un pur autodidacte. En revanche, la représentation féminine n’est pas vraiment au rendez-vous. Sylviane Le Carré a longtemps été la seule femme à occuper cette fonction chez BNP Paribas, mais elle quittera son poste le 1eravril prochain pour être remplacée par un homme du sérail, Jean-Louis Marlier, ancien responsable grands projets à l’immobilier d’exploitation du groupe.

Autre constat : aucun acheteur de formation n’occupe ce poste, et c’est tout sauf un hasard selon Bernard Collier, directeur des achats de LCL : « Pour être un bon acheteur, il faut comprendre les besoins des prescripteurs et ce que l'on achète. Pour cela, une double casquette technique et réseau au sein de l’entreprise est nécessaire. » Pour prétendre à cette fonction, mieux vaut afficher un solide parcours en interne comme André Sépaniak, qui l'occupe chez Société Générale depuis 2003. Après une première expérience de création d’entreprise, il a effectué l’ensemble de son parcours professionnel au sein de la banque. « J'ai d'abord travaillé huit ans à l'inspection générale avant d'exercer des fonctions de directeur d’implantation en Allemagne, raconte ce diplômé de Sciences Po, juriste de formation. Lorsque je suis revenu au siège, je suis devenu directeur adjoint à la direction des affaires internationales, puis ‘chief operating officer’ de SG CIB pour l’Europe. C’est après que l’on m’a confié les achats du groupe. » 

En général, être nommé à la tête de cette fonction assez technique n’est pas une vocation, mais une étape dans une carrière. « Ce poste fait même partie intégrante d'un parcours dirigeant, au même titre que l’organisation, la direction financière ou les RH », souligne Eric Dewilde. Il faut dire que ces quinze dernière années, le métier n’a eu de cesse de se développer et de se professionnaliser. André Sépaniak supervise aujourd’hui une équipe de 300 collaborateurs et 7 milliards d’euros de dépenses annuelles. « Ma responsabilité principale, c'est de faire vivre une organisation implantée dans 23 pays et de veiller à ce que mes collaborateurs soient parfaitement formés, mobilisés et motivés », explique-t-il.

Pas d’accès aux « comex »  

Par nature, ces dirigeants attachent une grande importance à la performance. « Etant un peu 'matheux', je suis très orienté résultat sur la valeur ajoutée, confirme Eric Dewilde. Chaque dossier est informatisé et évalué avec une hypothèse de performance achats avant et après. » Résultat : son équipe a dépassé, ces deux dernières années, l’objectif qui lui était assigné d’améliorer sa performance de 8 % par an. Grâce à leurs prouesses, les directions achats ont vu leur périmètre s’élargir pour couvrir aujourd’hui la quasi-totalité des dépenses. La crise a aussi contribué à renforcer leur influence, comme le rapporte Pascal d’Orlandi : « Il y a quelques années, les banques étaient portées par un modèle où il était plus facile de gagner un euro que d'en économiser un. Aujourd'hui, cela s'est inversé, et dans ce contexte, les leviers d’achats ont pris une importance croissante puisque, depuis 2009, nous avons des objectifs de synergies et d’économies à réaliser. »

Si la pression sur les coûts est réelle et inhérente au métier, les directeurs achats refusent de tomber dans l’excès. « Par définition, un acheteur est un chasseur de coûts et d’efficacité, mais pas un chasseur de prix, nuance André Sepaniak. Le travail d'un acheteur, c'est de trouver le juste équilibre entre le coût, la qualité et le délai, en passant en revue la totalité de la chaîne de valeur. » Et, signe des temps, de tenir aussi compte de la notion de « RSE », la responsabilité sociale et environnementale, qui s’est intégrée aux processus d’achats. « Si nous avons fixé à 200.000 euros le seuil au-delà duquel on est obligé de passer par notre fonction, c'est qu'il nous a paru nécessaire de laisser à nos collègues du réseau des marges d'action pour pouvoir aussi irriguer leur écosystème local », souligne André Sépaniak. D’ailleurs, ces directions n’ont pas vocation à imposer leurs vues aux lignes métiers. « La décision se prend toujours conjointement, indique Bernard Collier. Et lorsqu'il y a divergence de vue sur un fournisseur à retenir, cela remonte pour un arbitrage auprès de la direction générale. Cela qui reste exceptionnel puisqu'en deux ans et demi, ce n'est arrivé qu'une seule fois. »

L’essor de la fonction est incontestable. Néanmoins, aucun de ces dirigeants n’est aujourd’hui membre d’un « comex » (comité exécutif). « La question a été évoquée il y a deux ans, confie Eric Dewilde, qui est aussi membre du comité stratégique achats du groupe Crédit Agricole et président du comité de direction achats. Mais à l’époque, comme la priorité était l’opérationnel, nous nous sommes concentrés sur la matière achats, même si une présence politique peut aider. » Tous s’accordent à dire que leur présence dans la plus haute instance de l’entreprise n’est pour l’instant pas un enjeu… tout en admettant que cela pourrait le devenir. « Si l'on observe ce qui s'est passé dans l'industrie, et notamment dans l’automobile, la fonction achats dans les banques peut encore gagner en poids stratégique », estime André Sépaniak. Les acheteurs n’ont donc pas fini leur ascension.

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