Dossier Formations en finance

Les diplômés d'écoles d’ingénieurs ne connaissent pas la crise

le 22/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Les meilleurs établissements continuent à former les futurs financiers dans les métiers les plus pointus.

Crise ou pas crise, les grandes écoles d’ingénieurs gardent la cote dans la finance. Ecole Polytechnique, Mines Paris Tech, Ponts Paris Tech, Centrale Paris… Ces prestigieux établissements ont formé, et continuent à former, des générations de cadres dirigeants dans les institutions financières. Ainsi, Frédéric Oudéa, PDG du groupe Société Générale, est issu de Polytechnique (X) et de l’Ecole nationale d’administration (ENA) ; Bruno Deletré, à la tête du Crédit Foncier, est aussi un X-ENA ; Jean-Laurent Bonnafé, directeur général délégué de BNP Paribas, est quant à lui passé par l’X et Mines Paris Tech. Et Dominique Senequier, présidente du directoire d’Axa Private Equity, fait partie des dix premières femmes à avoir intégré Polytechnique en 1972…

Du haut de leurs siècles d’histoire, la réputation de ces écoles n’est plus à faire en France, comme à l’étranger où leurs puissants réseaux d’anciens contribuent à leur prestige (et à une endogamie des élites françaises souvent décriée). Traditionnellement aux manettes d’entreprises industrielles, ces diplômés sont toujours plus nombreux à investir les banques. Mais la crise a rebattu les cartes. « Hors corps de l’Etat et doctorat, le secteur de l’industrie a la préférence des X, attirant près de 50 % de ceux intéressés par une activité professionnelle directe. En revanche, probablement en raison de la crise économique, le secteur bancaire connaît une décroissance certaine, passant de 23 % d’embauches en 2008 à 17 % en 2009 », indique l’Ecole Polytechnique dans son enquête sur le premier emploi des jeunes diplômés, en 2009. « Le secteur financier recrutait traditionnellement plutôt des diplômés d’écoles de commerce, jusqu’au moment où il a eu besoin de compétences plus scientifiques pour conceptualiser des modèles de plus en plus complexes, raconte Olivier Friedel, directeur des études à Supélec. Si j’exclus la place londonienne, où je considère que nos étudiants n’y exercent pas vraiment leur métier d’ingénieur, 12 % de nos diplômés travaillent dans la banque. » A l’heure de la finance quantitative, de processus stochastiques abscons, l’esprit matheux de ces ingénieurs et leur expertise pointue restent très demandés. Mais depuis la crise des crédits subprime, leurs talents de purs scientifiques ont été quelque peu mis en cause. Pour mémoire, le centralien Fabrice Tourre, cadre français de Golman Sachs, est accusé d’être à l’origine d’un produit structuré très controversé. « Nos ingénieurs apprennent à analyser le risque et l’incertain, le traitement du signal, selon Olivier Friedel. Le métier est le même, qu’ils l’exercent dans l’industrie ou la finance. »

Cours optionnels

Concrètement, à quelques variantes près, les étudiants se spécialisent en 3e année d’études d’ingénieur civil, grâce à un système de cours optionnels extrêmement abouti. A Mines Paris Tech, les intéressés peuvent ainsi choisir l’option « finance quantitative ». Au programme, la finance de marchés (recherche quantitative, trading, structuration de produit dérivés, gestion de risque), des interventions de nombreux professionnels, etc. Les optionnaires doivent réaliser une étude en groupe pour évaluer par exemple un nouveau type de produit financier ou tester une nouvelle méthode de pricing. Un voyage d’une semaine en deuxième année permet aussi aux étudiants de se familiariser avec les places financières d’Asie. A l’Ecole Centrale Paris, ceux qui souhaitent s’orienter vers la finance peuvent cumuler la filière stratégie et finance (10 semaines) et l’option mathématiques appliquées (23 semaines). A Supélec, « les deux premières années, les étudiants choisissent des modules électifs qui constituent 30 % du programme. La troisième année est la plus 'professionnalisante', les étudiants peuvent s’orienter vers une majeure mathématiques appliquées au traitement de l’information et du signal », explique Olivier Friedel. Inutile de rappeler que ces formations sont de véritables boucliers anti-chômage. En 2010, 83 % des Mines Paris Tech ont décroché leur premier emploi avant même de se rendre disponibles sur le marché. Et les deux tiers des diplômés de l’Ecole Polytechnique en 2009 ont signé leur premier contrat de travail avant même d’avoir décroché leur diplôme.

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