Dossier MBA

Un diplôme prestigieux qui n'a plus la cote à Wall Street

le 23/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Après avoir formé les élites de la finance durant des décennies, le MBA n’est plus la clé du succès dans un marché de l’emploi devenu morose.

Un MBA ? Oui j’y ai pensé il y a quelques années. Mais il y a eu la crise financière. Les tensions se sont faites de plus en plus vives dans la banque où je travaille, et j’ai dû m’investir encore davantage pour conserver mon emploi. Du coup, j’ai mis de côté ce désir de développer mes connaissances grâce à un MBA. » Comme ce cadre d’une grande banque de Wall Street, les financiers sont nombreux à préférer s’accrocher à leur poste plutôt que de retourner à l’université pour entamer un MBA. D’autant que ce diplôme, même s’il est toujours empreint de prestige, est difficile à monétiser sur un marché de l’emploi sinistré.

Mi-temps et cursus « online »

Aux Etats-Unis, si tous les MBA demandent un investissement personnel intense, ils représentent aussi un sacrifice financier. Selon les universités, le coût de ces programmes varie de 42.000 à 54.000 dollars par an (entre 31.800 et 41.000 euros). Parmi les moins chers figure celui de l’université de New York (Stern) à 44.400 dollars par an (33.600 euros) et parmi les plus chers, celui de la renommée université de Columbia, également située à New York, à 53.208 dollars par an (40.300 euros). Des montants qu’il faut multiplier par deux, un MBA s’étalant généralement sur deux ans à plein temps. Les systèmes de bourse existent, mais demeurent exceptionnels. Et s’il existe des prêts financiers spécifiques, les remboursements vont s’étaler sur de longues années, d’où la nécessité de bien mûrir sa décision. Souvent, le titulaire d’un MBA rembourse encore son diplôme lorsqu’il prend en charge les dépenses de « college » (l’université) de ses enfants. Dans un contexte économique morose, les universités américaines s’efforcent de s’adapter à des besoins qui varient d’un secteur à l’autre. Dans le domaine des nouvelles technologies où les perspectives d’emploi restent favorables, le MBA garde son aura. Les cadres n’hésitent pas à rejoindre des universités pour décrocher un MBA en vue de dénicher des postes à responsabilités dans la Silicon Valley.

En revanche, dans la finance, la perception de ce diplôme a sensiblement changé à l’heure où les grandes institutions de Wall Street licencient des dizaines de milliers de salariés. « Je pense que les étudiants qui s’inscrivent à un MBA ont aujourd’hui des objectifs différents de ceux des années 2000, indique Glenn Hubbard, responsable de la Columbia Business School. C’est pourquoi nous cherchons à répondre à de nouvelles attentes. » La plupart des grandes universités proposent désormais des MBA à mi-temps et des cursus « online » (via internet). Elles cherchent en outre à coller au mieux à l’actualité en insistant sur les questions de régulation plutôt que sur les modèles mathématiques appliqués à la finance de marché. Les universités tentent aussi de rester dans l’air du temps en créant des communautés très actives sur les réseaux sociaux. Car l’appartenance, après l’obtention du diplôme, à une association d’anciens élèves est un atout pour les titulaires d’un MBA désireux d’élargir leurs contacts. Pour autant, parmi ceux qui ont perçu une confortable indemnité pour quitter la sphère de la finance, peu devraient jouer la carte du MBA afin de se recycler et d’acquérir des compétences. Certains préfèrent miser sur des starts-up. A New York, où s’est récemment créé un important réseau de jeunes entreprises, les « stars » de l’internet Groupon ou Foursquare emploient des vétérans de Wall Street. D’autres s’orientent vers des aventures atypiques préférant relever des défis de terrain plutôt que sur les bancs de l’Université. Comme cet ancien trader qui, après vingt ans sur le « floor » de Wall Street, est aujourd’hui general manager dans une société spécialisée dans la torréfaction de café à Brooklyn. Cette année, les MBA américains ne devraient pas crouler sous les candidatures…

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