Dans les back-offices, la résistance s’organise

le 07/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Au cœur des transformations, ces métiers poursuivent leur mutation. Avec des réalités contrastées selon les banques. EN EXCLUSIVITE, retrouvez ci-joint l'étude sur les gestionnaires de back-offices bancaires réalisée par Page Personnel.

Illustration: Cire

Ce n’est pas la machine qui décide, ce sont les collaborateurs ! », clame Dominique Barbier, 53 ans, responsable du pôle crédit de la région Ile-de-France et Loiret du Crédit du Nord. Cette spécialiste des fonctions administratives, qui a une longue ancienneté dans sa banque, veut défendre son métier et celui des 30 salariés de son pôle, dont les principales missions sont la rédaction d’actes de crédits pour les particuliers et professionnels, la constitution de garanties, le contrôle de la conformité des dossiers et le décaissement des prêts. « Mes collaborateurs ont une réelle valeur ajoutée : il y a de la place pour l’interprétation et l’analyse des documents, souligne-t-elle. Mon équipe consulte, examine, analyse tous les dossiers de crédit. »

Méconnus

Cachés au cœur des banques, les back-offices ne véhiculent pas une image très attirante à l’heure où ils sont touchés par de profondes réorganisations. Ainsi, chez BNP Paribas, 200 à 250 postes seront supprimés dans ces « usines » en 2013 (L’Agefi Quotidien du 26 février 2013). Si l’informatique a transformé le fonctionnement de ces centres de traitement administratif, leur mutation est toujours en cours. « Les métiers du back-office sont méconnus et souvent dépréciés alors qu’ils représentent une part importante dans les effectifs des banques, rappelle Marie-Hélène Agard, directrice division banque chez Page Personnel, qui a réalisé une étude* sur les gestionnaires de back-offices bancaires. Malgré un contexte difficile, cette fonction résiste car elle prend une dimension plus riche, complexe et polyvalente. Les salariés doivent maîtriser différents outils informatiques, avoir des compétences linguistiques et, en banque d’investissement, être dotés d’une expertise produits. Les recruteurs attendent d’eux qu’ils sachent analyser et résoudre les problèmes en temps réel. » Autrefois recrutés au niveau Bac ou autodidacte, ces professionnels sont désormais plus diplômés, surtout en banque d’investissement où ils sont 53 % à être titulaires au minimum d’un Bac+5, selon l’étude de Page Personnel (voir le graphique). La notion de temps n’est plus la même dans ces métiers où les systèmes d’information et internet permettent de traiter les dossiers dans des délais très rapides. « Quelques années en arrière, le back-office embarquait des fonctions dites 'industrielles' (confection des chéquiers, comptage des espèces, traitement des chèques…), se souvient Jean-Marie Bertrand, codirecteur de la direction de la production et des services bancaires (DPSB) à la Bred. Ces tâches, au fil du temps, ont été externalisées. Nous gérons des travaux à valeur ajoutée où nous traitons le risque opérationnel et comptable, sur des opérations en temps réel. »

Ouvertures

Au sein de la DPSB, Floriane Rameau occupe le poste de technicienne back-office moyens de paiement-flux, après avoir rejoint la Bred en 2007 pour une année d’alternance. « Dès le départ, j’ai travaillé sur un projet concret. J’étais encadrée et suivie, j’ai appris beaucoup de choses, raconte la jeune femme de 25 ans qui a travaillé en 2012 sur un projet de refonte de la chaîne chéquiers. Je n’ai jamais ressenti dans mon quotidien professionnel l’image un peu négative que l’on peut avoir du travail en back-office. Je n’ai cessé d’enrichir mon expérience. » Mais les jeunes diplômés ignorent cette réalité, regrette Marie-Hélène Agard : « Ils ont encore une image peu attractive alors que ces métiers ont complètement changé. Ils devraient oublier ce préjugé et accepter d’entrer par la petite porte car ils pourront évoluer vers des postes plus opérationnels. » D’ailleurs, Floriane Rameau va prochainement prendre un poste de chargée d’études au sein de son département chèque et espèces. « Les collaborateurs peuvent évoluer dans différents métiers du back-office sur le plan managérial, mais également vers d’autres fonctions de la banque », souligne Jean-Marie Bertrand. Au Crédit Foncier où elle exerce depuis dix ans dans un back-office, Emilie Bouchet, 29 ans, conseillère en relation clientèle particuliers, sait qu’elle pourra migrer vers d’autres horizons professionnels : « Aussi bien vers un poste managérial que vers un autre métier de l’entreprise en amont ou en aval de mon activité actuelle, dans le réseau commercial ou dans un autre poste en middle/back-office. »

Tout n’est pourtant pas rose pour les gestionnaires de back-offices bancaires. A 46 ans, Maria G. craint que son service de 30 personnes, qui fait la liaison entre un autre back-office et les réseaux d’une grande banque de détail, disparaisse. « C’est mon pressentiment. Il y a moins d’opérations et, depuis six mois, je ne fais que du 'reporting', dit cette employée. Je connais tous les outils 'maison' mais je n’ai pas de formation spécialisée, j’ai appris sur le tas comme tous ceux de ma génération. » Armand T. exerce, lui, dans le back-office d’une banque de financement et d’investissement. « Depuis cinq ans, les volumes d’ordres à traiter ont chuté car les gens ne viennent plus sur les marchés financiers, constate ce cadre de 43 ans. Les contraintes réglementaires, elles, augmentent. En ce moment, nous sommes plongés dans la mise en place de la taxe sur les transactions financières. Du coup, on travaille beaucoup plus mais cela ne rapporte pas d’argent à la banque… »

*Le recruteur Page Personnel a combiné des données quantitatives d’un échantillon de près de 2.000 candidats rencontrés depuis le 1erjanvier 2010 et des données collectées via un questionnaire anonyme en ligne mené fin 2012.

A lire aussi