DOSSIER BONUS

Cure d’austérité généralisée

le 26/04/2012 L'AGEFI Hebdo

En chute, voire complètement absentes, les parts variables attribuées cette année subissent l'impact de la crise.

Cure d’austérité généralisée

Dans les banques de financement et d’investissement (BFI) à Paris, les « bonus days » de l’année 2012 ont laissé un goût amer aux professionnels de la finance. C’est le constat qui s’impose de l’avis général des recruteurs des cabinets de chasse de têtes - Vendôme Associés, Singer & Hamilton, Eric Salmon & Partners et Hudson - avec lesquels a été réalisée, en partenariat, la sixième édition de l’enquête annuelle exclusive de L’Agefi Hebdo sur les bonus dans la finance.

Les BFI françaises n’ont pas encore publié les montants de leurs enveloppes de bonus en 2012* distribuées au titre de 2011 mais les données (salaire fixe + part variable) collectées par nos partenaires indiquent que la tendance générale est à la baisse. « Les bonus versés dans les BFI affichent en moyenne une chute de 40 % », indique Eric Singer, associé fondateur de Singer & Hamilton.

Les « zéros bonus » ont été fréquents, y compris dans les fonctions supports où ces primes sont pourtant réduites. En pleine crise de l’emploi dans la finance, les établissements n’ont pas hésité à arbitrer de la façon la plus discrétionnaire possible pour rétribuer les collaborateurs qu’ils ne souhaitent pas voir partir… et transmettre aux autres le message inverse. Par ailleurs, les nouvelles règles issues de la directive CRD3 et appliquées depuis un an jouent toujours à plein en 2012. Les banques doivent différer sur trois à cinq ans une part de 40 % à 60 % du bonus total et en distribuer la moitié sous forme d’actions ou d’instruments équivalents, ce qui limite la part en cash à 20 %-30 % du bonus total.

Pour Denis Marcadet, président de Vendôme Associés, « le changement est intégré. L’ère des années 2000 est révolue dans les modes de rémunération variable, tant au niveau des montants (en chute libre) que de la distribution. Le différé est aujourd’hui partie intégrante du processus ». Cette partie différée ne concerne pas tous les acteurs, seuls ceux dont les montants de bonus sont importants (à partir de 100.000 euros) sont visés et le seuil du différé fluctue selon les entreprises. « Le plafonnement de la partie cash des rémunérations variables de nombreuses activités de banque d’investissement est structurel, considère Florence Soulé de Lafont, partner au sein du cabinet de chasse de têtes Boyden. Il vise à fidéliser les collaborateurs et à les contraindre à privilégier une vision long terme dans l’exercice de leur activité, ce qui n’a pas toujours été le cas. »

Si les nouvelles normes ont permis de réguler ces primes, leur application n’est pas encore homogène. « Sur la modalité de paiement des bonus, il existe une réelle différence de traitement entre les BFI françaises et les BFI anglo-saxonnes, signale Eric Singer. En France, la partie en espèces ne représente que 25 % du total de la rémunération variable alors que certaines BFI anglaises ou américaines versent jusqu’à 75 % immédiatement en cash. »

Contraintes réglementaires

Une récente étude de l’European Banking Authority (EBA) pointe une autre pierre d’achoppement : la définition par les banques du périmètre des « preneurs de risques », les salariés soumis aux normes. « Les institutions utilisent une large variété de critères pour cet exercice interne (…). Le nombre de personnes identifiées diffère considérablement entre les établissements et il y a une tendance claire à établir un nombre restreint », constate le régulateur, qui juge que cette disparité « empêche la création d’un ‘level playing field’ ». D’ailleurs, le débat sur la réglementation des bonus n’est pas clos à l’heure où les eurodéputés voudraient insérer des ratios chiffrés entre la partie fixe et le bonus afin que ce dernier ne dépasse pas un certain pourcentage de la rémunération totale.

Les chasseurs de têtes mettent en garde contre un durcissement supplémentaire. « Paris fait figure de bon élève européen et les banques françaises montrent l’exemple, notamment au regard des pratiques de leurs consœurs anglo-saxonnes, rappelle Denis Marcadet. Si les contraintes s’accroissent davantage, l’horizon va s’assombrir pour la place de Paris. On a atteint le seuil limite et critique » Certains mouvements sont déjà visibles. « La réaction de nombreux professionnels est de chercher à évoluer en dehors de l’environnement purement bancaire pour rejoindre des acteurs non soumis à ces règles, observe Florence Soulé de Lafont. Après les mouvements de traders pour compte propre vers des hedge funds, les spécialistes des financements bancaires infrastructure, immobilier ou actifs de transport cherchent à monter des structures de fonds de dette. » Les bonus des belles années sont difficiles à oublier…

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