Dossier MBA

Les circulaires sur les étudiants non européens nuisent aux écoles

le 23/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Le durcissement des conditions de séjour pour ces élèves met à mal l’attractivité des diplômes français.

Le mal est fait. En bloquant la possibilité pour les étudiants non européens d’obtenir le statut de salarié après l’obtention de leur diplôme, la circulaire du 31 mai 2011 sur la maîtrise de l’immigration professionnelle (assouplie depuis début janvier par une nouvelle circulaire) n’a pas seulement plongé de nombreux diplômés dans une situation kafkaïenne. Elle a aussi porté un coup à l’attractivité des écoles de commerce françaises, déjà confrontées à un fléchissement des candidatures à leurs MBA.

« Ces restrictions interviennent dans un contexte où le marché des MBA est en baisse, après un pic en 2008-2009, relève Bernard Garrette, directeur délégué du MBA à HEC. L’univers des MBA est un petit monde, les réseaux sociaux fonctionnent très bien, le 'buzz' a été catastrophique. Certains diplômés, comme cet Américain ayant décroché un travail chez Amazon par exemple, ont eu du mal à obtenir leur permis de travail, on marche sur la tête. » A Nantes, Sylvie Chancelier-Ayina, responsable du développement des MBA à l’école Audencia, témoigne de la même mauvaise publicité : « Lors d’un salon en Inde, nous avons dû énormément rassurer les candidats car la presse avait relayé l’information. Ils sont bien informés des opportunités européennes, du fonctionnement de l’espace Schengen. En Europe, ils choisissent la France parmi d'autres pays comme l'Angleterre ou l'Espagne. Cette image peut être rédhibitoire pour les étudiants à l’international. Les Etats-Unis et le Canada bénéficient d’une image plus accueillante. » « La circulaire est tout, sauf une bonne idée, confirme Patrice Houdayer, directeur général délégué en charge des programmes masters à l’EM Lyon. Nous sommes sur un marché où la mobilité est forte. Aller étudier en Europe, aux Etats-Unis, en Australie, c’est la même chose pour eux. La France doit pouvoir attirer les jeunes cerveaux pour accroître sa compétitivité. »

Moins de candidats à Londres

La France n’est visiblement pas la seule à être tentée de fermer ses frontières. Au Royaume-Uni, un durcissement des visas de travail s’est traduit par une baisse des candidatures en MBA, selon un récent article du Financial Times. En moyenne, le recrutement en 2011 dans les 16 MBA full time classés par le quotidien britannique a diminué de 10 % outre-Manche. Selon l’Association of MBA, le nombre d’inscrits aux 43 MBA accrédités est passé de 9.429 à 8.082 entre 2008 et 2010.

Un repli qui paraît d’autant plus paradoxal que les MBA veulent justement afficher un cadre international, avec des promotions cosmopolites. « Entre 80 % et 90 % d’étudiants étrangers américains, chinois, allemands, mexicains, etc., suivent notre programme 'full-time' », se félicite Patrice Houdayer. Pour attirer ces étudiants venus des quatre coins du monde et faciliter leur installation, les écoles de commerce redoublent d’attention. A l’Insead par exemple, quatre employés les aident à obtenir leur visa ou un logement. A l’Edhec, Yasmine Nicolle, responsable des relations internationales, se fait l’impression d’être à la fois « leur maman, leur psy, leur confidente ». « Dès que les étudiants sont sélectionnés, nous prenons contact avec eux pour les informer des démarches administratives ou médicales. Nous prenons rendez-vous avec l’Office français de l’immigration et de l’intégration où ils devront se soumettre à un certain nombre d’obligations. Nous travaillons aussi avec des agences immobilières pour leur trouver un logement, nous pouvons aider les plus âgés qui ont des enfants à leur trouver une école. Et nous organisons un séminaire d’intégration pour les familiariser à leur nouvel environnement, avec au programme une découverte de la ville, de la vie scolaire ». Autant de mesures d’accueil que les écoles françaises espèrent continuer à offrir à leurs étudiants de MBA venus de l’international.

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