Des circuits balisés pour les périodes d’essai

le 27/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Dès leur arrivée, les nouveaux embauchés dans les agences bancaires sont pris en main pour être formés rapidement. Et... évalués.

Des circuits balisés pour les périodes d’essai

Le 3 octobre prochain, ma période d’essai de trois mois sera terminée et je serai enfin fixée sur ma situation professionnelle, confie Sabrina C., 28 ans, conseillère en agence pour des clients particuliers au sein d’une banque mutualiste en région parisienne. Je suis confiante. Dès ma troisième semaine, j’ai commencé à prendre des rendez-vous avec les clients du portefeuille que l’on m’a confié. Je suis déjà dans l’action ! » Au sein des métiers de banque de détail, la période d’essai (de trois mois pour les techniciens et de six mois pour les cadres) est loin d’être une simple formalité.

Des « parcours »

Comme Sabrina C., les nouveaux salariés sont souvent plongés dès leur arrivée dans l’exercice de leur métier afin que leurs compétences soient testées sur le terrain. Mais ce n’est pas tout. Journées d’intégration, formations en présentiel et à distance, mises en situation, points réguliers avec le responsable hiérarchique... viennent aussi ponctuer les périodes d’essai que certaines banques ont choisi de nommer « parcours » pour bien illustrer la dimension de chemin à parcourir par leurs (jeunes) recrutés. Si ces « parcours » sont suivis en majorité par de futurs conseillers, les fonctions commerciales ne sont pas les seules concernées. Depuis fin avril, Sophie M., jeune diplômée, est en période d’essai de six mois (trois mois renouvelables) pour être chargée d’études statistiques au département marketing de la Casden en Seine-et-Marne : « J’ai suivi une formation en 'e-learning' avec trois modules : la découverte de la Casden, l’offre de produits et les procédures (adhésion, souscription d’un prêt…). J’ai aussi suivi des formations avec des managers sur l’épargne, le crédit et l’audit - les activités de la Casden -, ainsi que sur la lutte antiblanchiment. Plus tard, il est aussi prévu que j’aille dans des Banques Populaires pour découvrir le travail en agence. »

Recrutée en avril également, Sandrine Dehaye est en période d’essai de six mois en tant que cadre pour un poste de conseillère clientèle professionnelle dans une agence Crédit du Nord à Rouen. « A mon arrivée, un parrain qui occupe le même poste que moi m’a accompagnée durant une semaine afin de me faire découvrir le métier et les différents ‘process’, raconte la jeune trentenaire. J’ai également suivi une formation d’une semaine à Paris sur les produits bancaires. » Car l’employeur a tout intérêt à ce que ce moment facilite leur entrée dans l’entreprise et qu’elle les fidélise, surtout lorsqu’il s’agit de durées assez longues, supérieures à trois mois. « Le manager et le salarié partagent un livret d’accompagnement. C’est un support d’échange qui sert de guide et dans lequel sont notés les 'points de passage' entre eux et des conseils éventuels », explique Bertrand Durand, DRH à la Caisse d’Epargne Aquitaine Poitou-Charentes où sont recrutés en majorité des conseillers débutants. « Depuis janvier, nous avons un 'parcours conseiller clientèle'. Cela répondait à une forte demande des managers mais aussi des salariés, souligne Elise Paquet, DRH de la Caisse d’Epargne Pays de Loire qui accueille chaque année 200 nouveaux salariés, essentiellement pour son réseau commercial. Nous avons donc conçu un parcours pour les deux mois de la période d’essai (pour les non-cadres) qui consiste en différentes formations théoriques et cas pratiques autour de la relation client, l’outil informatique, les produits ainsi que les risques psychosociaux et la gestion des incivilités. »

Certification professionnelle

Un élément nouveau a récemment incité les banques à soigner encore davantage leurs « parcours » durant les périodes d’essai : la certification professionnelle exigée depuis 2010 par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et qui concerne les conseillers de clientèle des réseaux bancaires. « L’échec à l’examen de certification AMF est une cause de rupture du contrat de travail car elle est devenue une exigence légale », rappelle Sabine Smith-Vidal, avocat en droit social, associée d’Allen Overy à Paris. Au cours de sa période d’essai de six mois au Crédit Agricole Normandie qui a pris fin en janvier, Céline de Backer, 29 ans, assistante clientèle, a ainsi bénéficié d’un programme spécifique à cette nouvelle exigence réglementaire : « La certification AMF et la carte professionnelle liée à l’assurance-vie font partie du parcours 'nouvel embauché'. Des formations sont proposées avant de passer les examens. Cela permet de compléter les formations en agence et au siège. » « La certification AMF fait partie de ce parcours créé il y a deux ans. Pour valider la période d’essai, il faut l’obtenir, ajoute Magali Morin-Uguen, responsable de la formation au Crédit Agricole Normandie. Nous proposons donc une formation en 'e-learning' et en présentiel (trois jours) ainsi que des quizz afin que les personnes puissent s’entraîner à passer l’examen. Pour la carte professionnelle liée à la vente de produits d’assurances de biens, il y a quatre jours et demi de formation avant de passer la demi-journée d’examen. » Les nouveaux embauchés sont aussi suivis de près par leur management direct. Leur évaluation n’attend pas qu’ils soient confirmés dans leurs postes. « Ma période d’essai prenant fin à la mi-octobre, j’ai déjà passé mon évaluation de mi-parcours avec ma responsable (la directrice de l’agence) ainsi qu’avec le directeur de groupe au cours de deux entretiens distincts et formalisés. Nous avons parlé de ma prise de poste, de mon adaptation, de mon intégration dans l’équipe, de ce que je pense du métier, etc. », énumère la conseillère de l’agence du Crédit du Nord à Rouen. « Des 'points-étapes' sont organisés durant la période d’essai afin d’évaluer les candidats et de réexpliquer les exigences et attentes si besoin est, confirme Franck Raynel, chargé de recrutement au Crédit du Nord. Les managers ont des documents formalisés à remplir durant ces entretiens planifiés qu’ils transmettent ensuite aux RH locales et à leurs propres responsables. Y sont abordées l’assiduité, la force de proposition, la volonté de progresser, la présentation, etc. »

Entre confiance et stress

Les semaines qui précèdent la fin de la période d’essai sont sensibles pour le salarié, comme pour le manager. Car si ce dernier veut la rompre avant son terme, il devra respecter un délai de préavis. « Si l’employeur ne respecte pas toutes les règles, ce qu’il croit être une rupture de période d’essai devient alors un licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec toutes les conséquences que cela implique, avertit Fabrice Perruchot, avocat chez Vaughan Avocats. Il y a beaucoup de contentieux liés à la période d’essai (rupture abusive, conditions vexatoires, etc.). Les raisons sont infinies car le principe est que sa rupture est libre et n’a pas à être motivée. En outre, en cas de rupture, cela n’ouvre pas forcément des droits à l’indemnisation chômage. » Evidemment, la fin de cette période génère aussi de l’inquiétude du côté des salariés. « Les choses se passent bien, je suis confiante même si l’on ressent toujours un peu de stress », témoigne Sandrine Dehaye. De son côté, Sophie M. dont la période d’essai à la Casden s’achèvera dans un mois, exprime très peu de crainte : « Avec ma responsable, nous venons d’effectuer notre second point et elle m’a indiqué que je serais confirmée en CDI à l’issue de ma période d’essai qui prend fin bientôt. Je n’ai pas le sentiment d’être à l’essai, j’ai l’impression d’être déjà en poste puisque j’exerce ma fonction depuis le début. Je viens d’ailleurs de terminer ma première mission et de la présenter en interne, il s’agissait d’une étude statistique sur une population donnée. » Dans toutes les banques, l’objectif est le même : minimiser le taux d’échec des périodes d’essai dans un contexte où l’image écornée du secteur bancaire rend peut-être leur réussite un peu plus difficile.

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