DOSSIER CONSEIL

Les chasseurs de têtes étoffent leur palette de services

le 29/08/2013 L'AGEFI Hebdo

Les cabinets proposent de plus en plus de prestations de coaching à leurs clients du secteur financier.

Confrontés à la morosité du recrutement dans la finance en France, les chasseurs de têtes parisiens s’efforcent de réinventer leur métier. Parallèlement à leurs missions de chasse, beaucoup de cabinets - les grands réseaux mondiaux comme les petites structures - proposent d’autres services comme le coaching de cadres dirigeants. Une tendance qui fait écho aux réorganisations internes actuellement menées par les groupes bancaires français, après les plans de suppression d’effectifs dans leurs activités de banque de financement et d’investissement en 2012. « Il y a des jeux de chaises musicales dans les banques qui concernent de nombreux dirigeants  », confie un recruteur.

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 Egon Zehnder a toujours proposé de l’assessment (évaluation, NDLR) et du développement de cadres dirigeants. Notre chiffre d’affaires dans ce segment est en croissance, les clients sont demandeurs de ce type de conseil car leurs décisions de nominations représentent plus que jamais un enjeu important  », observe Raphaël Czuwak, partner chez Egon Zehnder, cabinet international doté de 420 consultants dans 66 bureaux dans le monde. Le bureau parisien compte 20 consultants, dont 5 dédiés à la finance. D’autres structures moins connues souhaitent investir ce segment du conseil RH auprès d’institutions financières. C’est le cas de Kienbaum, cabinet d’origine allemande créé en 1945, qui a été rejoint depuis un an par Danielle Nassif, une chasseuse de têtes qui a passé onze ans chez Korn Ferry et six chez Heidrick & Struggles. « J’interviens sur des missions de chasse mais aussi d’évaluation des compétences de profils seniors, précise celle qui est, pour l’heure, la seule consultante spécialisée dans les métiers de la finance. Jusqu’ici le pôle finance n'était pas réellement structuré, avec des missions plutôt ponctuelles. » Le bureau parisien de Kienbaum compte 8 consultants. « Je note un intérêt croissant chez les acteurs financiers pour ces sujets d’évaluation des dirigeants, notamment dans le cadre de plans de succession, poursuit Danielle Nassif. Les mentalités ont changé vis-à-vis de ces services. Les financiers ont compris l’intérêt d’avoir une vision à long terme et vont davantage dans le détail. »

Mondialisation

Pour continuer à suivre leurs clients du secteur financier, les chasseurs de têtes parisiens ont dû composer avec un autre élément : la mondialisation. Désormais, les candidats pour un poste peuvent être ciblés dans plusieurs pays. « Lorsque j’ai commencé chez Egon Zehnder il y a dix ans, 80 % de mes missions se situaient sur le marché domestique et 20 % à l’international. Aujourd’hui c’est l’inverse », note Raphaël Czuwak. Chez Singer & Hamilton, cabinet français spécialisé dans la finance fondé en 1989, Eric Singer, associé fondateur, indique que « 60 % du chiffre d’affaires est réalisé hors de France. Nous travaillons beaucoup à Genève, Zurich et Londres ». Pour leurs clients internationaux, les chasseurs de têtes doivent aussi « chasser » hors de France. « Les clients veulent des consultants très spécialisés et mobiles qui les suivent à l’international », affirme Eric Singer. Selon leur taille et leur modèle, les cabinets d’executive search adoptent des approches diverses. « Nous avons de plus en plus de missions internationales qui nécessitent d’identifier des professionnels dans différents pays, explique Raphaël Czuwak. Ainsi, une mission peut être conduite à partir de Londres si c’est là que le poste est à pourvoir, puis on fait intervenir un consultant en France, un autre en Allemagne, etc. »

Eric Singer plaide pour une autre méthode : « le client souhaite travailler avec un seul consultant spécialisé qui connaît ses besoins, sa culture, son entreprise et qui gèrera la recherche de bout en bout. » Mais encore faut-il que Paris attire... L’alourdissement de la fiscalité est devenu un frein pour les talents internationaux. « Sur le plan du logement, des écoles, des frais de santé, la France reste attractive par rapport à d'autres places européennes. Il faut arriver à casser ce mythe de la France à la fiscalité impossible », conclut le consultant d’Egon Zehnder.

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