Les chasseurs de têtes cherchent du renfort

le 02/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Depuis que le marché de l’emploi se redresse, les cabinets spécialisés dans l’« approche directe » étoffent leurs équipes.

Il y a du mouvement chez les chasseurs de têtes spécialisés dans les métiers de la finance ! Depuis le début de l’année, plusieurs cabinets (Egon Zehnder, Heidrick & Struggles, Boyden, etc.) affichent clairement leur volonté de s’ancrer fortement dans les métiers de la banque-assurance-finance, après deux années de ralentissement des recrutements de cadres et dirigeants dans ces secteurs. Dans un marché de l’emploi qui a repris des couleurs, les sociétés de chasse de têtes plurisectorielles s’intéressent donc de nouveau aux acteurs du monde financier. Et pour les aider dans leur course aux talents, ces recruteurs de haut vol ont besoin de renforts. « Nous sommes en phase d’accélération, comme en témoigne l’arrivée début mai de Tristan de Silguy en tant que consultant au sein de notre ‘practice finance’ (lire le témoignage, NDLR), explique Daniel Tournier, directeur général depuis quatre ans du cabinet Egon Zehnder en France. Prochainement, un professionnel venant d’un cabinet d’avocats d’affaires international nous rejoindra afin de renforcer l’équipe. » Chez Egon Zehnder, l’accent va être porté sur des segments tels que la gestion d’actifs, l’assurance, la banque de gros et de financement et la banque de détail, sans oublier la banque d’affaires et le capital-investissement. Cette firme d’origine zurichoise est attachée à une tradition bien spécifique pour dénicher ses chasseurs : « Nous avons pour politique de recrutement d’aller chercher des consultants qui ont une expérience en tant que professionnel de la finance, c’est un peu notre ‘marque de fabrique’, souligne Daniel Tournier. Nous n’allons pas recruter dans les équipes de nos concurrents. Je venais moi-même de la banque d’affaires lorsque j’ai rejoint cette maison il y a 26 ans. »

D’anciens banquiers

D’autres structures de recrutement dit « par approche directe » comptent aussi d’anciens banquiers parmi leurs consultants. Car dans le monde des finances comme dans celui de la chasse de têtes, le réseau et le sens du service apporté au client sont essentiels. Arrivé en 2008 chez Vendôme Associés, structure entièrement dédiée, elle, aux métiers de la finance, Sylvain Dorget, 33 ans, ne regrette pas du tout son choix de carrière vers la chasse de têtes, après avoir exercé huit années dans un fonds d’investissement et au département fusions-acquisitions d’une grande entreprise française. « En 2003, alors que j’assurais le suivi d’une participation sous LBO (‘leveraged buy-out’, NDLR) dont il fallait recruter le PDG, une chasseuse de têtes m’avait déjà sensibilisé au métier, raconte-t-il. C’est ma rencontre avec Vendôme Associés, fin 2007, qui a été le déclencheur de ce choix de carrière : le profil du cabinet reste exceptionnel dans le marché à ce jour ! Et l’osmose entre nos valeurs a été immédiate : notre conception de la chasse de têtes allie connaissance des métiers financiers, capacité organisationnelle et psychologie. » Ce jeune recruteur passionné a pu facilement utiliser son vécu de financier pour le mettre à profit dans la recherche de cadres de haut niveau : « Ma connaissance opérationnelle élargie des métiers de la finance se double d’expériences au sein d’organisations de natures variées. C’est une valeur ajoutée indéniable pour les clients, comme pour les candidats. » Pour se relancer dans un secteur qu’il avait un peu délaissée, Heidrick & Struggles vient pour sa part de confier les rênes de sa division Services financiers à Lawrence Trefi, 41 ans, qui a fait toute sa carrière dans le conseil en recrutement. « L’ensemble des métiers repartent, mais tous ne vont pas à la même vitesse, déclare cet ancien de Singer & Hamilton, cabinet ancré de longue date dans la finance. L’assurance, la gestion d’actifs et l’immobilier sont des secteurs où des besoins s’expriment actuellement, donc nous cherchons à y être présents. Et de façon générale, le ‘papy-boom’ dans les grands établissements va créer dans les années à venir d’importantes demandes en termes de recrutement de dirigeants. » Chez Boyden, qui était un peu moins actif auprès des entreprises de la finance, c’est aussi une spécialiste, Florence Soulé de Lafont, ancienne de CTPartners et de Neumann International, qui est récemment venue prendre la responsabilité des services financiers.

Si la course aux talents se traduit ainsi parmi les chasseurs de têtes eux-mêmes, il n’est pas facile de trouver des spécialistes, qu’ils viennent d’entreprises ou de chez les concurrents. Les embauches prennent souvent du temps car elles sont stratégiques pour ces sociétés. L’erreur de casting peut en effet coûter cher. « Nous ne voulons pas nous tromper car les consultants qui nous rejoignent restent en général assez longtemps, dit Daniel Tournier. Nous sommes en effet un ‘partnership’ donc les personnes qui nous rejoignent sont de futurs partenaires (‘partners’) qui resteront quinze ou vingt ans. » Chez Nicholas Angell, cabinet d’origine britannique présent à Paris depuis 1974, plutôt tourné à ses débuts vers les métiers des fonctions financières (direction financière, audit, contrôle de gestion), « la tradition est de recruter des spécialistes de la chasse de têtes, indique Thierry Carlier-Lacour, directeur associé qui a rejoint cette société l’an dernier avec une grande partie de l’équipe qu’il animait chez Grant Alexander. Mais il y a un panachage, avec des professionnels de la chasse, ainsi que des personnes venant du monde de l’entreprise comme un directeur de l’audit. Le mercato des chasseurs de têtes dans la finance ne fait que commencer ! Car il faut rappeler que les grands acteurs du secteur sont aussi confrontés à l’arrivée des jeunes de la génération ‘Y’*, aux départs massifs à la retraite… Et puis il y a des places à prendre : il suffit d’observer le grand nombre d’offres d’emploi chez les cadres, cadres supérieurs et experts du secteur financier… », signale le recruteur qui veut se doter d’une expertise notamment en gestion d’actifs et en banque privée. 

*Désigne les personnes nées entre 1980 et 1996

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