Un homme, une équipe

Charles Egly installe le prêt entre particuliers en France

le 02/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Ce jeune manager a cofondé Prêt d'Union, une plate-forme web de crédit entre particuliers qui ne demande qu’à se développer.

Charles Egly. Photo: Pierre Chiquelin

Emprunter moins cher sans passer par une banque : l’idée a germé dans l’esprit de Charles Egly, jeune banquier d’affaires habitué aux opérations financières d’envergure, lorsqu’il a réalisé que son crédit revolving lui coûtait 20 % de la somme empruntée. Dès lors, il décide de créer une plate-forme internet pour mettre à la disposition des uns, les emprunteurs, l’épargne des autres, les investisseurs. « C’est une sorte de mini-Euronext de la dette des particuliers, résume Charles Egly, président du directoire. Grâce au web, nous avons créé une société usant des meilleures technologies, ce qui permet des économies opérationnelles sur l’informatique, le marketing… et d’en faire bénéficier nos clients. »

Vigilance renforcée

Idée simple mais mise en œuvre compliquée, monopole bancaire oblige. C’est à l’issue de deux années de travail avec son associé Geoffroy Guigou, ancien de McKinsey et de Poweo, aguerri à la gestion de plates-formes web, que l’Autorité de contrôle prudentiel leur accorde un agrément d’établissement de crédit (le plus lourd à obtenir, la procédure d’agrément n’ayant pas été utilisée depuis quelques années !), et l’Autorité des marchés financiers un agrément de prestataire de services d’investissement pour collecter l’argent des prêteurs. « Pour remplir les conditions prudentielles et financer le démarrage de l’activité, nous avons levé 8 millions d’euros auprès de Crédit Mutuel Arkéa, Weber Investissements (holding des fondateurs de Financière de l’Echiquier), AG2R La Mondiale, Xavier Niel et d’autres 'business angels', raconte Charles Egly. Le régulateur a également analysé en profondeur nos procédures d’octroi et de contrôle des risques. Nous les avons donc sécurisées, d’une part en excluant le crédit renouvelable pour ne proposer que de l’amortissable, et d’autre part en demandant davantage de pièces justificatives que les autres établissements de crédit. Par ailleurs, les investisseurs sur notre plate-forme doivent être investisseurs qualifiés, c’est-à-dire être des connaisseurs des produits financiers ou des clients ayant au moins 500.000 euros de patrimoine. » Evidemment, peu de particuliers remplissent l’un ou l’autre de ces critères, ce qui réduit la portée du nouveau concept. Mais pour Charles Egly, c’est un défi à relever : prouver la validité du modèle économique et démontrer que Prêt d’Union répond à une attente des investisseurs et des emprunteurs.

L’offre de crédit à la consommation est simple : les emprunteurs peuvent obtenir de 3.000 à 30.000 euros sur deux, trois, quatre ou cinq ans à des taux de 5,81 %, 5,91 %, 6,08 % ou 6,38 %. « Nous sommes très compétitifs, souligne Charles Egly. Pour les crédits jusqu’à 5.000 euros, notre offre est deux à trois fois moins chère que celles du marché, et pour les crédits supérieurs à cette somme, nous sommes de 1 à 1,5 point en dessous du marché. » La demande se fait en ligne via un formulaire de quarante questions. Si elle est acceptée, l’emprunteur doit alors renvoyer le contrat signé et les pièces justificatives dont les deux derniers relevés de compte bancaire, un moyen de vérifier les déclarations de l’emprunteur. « Notre processus de prévention du surendettement est efficace, note Charles Egly. Mais nous soutenons fermement la création du fichier positif. » Après moins de dix-huit mois d’exercice, le score a montré sa robustesse : alors que l’équipe prévoyait un taux de perte de 2 % à 3 % qui aurait un impact réel de 1 % par an sur le rendement servi aux investisseurs, il est finalement compris entre 0,3 % et 0,5 %. Les prêts moyens s’élèvent de 9.000 à 10.000 euros, un tiers finance des automobiles, un autre tiers des travaux et le tiers restant divers événements, mariages, études, voyages… Plus de 21 millions d’euros ont ainsi été octroyés et le rythme actuel atteint les 3,5 millions d’euros par mois. Comme pour toute activité sur internet, les demandes qui aboutissent sont peu nombreuses. Sur 1.000 demandes de crédit, 250 sont pré-acceptées. 30 % de ces demandeurs (soit 75) envoient leur dossier de crédit, dont finalement une quinzaine (20 %) débouchent sur le déblocage des fonds.

Investisseurs qualifiés

A l’autre bout de la chaîne, plus de 600 investisseurs se sont laissé tenter par l’aventure, apportant de 20 à 30.000 euros en moyenne, essentiellement grâce au bouche à oreille. « Nous démarchons les personnes à hauts revenus, les 'family offices' et quelques fonds d’'asset management', détaille Charles Egly. Nos investisseurs sont les clients types des courtiers en ligne, ils connaissent bien les produits financiers et ont souvent d’importants patrimoines qu’ils cherchent à diversifier. Par ailleurs et afin de lever toute ambiguïté, Prêt d’Union finance sur fonds propres 15 % des crédits accordés : notre intérêt s’aligne sur celui des investisseurs. » Ces derniers sont rémunérés à 4 % sur deux ans, 4,5 % sur trois ans, 5 % sur quatre ans ou 5,5 % sur cinq ans, taux auxquels il faut retrancher les pertes qui restent bien maîtrisées. La transformation de l’épargne en crédit s’opère par un processus de titrisation à la volée : les investisseurs achètent ainsi des obligations émises par un fonds commun de titrisation organisé en compartiments ayant chacun une maturité différente (deux, trois, quatre ou cinq ans). Les titres sont sécurisés par la mutualisation des flux au sein d’un même portefeuille de crédits et il n’y a pas de « tranching », tous les titres ont la même séniorité.

Le modèle de Prêt d’Union repose aussi sur la qualité de ses équipes : trente-quatre personnes aujourd'hui et soixante d’ici à la fin de l’année. Geoffroy Guigou, en tant que directeur des opérations, supervise les travaux du service commercial, huit personnes qui rappellent les emprunteurs pour les informer et recueillir des informations complémentaires. Il encadre huit autres collaborateurs responsables de l’octroi des crédits : ils vérifient les déclarations de l’emprunteur et interrogent les fichiers de la Banque de France. Il gère également le service après-vente, le recouvrement externalisé auprès d’un spécialiste, et l’assurance emprunteur. « Nous avons créé un bon contrat avec Gras Savoye et Metlife, indique-t-il. Le tarif de l’assurance décès est bas et s’applique à tous, sans discrimination, on peut choisir de prendre la garantie perte d’emploi ou non. Finalement, 75 % de nos clients la souscrivent. » Autres facteurs de succès, la plate-forme informatique est gérée par Lionel Beaudet, directeur des systèmes d’information, tandis que Thomas Beylot, directeur marketing, s’assure de la bonne visibilité de Prêt d’Union sur le web en utilisant l’affiliation, des bannières ou des comparateurs. Prêt d’Union croit à son avenir et se rêve déjà en Lending Club, son homologue américain à la croissance exponentielle. Pour le moment, la start-up française espère arriver à l’équilibre lorsque sa part de marché atteindra 0,1 %, échéance attendue au second semestre 2014, et compte lever de nouveaux fonds en 2013.

L'EQUIPE

Lionel Beaudet, directeur des systèmes d’information

Charles Egly, président du directoire

Geoffroy Guigou, directeur des opérations

Thomas Beylot, directeur marketing

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