Benoît Leguet s’impose en apôtre de la transition énergétique

le 18/04/2013 L'AGEFI Hebdo

A la tête de CDC Climat Recherche, il conduit des programmes de recherche liés au changement climatique.

Benoît Leguet. Photo: Marta Nascimento

L’enseigne est encore bien récente - moins de trois ans - pour être connue de tous. La Caisse des dépôts a ajouté à son vaste organigramme d’interventions la lutte contre le changement climatique au sein de laquelle figure CDC Climat Recherche, dont la mission est de « comprendre la transition vers une économie sobre en carbone ».

L’ambiance pourrait être maussade rue de la Victoire dans le IXe arrondissement de Paris où deux plaques de verre presque neuves, CDC Climat et CDC Climat Asset Management, intriguent les passants. Car la lutte contre le changement climatique au niveau planétaire est un libellé en forme d’avis de décès. La nécessité de vendre des Airbus et plus généralement de préserver la croissance de l’économie traditionnelle torpille l’idée de protocole global et est à l’origine de l’effondrement du prix des crédits carbone.

En quelque sorte chargé d’évangéliser les acteurs publics et privés à ces questions sensibles, Benoît Leguet avait vu les choses venir et même prédit le krach du crédit carbone. Le pilote de CDC Climat Recherche se sent bien plus à l’aise avec son nouveau propos : un domaine composite de transition vers une économie sobre en carbone, comprenant les mécanismes de projet, les enjeux de l’agriculture et des forêts, les politiques climatiques territoriales et les outils d’aide à la décision d’investissement.

Reconnaissance sociale

Benoît Leguet est à la tête d’une équipe d’une vingtaine de personnes, dont cinq chefs de pôle qui constituent sa garde rapprochée. Outre une foi certaine dans les objectifs poursuivis, l’équipe de CDC Climat qui structure l’ensemble est remarquable par au moins trois points. Ils sont jeunes, surdiplômés et singulièrement experts en ce qui relève, pour le profane, d’un univers impénétrable.

Benoît Leguet, 37 ans, est issu de Polytechnique et de l’ENSTA Paris Tech. Il a commencé sa carrière en 2002 chez Deloitte pour y faire de l’audit environnemental. Il y a acquis la « connaissance du monde de l’industrie et de ses cycles » et, plus globalement, l’idée que l’audit c’est « souvent du bon sens ». Il passera néanmoins en temps partiel pour compléter d’un DEA en écologie de l’environnement son cursus universitaire déjà copieux. Une initiative décisive puisqu’en effectuant son mémoire à la CDC, il ne quittera plus la vénérable maison.

Son but actuel est de conférer à son département une certaine « reconnaissance sociale ». L’énergie qu’il déploie pour convaincre est, au passage, mâtinée par un abord plutôt chaleureux. Ses programmes de recherche ne sont lancés que s’ils sont commandités et donc financés. Un programme est « l’aboutissement d’un dialogue » issu d’une question souvent introduite par l’équipe CDC Climat Recherche.

Pour la mise en œuvre de ces programmes, l’idée originale est d’avoir constitué des clubs d’experts confiés à des chefs de pôle. Pour en faire partie, il faut payer une cotisation qui finance le programme, diluant en proportion la participation de la CDC. Globalement, il s’agit de mutualiser des moyens de recherche et d’offrir des « prestations intellectuelles » destinées à comprendre les systèmes de quotas et les marchés du carbone. La confrontation des experts permet de valider les analyses de CDC Climat Recherche dans une ambiance volontariste.

Docteur en sciences économiques, diplômée d’un master estampillé HEC en « management du développement durable », Emilie Alberola, 32 ans, fait porter ses recherches sur la politique climatique européenne. « Ce qui nous intéresse en l’occurrence, détaille Benoît Leguet, ce sont les instruments financiers au service de la transition énergétique favorisant les énergies renouvelables". Le club d’Emilie Alberola s’intitule assez logiquement « Tendances carbone » et ses membres fatalement « trendy » proviennent des secteurs industriel et financier auxquels s’ajoutent les pouvoirs publics. Réduction des gaz à effets de serre, énergies renouvelables et amélioration de l’efficacité énergétique, trois domaines qui structurent un quotidien complexe. Complexe parce que, d’une part, jouer sur l’un peut induire des effets indésirables sur l’autre et, d’autre part, chaque domaine ne relève pas forcément de la même direction au sein de l’Union. Dès qu’on touche au climat, c’est une constante, tout se complique.

Compétences multiples

L’homme des bois s’appelle Valentin Bellassen. Lui est en charge de la compensation carbone, des mécanismes de projet, de l’agriculture et des forêts. Docteur en sciences de l’environnement, ingénieur des eaux et forêts, normalien. Mais, résume Benoît Leguet, lorsque l’on veille sur la forêt, on peut recevoir une compensation. La difficulté est de trouver où et son patron ne rejette pas l’image d’un jeune étudiant Erasmus piégé dans un parcours kafkaïen. Une des compétences intéressantes de Valentin Bellassen est de pouvoir expertiser pour le compte des Nations unies les inventaires nationaux des émissions de gaz à effet de serre. Il saura dire si certains prennent leurs aises avec leurs propres chiffres.

Ian Cochran, quant à lui, se rapproche de l’univers financier puisqu’il pratique l’aide à la décision pour permettre aux investisseurs de prendre en compte la variable climat. L’Américain de l’équipe cumule lui aussi, à 31 ans, les trophées universitaires puisqu’il est docteur en sciences économiques, diplômé d’un master of public affairs de Sciences Po  et aussi titulaire d’un bachelor en politique publique de l’université américaine de Syracuse. Il est spécialiste de la quantification des gaz à effets de serre, et sait évaluer les risques financiers d’un investissement intégrant la variable climat.

La Franco-Française du lot de par ses attributions s’appelle Alexia Leseur. En plus de son BEPC, elle est sortie de Polytechnique en tant que docteur en économie de l’environnement et ingénieur agronome diplômée d'AgroParisTech. Elle est l'initiatrice du club ViTeCC (Villes territoires et changement climatique) qui assemble 20 collectivités territoriales et entreprises de service aux collectivités. Sa mission ? Analyser l’action des territoires et tenter de déterminer comment les collectivités peuvent financer leur politique climat-énergie. « Des bons élèves, précise Benoît Leguet, mais qui n’ont pas forcément les bons outils. »

La toute dernière recrue illustre bien une constante dans l’enrichissement de l’équipe CDC Climat Recherche. Anaïs Delbosc a commencé comme les autres par un stage avant d’être intégrée. Sa mission est transversale. Elle est chargée de développer l’activité grâce à des financements extérieurs à la CDC, ce qui entraînera par voie de conséquence la multiplication des clubs et des programmes de recherche. Et enfin, satisfaisant ainsi à l’une des préoccupations de Benoît Leguet, Anaïs Delbosc est là pour « faire connaître l’utilité sociale » des recherches menées rue de la Victoire. C’est une ingénieure agronome diplômée d’AgroParis Tech, titulaire d’un master en économie du développement durable, de l’énergie et du développement durable de Paris X AgroParisTech-Ecole polytechnique. Politiques, investisseurs ou acteurs territoriaux, vous connaissez désormais le chemin et la méthode pour être membre d’un des clubs quand même un peu « select » de CDC Climat Recherche.

L'EQUIPE

Ian Cochran, 31 ans, chef de mission

Benoît Leguet, 37 ans, directeur de recherche

Emilie Alberola, 32 ans, chef de pôle

Alexia Leseur, 35 ans, chef de pôle

Valentin Bellassen 31 ans, chef de pôle

Anaïs Delbosc 31 ans chef de pôle 

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