Des banquiers en quête de zen à la City

le 28/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Alors que la finance londonienne continue à détruire des emplois, ses cadres soignent leur stress avec des méthodes peu conventionnelles.

Illustration: Julien Tromeur/Fotolia

Dans la vie de Jean-Philippe Perraud, la banque n’occupe désormais plus toute la place. Agé de 37 ans, ce banquier de la City spécialisé dans les marchés actions au sein d’une grande banque norvégienne a vécu il y a trois ans une période de stress intense : « Il fallait que je me lève tous les jours à 5h30 pour me rendre aux 'morning meetings'. Le week-end, je prenais l’avion pour soutenir un proche très malade. Au même moment, je devenais papa. » A ce rythme, le financier a fini par s’effondrer. Mais au lieu de faire appel à la médecine traditionnelle, il a préféré se tourner vers des méthodes non conventionnelles. Sans vraiment y trouver son compte au départ : « J’avais décidé d’assister à un cours de yoga… et je n’y suis pas resté plus de dix minutes, se souvient-il. L’enseignante m’a rappelé et depuis, j’en fais trois fois par semaine. » S’ensuit une exploration personnelle des techniques de la méditation, de la sophrologie mais aussi pour une meilleure nutrition… qui débouchera sur une initiative originale. Afin d’aider les cadres londoniens, Jean-Philippe Perraud vient en effet de commercialiser via son site web « detox the city »*, un kit baptisé « life re-energiser » qui propose pour un prix de 45,60 livres (environ 54 euros) des exercices de méditation au quotidien, des conseils en matière d’alimentation et d’hygiène de vie. Si l’accueil de ses collègues et amis s’est révélé positif, le banquier reconnaît que ce secteur n’est pas naturellement tourné vers ces pratiques. « Les banquiers ont pour habitude d'évoluer dans un milieu compétitif, explique-t-il. L’athlète de haut niveau, lui, connaît la nécessité de la phase de récupération (ou relaxation). Elle permet à l’individu d’être plus efficace, plus posé, calme et alerte. » Pour Ange, qui travaille au service des affaires réglementaires d’une grande banque britannique, le ballon d’oxygène est venu de la nutrition. Epuisée, souvent malade, cette professionnelle découvre au fil de ses lectures que l’impact de l’alimentation sur sa santé et son équilibre de vie est crucial : « Au Royaume-Uni, la consommation de chips et de barres de chocolat est omniprésente et très tentante. J’ai réalisé que ce mode d’alimentation n’était pas sain du tout. » La curiosité de ses collègues de bureau, qui viennent lui demander des conseils sur une meilleure façon de s’alimenter, l’incite alors à créer son propre blog en avril 2012, Gosh food**, dans lequel elle détaille sa vision de la nutrition : « L’investissement dans ce projet me permet aujourd’hui de mieux dormir, de mieux m’alimenter mais aussi de mieux canaliser mon stress. »

Peu d’actions au sein des banques

L’engouement récent vers ces « hobbies » n’arrive sans doute pas par hasard : le secteur financier britannique devrait perdre 18.000 emplois supplémentaires au cours du premier trimestre 2013, selon une étude commandée à PricewaterhouseCoopers par la Confederation of Business Industry, le syndicat patronal britannique. Au total, le secteur aura perdu 132.000 emplois depuis son pic du troisième trimestre 2008 et devrait atteindre cette année son plus bas niveau depuis 1993 avec un total de 237.000 postes, d’après le Centre for Economics and Business Research. Pas de quoi porter à l’optimisme dans les bureaux de la City. Pourtant, les problèmes liés au stress ne sont pas toujours clairement identifiés par les professionnels de la finance, davantage focalisés sur la performance que sur les solutions pour améliorer leur vie au travail : « Les salariés du secteur financier viennent me voir pour régler un problème fonctionnel qui peut se traduire par des douleurs spécifiques, comme des douleurs au dos, raconte Paola Bassanese, directrice d’Energya Ltd, société spécialisée dans les massages. Certaines personnes prennent conscience que cela peut être plus largement lié au stress. Mais beaucoup s’en tiennent à la seule volonté de résoudre leur difficulté fonctionnelle et ne souhaitent pas aller plus loin. » Dans une culture où la résolution de problèmes complexes domine, les solutions proposées par les banques pour aider leurs cadres restent limitées.

RBS offre à tous ses salariés une ligne téléphonique gratuite et un service internet d’informations et de conseils sur le travail, la santé ou encore les difficultés familiales. Depuis deux ans, Barclays a créé, au sein de sa fonction ressources humaines, un poste dédié au bien-être des collaborateurs de sa division de banque d’investissement. Des conseils leur sont prodigués, notamment sur les problèmes de stress : « La reconnaissance de ce service a gagné beaucoup de terrain auprès de nos salariés, souligne un porte-parole du groupe. Mais les réponses à ce sujet ne sont sans doute pas aussi approfondies qu’elles pourraient l’être. » Dans un autre type d’initiative, Goldman Sachs organise depuis quelques années à Londres, en mars, une « resilience week », dont la traduction littérale est « semaine de résistance ». Au programme de celle de l’an dernier, des sessions consacrées à la nutrition, à la méditation, aux exercices physiques et à la psychologie. « L’ambition de ce dispositif semble être d’adapter les compétences et l’expertise des banquiers à un univers professionnel toujours plus difficile », juge un observateur. Le recours à des solutions alternatives pour améliorer les conditions de vie des cadres émerge à peine. Mais en attendant une généralisation de ces programmes, chacun semble prié de trouver son propre chemin…

*http://www.detoxthecity.com

**http://www.gosh-food.com

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