Avocats, consultants, renouez avec vos « ex » !

le 06/06/2013 L'AGEFI Hebdo

De puissants réseaux d’anciens, qui se retrouvent lors de beaux événements, permettent d’entretenir les liens. Et d’en créer de nouveaux.

Au sein du cabinet Gide Loyrette Nouel.©Jerome CHATIN/EXPANSION-REA

Dans le monde feutré des avocats d’affaires et des consultants en stratégie, on change d’employeur, on ne le quitte pas. Parce que le carnet d’adresses y joue un rôle majeur, les liens ne se défont jamais totalement. C'est même pour les densifier que les réseaux d'« 

alumni », sur le modèle de ceux des grandes écoles rassemblant leurs anciens élèves (« alumnus » signifie « élève » en latin), s'y sont développés, devenant un véritable outil de gestion d’image et de carrière. A Paris, la tendance a eu du mal à s'imposer. Le cabinet d'avocats français Gide Loyrette Nouel s’est pourtant lancé, malgré la crainte de certains de jouer les « anciens ». « Aujourd’hui, lorsque nous organisons des événements, tout le monde est heureux de se revoir, se félicite à présent Arnaud Michel, associé chez Gide. Une grande partie du barreau d’affaires français est passé par notre cabinet »... Bien sûr, pour qu'un groupe d'« ex » forme un club de valeur, il faut que le cabinet de conseil ou d'avocats qui les a employés compte parmi les incontournables du marché. De ceux qui ont vu passer dans ses rangs bon nombre de talents.

Ce sont les grandes firmes d’origine anglo-saxonne qui ont initié le mouvement, à l’image de Clifford Chance ou encore Allen & Overy. Chez Baker & McKenzie, en revanche, le projet est tout neuf. « Le prélancement de notre réseau d’alumni a été effectué entre décembre et fin janvier dernier, confie Natacha Boigegrain, directrice de la communication et du marketing du bureau de Paris. Comme nous comptons environ 25.000 anciens répartis au niveau mondial, l’idée est de faciliter les échanges, tous bureaux confondus. L’enjeu, au cours de la première année d’existence du réseau, sera de maintenir un site web actif et de communiquer en interne autour du projet. » Mais ce sont les soirées qui sont le point d’orgue de ces groupes, le moment où le virtuel cède la place au réel. « C’est un vrai plaisir de retrouver des personnes avec qui on a longtemps été sous pression, mais avec de bons moments aussi », témoigne Mathieu, ex-Freshfields parti en entreprise. Pour ces occasions, les cabinets n’hésitent pas à voir les choses en grand. Gide Loyrette Nouel a ainsi démarré fort en lançant, le 27 septembre dernier, sa première soirée « Gide Alumni » sous forme d’un grand cocktail au cours duquel Philippe Nouel est venu dédicacer ses mémoires d’avocat. Au sein du cabinet de conseil Bain & Company, outre le cocktail annuel, des séances de « speed dateworking » sont également organisées entre ex-consultants, entrepreneurs et business angels. En tout, le cabinet compte 450 alumnien France et près de 10.000 anciens au niveau mondial. Chez son concurrent A.T. Kearney, dont le réseau alumnifrançais comporte près de 600 personnes, la priorité est donnée aux rencontres thématiques, de la banque à la grande consommation.

Outil de marque-employeur

Dans les pays anglo-saxons, les tournois sportifs et autres séjours à l’étranger entre anciens se multiplient. Ces événements restent rares en France. « Le plus important, c’est de rester proches », assure Catherine Astor-Veyres, associée en charge des alumnichez Clifford Chance Paris. Eux ont fait le choix de ne miser que sur un cocktail tous les dix-huit mois, toujours dans leurs bureaux de la place Vendôme. « Nous ne croyons pas à un programme événementiel récurrent, mais nous misons sur des petites attentions, en prenant régulièrement des nouvelles des anciens par exemple, explique Catherine Astor-Veyres. Notre positionnement est certes moins glamour, mais beaucoup plus efficace. » Au-delà de soirées où tout le monde jette un coup d’œil dans le rétroviseur, ces communautés offrent aussi un outil de valorisation de la marque-employeur. « Les alumni permettent, entre autres, de pouvoir piloter notre image et de véhiculer nos valeurs aux confrères », reconnaît Stanislas Dwernicki, associé chez Gide. « Notre premier vivier de recrutements, ce sont les jeunes diplômés d’écoles de commerce ou d’ingénieurs pour lesquels Bain & Company est souvent la première expérience, expose pour sa part Caroline Detalle, chargée du développement des alumnichez Bain. Par conséquent, ils ont envie d’entretenir le réseau. Pour nous, ce sont les meilleurs prescripteurs qui soient ! »

Appartenir à ces clubs devient un enjeu primordial pour les anciens et… leurs affaires. « Sur 572 ex-Clifford en France, à peu près 200 sont partis en entreprise et 300 en cabinet d’avocat », dévoile Cécile Paillard, directrice de la communication chez Clifford Paris. « Certains partis en entreprise sont devenus des clients du cabinet. Comme ils connaissent bien notre manière de fonctionner, nous gagnons un temps inestimable ! Et pour ceux qui ne sont pas encore clients, le réseau d’anciens permet d’avoir un point d’entrée », ajoute Catherine Astor-Veyres. D’où l’intérêt de chouchouter ses potentiels « ex » dès le départ… « A son arrivée, chaque consultant est déjà considéré comme un potentiel futur alumni », affirme Thomas Bolac, directeur marketing & communication chez A.T. Kearney. Mais le contraire est aussi possible : en mettant en relation les membres actuels avec ceux partis à la concurrence, le risque de débauchage plane comme une ombre. « Distribuer des cartes de visite à outrance n’est pas l’objectif de départ, tempère Sophie Boyer-Chammard, ancienne directrice du développement chez Clifford, désormais habituée de leurs événements alumni. L’idée principale, c’est de maintenir le lien affectif avec le cabinet. » « Il faut toujours garder en tête que les confrères sont bons, certes, mais que si nous avons pu mettre en place un réseau d’alumni, c’est que nous le sommes aussi depuis un certain temps », conclut Arnaud Michel.

A lire aussi