Les aventuriers de la finance participative

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

L’essor des plates-formes de « crowdfunding » attire les jeunes financiers désireux d’entreprendre. Mais aussi les profils plus expérimentés.

Les aventuriers de la finance participative

Tous les jeunes financiers français ne rêvent pas de salles de marché dans de grandes banques d’investissement… Le crowdfunding, cette technique permettant des transactions financières à petite échelle - notamment entre particuliers et entreprises -, suscite un vif intérêt parmi les diplômés d’écoles de commerce. Après un début de carrière dans la finance traditionnelle, certains décident de tenter l’aventure de la finance « participative ».

Des dirigeants à peine trentenaires

En France, une trentaine de plates-formes sont apparues sur la Toile ces quatre dernières années. Dans la foulée du label de musique My Major Company fondé en 2007, d’autres structures ont vu le jour dans la donation (Ulule, United Donation), le microcrédit (Babyloan), le prêt aux particuliers ou aux entreprises (Spear) et le financement d’entreprise (Anaxago, FinanceUtile, SmartAngels). A la tête de ces sociétés, des dirigeants souvent à peine trentenaires. Nicolas Dabbaghian, 24 ans, était encore étudiant à HEC lorsqu'il a cofondé Spear, une plate-forme de prêts responsables. « Mon associé, François Desroziers, a découvert le ‘crowdfunding’ outre-Atlantique pendant un stage au sein d’une grande banque française, raconte-t-il. Nous avons décidé de nous positionner sur le prêt pour les projets d’entreprises responsables, en nous inspirant d'acteurs comme Prosper ou le Lending Club, mais aussi de plates-formes comme Kiva, pour le côté solidaire, et Kick Starter pour l'innovation. » A 25 ans, Joachim Dupont, est cofondateur et président d'Anaxago, plate-forme dédiée au financement des start-up et PME de croissance. « Après mon master 2 en finance d'entreprise à Paris-Dauphine, j'ai travaillé pendant un an chez Axa Corporate Solutions en tant que contrôleur financier, puis au département marketing et communication de Lazard Frères Gestion, explique-t-il. Etant issu d'une famille d'entrepreneurs, je savais que je m’orienterai très vite vers l'entrepreneuriat. Alors, lorsqu'avec deux camarades de promotion, nous avons vu apparaître les premières plates-formes d’‘equity crowdfunding’ (investissement en fonds propres dans une entreprise, NDLR) aux Etats-Unis, nous n’avons pas hésité longtemps. »

Parmi les créateurs de ces structures, on trouve aussi des profils expérimentés qui sont passés par le capital-risque. C’est le cas de Benoît Bazzocchi, 32 ans, fondateur et président de SmartAngels. Cet ancien diplômé de l’EM Lyon a œuvré pendant quatre ans comme chargé d'affaires chez Natixis Private Equity avant de fonder en 2009 sa société de conseil en levée de fonds : « Je suis parti du constat qu’il y a d’un côté des entrepreneurs, qui ont de plus en plus de mal à lever des fonds, et de l'autre des investisseurs particuliers, qui privilégient de plus en plus l’investissement en direct dans des sociétés, au détriment d’intermédiaires traditionnels qui leur proposent des produits ‘packagés’, mais avec une rentabilité relativement faible et des frais de gestion élevés. » Les sociétés d’equity crowdfunding entendent en effet occuper le créneau des jeunes entreprises innovantes ou solidaires qui ne parviennent plus à lever des fonds dans la tranche comprise entre 150.000 et un million d’euros. « Bâle III et Solvabilité II imposent désormais aux banques et sociétés d'assurances de mettre l'équivalent en fonds propres du capital lorsqu’elles investissent dans une start-up, souligne Philippe Gaborieau, 46 ans, ancien HEC, fondateur et président d'Happy Capital. Résultat : les grands investisseurs ont délaissé le capital-risque pour s'orienter vers le capital-développement et la transmission. Et comme les business angels et les fonds régionaux ne peuvent pas à eux seuls absorber tous les besoins, il y a désormais un ‘trou dans la raquette’ que les acteurs du financement participatif s’efforcent de combler.  »

Des recrutements limités

Ces petites structures recrutent peu, essentiellement des analystes financiers, des développeurs web et des community managers. Ancien diplômé de l’ESC de Troyes, Matthieu Gabard, 31 ans, a rejoint comme chargé d'affaires FinanceUtile alors qu’il levait des fonds pour les entreprises hébergées par l’incubateur régional Poitou-Charentes. « Après quatre ans passés chez cet incubateur, j'avais envie de passer de l'autre côté de la barrière, du côté des investisseurs, dans une société qui évolue sur un marché relativement jeune.  » Alexia Rey a, elle, été recrutée par SmartAngels pour gérer le sourcing et l'analyse des dossiers alors qu'elle vient de décrocher son master finance et stratégie à Sciences Po Paris. « La plupart de mes camarades de promotion se sont dirigés vers des banques et de grands cabinets de conseil, mais cela ne me correspondait pas, confesse la jeune femme de 24 ans. J'avais envie de prendre des risques, d’évoluer dans une ambiance conviviale. Je voulais aussi que l’on me confie rapidement des responsabilités, être impliquée dans la prise de décision. »

La même ambition a incité Aurélien Marconi, 24 ans, à rejoindre Happy Capital comme analyste financier après avoir obtenu son master 2 banque finance à l'université de Bordeaux 4. « J'ai toujours eu envie de travailler dans le private equity. Si j'ai choisi une start-up, c'est pour prendre part à un projet qui va peut-être exploser. » Tous ont la conviction que le crowdfunding a de beaux jours devant lui. A condition qu’il soit bien encadré. « Ma crainte est que l'‘equity crowdfunding’ se retourne à cause d'acteurs qui se lancent sans aucune compétence. D'où la nécessité d’un minimum de régulation pour rassurer les entreprises et les investisseurs qui se croisent sur nos plates-formes », signale Anne Saint Léger, qui a fondé FinanceUtile en 2009 après dix ans chez Banexi Venture. Cette attente devrait être bientôt comblée. Un projet de loi sur le crowdfunding est en effet prévu à l’automne.

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