Dossier MBA

Les atouts des diplômes français

le 31/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Ils misent sur l'internationalisation et des thématiques sociétales et de développement durable.

Depuis 2010, les financiers sont nettement plus nombreux à suivre le MBA (master of business administration) de l’Insead, seule grande école de commerce française à figurer dans le classement annuel du Financial Times des dix meilleurs MBA au niveau mondial (elle est au quatrième rang en 2011, voir le tableau). Après 20 % en 2008, 22 % en 2009 et 27 % l’an dernier, les professionnels de la finance représentent une part de 29 % parmi les 1.008 participants (à la moyenne d’âge de 28-29 ans et dotés de cinq années d’expérience professionnelle) des deux promotions de l’Insead pour l’année 2011. P

our intégrer ce prestigieux programme (dont le coût annuel est de 52.000 euros) qui reçoit chaque année de nombreuses candidatures, « il faut nous convaincre ! », insiste Caroline Diarte-Edwards, directrice des admissions du MBA full time (à temps plein) de l’Insead. « Nous sommes très sensibles à l’aspect international dans les parcours des candidats ou à leurs ambitions professionnelles à l’étranger à l’issue du MBA. C’est très important pour nous, explique la responsable. Nos promotions actuelles comptent 86 nationalités différentes. »

Comme l’Insead, les autres écoles de commerce françaises, mais aussi européennes, qui proposent des MBA, tiennent à souligner leur degré d’internationalisation. Une façon de se différencier des indétrônables MBA anglo-saxons, qui sont les plus prisés et reconnus, notamment dans le secteur de la finance. « En moyenne, le degré d’internationalisation est de 35 % dans les MBA américains », indique Nunzio Quacquarelli, directeur de QS et QS World MBA Tour et QS Top MBA, société qui organise dans différents pays des salons dédiés aux MBA.

Le constat est frappant : l’université de Pennsylvanie-Wharton et Harvard (qui sont dans le « Top » 3 des meilleurs MBA en 2011) affichent toutes les deux une part de 34 % d’étudiants internationaux dans leurs MBA, contre 92 % pour l’Insead et la London Business School, qui figure en tête du classement. Chez HEC Paris (au 18

erang), 83 % des participants viennent d’autres pays, tandis que les écoles espagnoles IE Business School (classée huitième) et Iese Business School (neuvième) accueillent respectivement 87 % et 80 % d’étudiants étrangers. Au sein du MBA full time de l’Edhec dont les cours sont dispensés à Nice, les financiers sont aussi assez présents, à hauteur d’environ 20 %. Les 46 étudiants ont en moyenne 33 ans et sept à huit ans d’expérience professionnelle.

Quant aux frais de scolarité, ils sont de 32.500 euros l'an, auxquels viennent s’ajouter 1.000 euros par mois de frais de logement. Emmanuel Métais, responsable du programme, n’est pas peu fier de la teinte internationale de sa promotion : « Nous avons 25 nationalités différentes, les Français sont peu nombreux ! Cette année, nous avons beaucoup d’étudiants indiens. » A l’EM Lyon où près de 15 % de la promotion 2010-2011 du MBA full time vient de la finance, Patrice Houdayer, directeur général délégué chargé des programmes masters, tient lui aussi à rappeler la dimension internationale de sa formation.

Cette dernière compte au sein de sa promotion actuelle 31 étudiants âgés en moyenne de 33 ans avec une expérience professionnelle moyenne de sept ans. Coût du MBA : 35.900 euros par an. « Il y a 80 % d’étudiants internationaux à EM Lyon et 40 % de professeurs internationaux, déclare Patrice Houdayer. Tous nos programmes intègrent une partie du cursus à l’international ('learning trips', échanges académiques, etc.). » Les learning trips, ou voyages d’études, sont très courants dans les MBA français.

Prochainement, Alan Jenkins, responsable à l’Essec de l’executive MBA (EMBA, destiné aux professionnels très expérimentés - au moins six ans d’expérience sont requis à l’Essec), va partir en Inde pour cinq à six jours avec la cinquantaine de personnes de son EMBA. « Nous allons explorer le monde des affaires et les modèles de management de l’Asie du Sud-Est, tout en découvrant la culture du pays et les enjeux stratégiques pour son économie », affirme le responsable. Quant au MBA de l’Edhec, la promotion se rendra bientôt au Cap en Afrique du Sud, « notamment pour rencontrer des entreprises sur le thème du développement durable », se réjouit Emmanuel Métais. Selon lui, cette vision sociétale du management est aussi une spécificité des MBA européens par rapport à leurs concurrents américains : « Ce sont les étudiants qui sont demandeurs de modules 'verts' pour traiter les questions éthiques et sociales. D’ailleurs, des Américains viennent suivre des MBA en Europe pour cela. Il y a deux ans, notre MBA était composé de nombreux Nord-Américains ! Les universités et écoles américaines sont démunies sur les sciences sociales appliquées au 'business'. »

Ainsi, le programme de l’Edhec s’est aussi doté d’un cours de philosophie. « Je dirais que notre bagage intellectuel est davantage développé autour des valeurs liées à la responsabilité individuelle et collective, ajoute Alan Jenkins, de l’Essec. Dès que nous recevons des candidats pour notre MBA et EMBA, nous leur expliquons que les valeurs d’humanisme comptent beaucoup pour nous. »

Autre exemple : le MBA de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées comporte un cours sur l’éthique dans les affaires sous l’intitulé « Stratégie globale et gouvernance globale ». A travers seize études de cas (l’étude de cas ou business case est un outil très utilisé dans les MBA), il s’agit d’analyser comment les entreprises mondiales sont impactées par les thématiques sociales, environnementales et politiques et mettent en œuvre des stratégies mondiales. Bien évidemment, les financiers ne sont pas attirés par les MBA uniquement en raison de leur volet éthique.

Prendre de la hauteur

Souvent experts dans des métiers pointus, ils cherchent à prendre de la hauteur sur les problématiques d’entreprise et veulent affiner leurs compétences managériales, autrement dit développer le fameux leadership. « Ils viennent à l'EM Lyon pour des compétences complémentaires à celles qu’ils possèdent. Il s’agit d’acquérir une vision stratégique, une compréhension transversale de l’entreprise, une dimension internationale… », énumère Patrice Houdayer. « Ils souhaitent aussi se développer au niveau personnel et individuel, complète Emmanuel Métais. A l'Edhec, nous proposons ainsi du coaching individuel et du coaching pour la recherche d’emploi. »

L’entrepreneuriat est aussi de plus en plus abordé dans les MBA. « Les cours optionnels sur 'l’entrepeneurship' sont choisis par 80 % des participants à l’Insead, relève Caroline Diarte-Edwards. Le cas d’un financier qui veut lancer son propre fonds de capital-investissement n’est pas rare. » En outre, les futurs titulaires de MBA espèrent se doter d’un profil qui les exposera, dans leur entreprise ou aux yeux des recruteurs, de manière à pouvoir accéder à des postes de cadres dirigeants.

En tout cas, dans un marché de l’emploi dans la finance qui semble retrouver des couleurs, les perspectives de promotion interne ou de mobilité vers d’autres entreprises sont à nouveau à l’ordre du jour pour les financiers. « Depuis le début de l’année 2011, de nombreux étudiants qui ont terminé le programme se dirigent vers la finance et le conseil. Ces deux segments redémarrent très fort », à en croire Bernard Garrette, directeur délégué du MBA de HEC, où parmi les 233 inscrits (HEC ne veut pas aller au-delà de 250), 15 % sont issus de la finance et 16 % du conseil. « En 2009, on sentait une défiance envers les cours de finance du MBA, précise-t-il. Désormais, les cadres, tous secteurs confondus, qui ont choisi d’entreprendre cette formation, veulent comprendre les mécanismes financiers. » Critiqués (surtout aux Etats-Unis) durant la récente crise pour enseigner des modèles de management qui ne considèrent pas suffisamment les notions d’éthique et de responsabilité des dirigeants, les MBA français ont montré qu’ils savaient tirer les leçons nécessaires pour continuer à attirer des candidats à travers le monde.

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