Apprentis, les banques de la City vous attendent !

le 05/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Apparu récemment dans le secteur financier, ce dispositif vise à former les jeunes aux métiers de la banque de détail.

Vue de Londres depuis le Waterloo Bridge.

Pour Shanazar Zaffar, technicien au sein du service de support informatique de l’assureur Aviva, le choix de l’apprentissage ne doit rien au hasard : « Cela permet d’embrasser une carrière tout en bénéficiant d’une formation, de qualifications reconnues et d’un salaire », résume cet apprenti de 18 ans. Tous les jours, Shanazar se rend dans différentes unités du groupe afin de résoudre les incidents d’ordre informatique. « Je rapporte directement à un manager, mais je suis aussi accompagné d’un tuteur qui me guide dans mes missions quotidiennes », précise-t-il. Il n’a pas besoin de se rendre au City College Norwich, l’organisme qui lui assure sa formation, dans la mesure où les cours, comme les examens, peuvent être dispensés à distance par voie électronique. Après ses douze mois d’apprentissage, Shanazar Zaffar obtiendra une qualification professionnelle en informatique, logiciels et conception web.

Outre-Manche, le système d’apprentissage prépare les candidats à trois grades distincts : l’un intermédiaire (niveau 2), l’autre avancé (niveau 3) et des formations plus sophistiquées de higher apprenticeships correspondant à un niveau 4. « J’espère pouvoir continuer à travailler chez Aviva, confie le jeune apprenti de niveau intermédiaire. Mais si ce n’est pas le cas, je suis presque sûr que ma formation me permettra d’obtenir un emploi similaire ailleurs. » Comme lui, de nombreux professionnels ont décidé de prendre le chemin de l’apprenticeship. L’importance du chômage, qui touche 20,8 % des 16-24 ans, auquel viennent s’ajouter des frais universitaires toujours plus élevés, incite les plus jeunes à opter pour cette solution. Le gouvernement britannique de David Cameron a d’ailleurs fait de l’apprentissage un véritable cheval de bataille en souhaitant augmenter de 100.000 le nombre de contrats d’apprentissage tous secteurs confondus d’ici à 2014 avec une enveloppe annuelle de 1,4 milliard de livres (1,7 milliard d’euros). Les formules de niveau 3 et 4 pour les candidats âgés de 16 à 18 ans seront entièrement financées. Pour les professionnels de 19 à 24 ans, le financement de la formation ne sera assuré que pour moitié.

Flexibilité

Si les banques développent depuis longtemps des programmes à destination des diplômés de l’université ou des boursiers (scholars programs), l’apprentissage n’a fait son apparition que très récemment dans les métiers de la finance, alors que les formations en alternance sont déjà répandues en France, y compris pour les masters. Pourtant, les jeunes apprentis sont plus flexibles. « Les grandes entreprises, et surtout les banques, ont souvent eu des difficultés avec les diplômés de l’université dans la mesure où cette population a des attentes importantes en termes de salaires et de responsabilités. Ce n’est pas le cas des apprentis », souligne ainsi Caspar Bartington, en charge des relations entreprises au sein du Chartered Insurance Institute, organisme qui joue le rôle d’intermédiaire entre les employeurs désireux de lancer des plans d’apprentissage et les organismes de formation. Barclays, Santander et Lloyds Banking Group ont déjà annoncé leur intention de participer à l’aventure dans le courant de cette année. Barclays, qui vise 1.000 apprentis en 2012 dans la banque de détail et ses activités commerciales en Angleterre et au Pays de Galles, a l’intention de proposer des postes dans ses agences et au sein de ses centres de contact pour une période de douze mois : « Durant ce laps de temps, nos jeunes apprendront beaucoup sur le terrain, précise Simon Hailes, porte-parole de la banque. Ils travailleront aussi en vue d’obtenir une qualification professionnelle en banque de détail ainsi qu’un certain nombre de qualifications associées en lecture, rédaction et calcul. » De son côté, HSBC a démarré dès l’an dernier un programme d’apprentissage à des niveaux intermédiaires et avancés (niveaux 2 et 3). L’objectif initial était d’intégrer 1.000 apprentis, mais la banque a préféré d’abord tester le concept sur 312 candidats. « Ce genre d’expériences implique une infrastructure importante à mettre en place et comme nous ne souhaitions pas que le processus devienne trop bureaucratique, nous avons préféré nous concentrer sur un pilote », justifie John Morewood, responsable de l’apprentissage chez HSBC. Les candidats, affectés dans les agences et les centres d’appels de la banque doivent effectuer leur apprentissage sur une période de 12 à 18 mois qui comprend, outre une expérience de terrain en entreprise, 60 heures de formation à distance.

A peine lancés dans ces programmes d’apprentissage traditionnels, les banques et les établissements financiers, sous l’égide de l’organisme Financial Skills Partnership (lire l’entretien), envisagent de développer des formules de très haut niveau, équivalentes à des postes de responsable juniors, voire seniors, dans les banques, soit des niveaux 5 ou 6. « Ces entreprises, comme d’autres employeurs, doivent aujourd’hui trouver de nouveaux moyens de recruter et d’engager le dialogue avec une nouvelle génération de professionnels, considère Martin Day, responsable à l’IFS-School of finance, organisme de formation spécialisé dans la finance. A cet égard, l’apprentissage apparaît comme une solution pertinente. » D’autant que certains établissements proposent des rémunérations plutôt attractives : « Si le plan lancé par le gouvernement britannique prévoit de rémunérer les apprentis au salaire minimal, nous avons décidé de leur verser un salaire équivalent au poste dans l’entreprise », déclare John Morewood de HSBC. Une initiative qui permet aussi de valoriser ces nouvelles formations.

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