Un homme, une équipe

A la tête d’I&P, Jean-Michel Severino investit dans les PME africaines

le 30/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Le CEO d’Investisseurs & Partenaires veut faire émerger les champions de la performance économique et sociétale en Afrique.

Photo: Pierre Chiquelin

Participer à la stabilisation sociale et politique du continent africain et « faire émerger des entrepreneurs et des entreprises performantes, gérées de manière exemplaire tant au niveau de la gouvernance que de l’environnement et du social », tel est l’objectif de Jean-Michel Severino, CEO (chief executive officer) d’Investisseurs & Partenaires (I&P). Pour cet ancien haut fonctionnaire passé par la Banque Mondiale, prendre la tête d’une petite société de capital-investissement est le fruit d’une conjonction de circonstances. « Je souhaitais me réinvestir sur l’Afrique, la frontière la plus sensible du développement aujourd’hui, et le continent qui accumule le plus de problèmes mais en même temps possède la plus forte capacité de retournement », explique-t-il. Avec une philosophie : « Traiter les causes sociétales à travers les instruments de marché ». Une voie déjà approchée à l’Agence française de développement qu’il dirige pendant neuf ans, mais qu’il décide d’approfondir et d’appliquer exclusivement à l’Afrique subsaharienne lorsque son mandat s’achève. C’est l’époque où cet inspecteur des finances se voit proposer de reprendre I&P par son fondateur, Patrice Hoppenot, un ancien de BC Partners qui prend sa retraite, et dont la philosophie lui correspond parfaitement : « Patrice a regardé le continent avec des yeux neufs, et senti l’importance du développement du secteur privé. Car le sujet n’est pas seulement la croissance économique, qui est positive, mais l’essor de la classe moyenne, qui seule pourra la renforcer. » Dans l’univers du private equity, notamment en Afrique, ce métier de l’impact investment est tout nouveau, alors que la plupart des fonds actifs sur le continent se concentrent sur les infrastructures.

I&P est donc une société de capital-développement classique, avec un premier fonds, IPDEV, lancé en 2002 pour 20 millions d’euros, et totalement investi dans une trentaine d’entreprises (dont six sorties), et un second fonds, I&P Afrique Entrepreneurs (IPAE), qui vient de lever 54 millions. Les tickets d'investissement d'IPAE s'échelonneront entre 0,3 et 1 million d'euros, à environ 30 % du capital. En revanche, son mode de fonctionnement distingue I&P de ses consœurs. Chez IPDEV, » les investisseurs sont aussi acteurs, participent aux choix des projets et les accompagnent et cela s’applique aussi en partie à IPAE, notre fonds », note Jean-Michel Severino. La plupart des fonds viennent de family offices et d’individus, qui fournissent à la fois des financements et de leur temps, le plus souvent d’anciens entrepreneurs qui n’hésitent pas à sauter dans l’avion pour aller sur le terrain. Les autres se répartissent entre entreprises industrielles ou financières qui ont un intérêt stratégique pour l’Afrique (la Bred, le Crédit coopératif, CFAO, Danone, Bank of Africa), et institutionnels (Banque africaine de développement, Banque européenne d’investissement, Proparco, Caisse des dépôts…).

Un métier à coûts de gestion fixes

Tous les investisseurs sont prêts à ne pas recevoir les rendements généralement attendus d’investissements dans les pays émergents. « Ils ne sont pas dans une logique de dons, mais acceptent de faibles rendements car ils sont dans une démarche sociétale. Le portefeuille d’IPDEV s’est bien comporté par exemple, avec des rendements bruts de 15 % à 20 %. Mais nous sommes dans un métier à coûts de gestion fixes, quelle que soit la taille du ticket. Si bien que les rendements nets sont plus faibles. » Une bonne partie du temps de Jean-Michel Severino est d’ailleurs consacrée à la levée de fonds. En cela, il est secondé par Emilie Debled, responsable communication et relations extérieures, qui écume les manifestations consacrées à l’investissement responsable et l'entrepreneuriat social, que ce soit en France, en Europe, aux Etats-Unis ou en Afrique. « J’ai pour mission d'y présenter la société et d’identifier ainsi les investisseurs susceptibles d’être séduits par notre projet », expose-t-elle. Emilie Debled accompagne également les entrepreneurs

africains partenaires d'I&P, dans leurs stratégies de marques et leurs campagnes de communication.

Risques d’entrepreneurs

Reste à identifier les PME africaines. Jean-Michel Severino est entouré de trois directeurs d’investissements, six chargés d’investissement, et une équipe de soutien. Les critères de choix ? « Il y en a trois : l’entrepreneur, l’entrepreneur, et l’entrepreneur, affirme le CEO. L’Afrique est un marché en création. Notre métier est plein de doutes, avec une seule certitude : rien ne va se passer comme imaginé, même en cas de succès. La vraie différence entre le succès et l’échec, c’est la capacité du promoteur. Tout repose non pas seulement sur le 'business plan', qui peut être basique, mais sur l’homme. Car il faut être héroïque pour lancer une PME en Afrique compte tenu des difficultés quotidiennes de l’environnement. » Quant aux secteurs, là aussi les choix peuvent surprendre : « On nous attend sur l’agro-business. Nous en faisons - nous avons investi dans une société de concombres de mer à Madagascar -, mais nous investissons surtout dans des entreprises à l’échelon de base d’un système industriel (chimie, pharmaceutique...). En Afrique, pas besoin d’être original pour monter une entreprise, il y a besoin de tout. Donc nous ne prenons pas de risque de marché, ni de risque technologique. Nous prenons en revanche tous les risques d’entrepreneurs. »

Difficile de rencontrer l’équipe au complet, avec un bureau à Paris, cinq en Afrique (Accra, Abidjan, Dakar, Douala et Tananarive), quinze pays d’intervention et une à deux semaines de déplacements par mois. Une semaine par mois, elle se retrouve à Paris pour se consacrer à la « comitologie », pour les événements de gouvernance, conseil d’administration, conseil d’investissements, comité de projet, instance par laquelle transitent toutes les affaires et opportunités).

« Pour aboutir à un investissement, il faut au moins six à huit mois de travail, précise Sébastien Boyé, directeur d’investissement basé à Accra au Ghana depuis deux ans pour développer le portefeuille d’IPAE. Difficile de faire plus rapide, car les dossiers ne sont pas toujours matures. » La première phase est consacrée à la prospection (via les réseaux locaux d’entrepreneurs déjà partenaires notamment) et à l’étude des dossiers « qui doivent inclure les éléments de responsabilité sociale et environnementale, mais aussi un montage financier adéquat - I&P intervenant toujours en minoritaire ». Si le projet est convaincant, il est alors présenté à Paris. La seconde phase est focalisée sur les due diligenceet le montage du dossier, qui est présenté au comité d’investissement (au moins deux fois). La troisième étape consiste à guider l’entreprise pendant les cinq ou six années d’investissement. « Nous nous tenons à côté de l’entrepreneur, pour l’accompagner sur tous les sujets de management : comptabilité, RH, gestion…, ajoute Sébastien Boyé. On tient la carte, mais ce n’est pas nous qui conduisons. C’est l’entrepreneur qui est aux commandes. » Deux chargés d’investissements recrutés localement le secondent dans cette tâche. Une tâche qui n’est pas de tout repos, comme le confirme Thomas Lauruol, chargé d’investissement basé à Paris : « Tous les sujets sont une difficulté : la prégnance de l’informel, la pression de l’environnement, les difficultés de recrutement, les problèmes de trésorerie… les entrepreneurs sont souvent très seuls. » Pas étonnant que le capital-développement en Afrique reste un créneau en friche, réservé aux passionnés.

L'EQUIPE

Elodie Nocquet, responsable financière et ESG

Pierre Carpentier, directeur d’Investissement

Pierrick Baraton,chargé d’études

Thomas Lauruol,chargé d’investissement

Laetitia Latreille,directrice financière et ESG

Jean-Michel Severino,gérant

Mélanie Meslay,stagiaire finances et ESG

Nathalie Chartier-Touzé,responsable communication et relations extérieures (jusqu’en octobre 2013, en remplacement d’Emilie Debled)

Alexis Thirouin,chargé de mission à la direction administrative et financière

Isabelle Colin,responsable administrative et des ressources humaines

Emilie Debled, responsable communication et relations extérieures

Sébastien Boyé, directeur d’investissement

 

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