L’avis de… Caroline Attia, ancienne trader chez Société Générale, consultante psychologue clinicienne*

« Des émotions qui peuvent enrayer leur machine quantitative »

le 03/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Les traders sont-ils guidés par des facteurs psychologiques ? Il n’y a pas seulement la dimension technique dans ce métier. J’ai été trader pendant vingt ans et j’ai vu à quel point il est difficile de subir des pertes, de supporter la pression, de prendre des décisions, de se remettre en cause… On péche par excès de confiance et on ne voit pas les crises arriver. Par exemple, au moment de la crise grecque, personne n’avait imaginé une situation aussi grave. Surtout, il y a une aversion aux pertes. On prend de plus en plus de risques quand on est en perte, et c’est là que l’on peut tomber dans un engrenage. Ces dernières années, les banques ont renforcé leurs fonctions de contrôle… Le contrôle est nécessaire et il s’est renforcé, mais il vise avant tout à éviter que les choses ne dérapent trop. La psychologie pourrait être utilisée comme un outil préventif plus large. Elle devrait faire partie du parcours de tout nouvel arrivant dans une salle de marché. Il faut apprendre à perdre. Certains bons managers le font mais ce n’est pas formalisé. Le trading n’est pas qu’une affaire de chiffres. Certes, les traders sont d’excellents techniciens issus de grandes écoles d’ingénieurs, mais ils sont confrontés à des émotions qui peuvent enrayer leur machine quantitative. *Co-auteur de « Financiers sur le divan » et fondatrice d’Optraken Conseil.

A lire aussi