Des négociations salariales sous haute pression

le 18/11/2010 L'AGEFI Hebdo

Après une crise qui a éprouvé les salariés des réseaux, les syndicats comptent appuyer leurs demandes sur des résultats trimestriels satisfaisants.

La saison est ouverte. Les négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires ont débuté dans un climat social toujours tendu après trois années de crise, mais aussi dans un contexte de publication de bons résultats trimestriels par Société Générale et BNP Paribas. Les cinq organisations syndicales (CFDT, CFTC, FO, CGT et SNB/CFE-CGC) de la branche de l’Association française des banques (AFB) attendent donc que leurs revendications soient satisfaites. Pourtant, lors d’une première réunion le 27 octobre, aucune mesure générale - ni augmentation de salaire, ni prime - n’a été proposée par l’AFB qui consent seulement à une révision à 5 % de la garantie salariale individuelle (contre 3 % aujourd’hui) et à une hausse de 3,5 % des minima de branche. « Seule une toute petite part de salariés est visée !, s’insurge Alain Giffard, délégué national du Syndicat national de la banque (SNB)/CFE-CGE. Il faut une mesure générale dans tous les établissements de l’AFB. » « Nous voulons une plus juste distribution des résultats », déclare de son côté Sébastien Busiris, secrétaire général de FO Banques et Sociétés financières, qui demande une hausse généralisée des salaires de 3 % et un relèvement de 5 % à 7 % (selon les échelons) des minima de branche. « C’est mal parti, commente aussi Bernard Gerdolle,

secrétaire général de CFTC Banques. La volonté de la délégation patronale est de laisser la négociation se faire au niveau des entreprises. » Rendez-vous est tout de même pris pour le 3 décembre, date de la prochaine réunion.

Mesures « pérennes »

En attendant, les NAO sont en cours ou vont bientôt commencer dans chaque établissement. Le point clé des discussions concerne les mesures dites « pérennes ». En clair, une augmentation générale des salaires fixes annuels. Ce que veulent éviter les syndicats, ce sont trop de hausses individuelles, distribuées non à tous mais de façon discrétionnaire à quelques-uns. Chez BNP Paribas, où les négociations se sont achevées à la mi-octobre après un mois de débats houleux, ils ont finalement obtenu 500 euros de plus pour les salariés touchant une rémunération brute annuelle (hors variables) jusqu’à 30.000 euros et 450 euros pour ceux payés de 30.000 à 75.000 euros. Selon la direction, plus de 98 % des collaborateurs du réseau en France sont concernés. « C’est la première fois que nous obtenons un coup de pouce pour les bas et moyens salaires », se félicite FO Banques BNP Paribas. Un effort est aussi consenti pour les cadres de 50 ans et plus, avec la création d’un salaire annuel fixe minimal (hors variable) de 34.620 euros. Il s’agit de ne plus désavantager les seniors qui, après avoir atteint le premier niveau cadre, ne peuvent plus évoluer, mais aussi de leur permettre d’atteindre le plafond de la Sécurité sociale et donc ne plus « surcotiser » pour leur retraite complémentaire. Autre disposition, la grille de révision de situation salariale (les augmentations et les promotions) a été revalorisée de 10 %. Malgré cela, le SNB/CFE-CGC ne signera pas le projet d’accord : « La répartition par tranches de salaires ne nous convient pas, ce n’est pas universel », critique Alain Giffard. Idem pour la CGT BNP Paribas qui ne sera pas non plus signataire, en raison de « l’insuffisance » des propositions. Le syndicat veut « souligner l’intérêt de mesures pérennes dans un accord salarial ».

Les syndicats des autres banques, qui ont observé avec beaucoup d’attention la fin des discussions salariales avec leurs homologues de BNP Paribas, aimeraient bien déboucher sur des annonces de la même ampleur. Mais se baser sur les propositions de la direction de la rue d’Antin afin de créer une sorte d’étalon pour les NAO sera un combat de longue haleine.

Diviser pour mieux négocier

Après deux réunions depuis le début du mois d’octobre, la direction de Société Générale propose toujours une hausse de 0,7 % de la rémunération annuelle avec un plancher de 250 euros. Et l’annonce, parallèlement aux résultats trimestriels, de la distribution dans les années à venir d’actions gratuites aux salariés n’a pas été vraiment bien perçue. « Ils essaient de noyer le poisson !, estime Alain Treviglio, délégué syndical national CFDT chez Société Générale. Nous voulons des avancées du même ordre que celles de BNP Paribas. » Afin de faire monter la pression, les organisations syndicales ont refusé les négociations bilatérales, c’est-à-dire syndicat par syndicat, avec la direction des ressources humaines. Un procédé qui présentait, selon elles, le risque de les diviser. « Tous les syndicats ont envoyé une lettre pour décliner cela, explique Maryse Gauzet, déléguée syndicale nationale FO chez Société Générale. Nous voulons une hausse générale des salaires de 1,5 % avec un plancher de 250 euros, ainsi qu’une amélioration des minima. Cela nous a été refusé alors que ces minima sont inférieurs au Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance, NDLR) ! Quant aux actions gratuites, ce n’est pas de la rémunération. » Dans ce contexte, la troisième réunion fixée le 25 novembre prochain promet encore des tensions pour Anne-Marion Bouchacourt, directrice des ressources humaines du groupe Société Générale, et Jean-François Climent, directeur des relations sociales, interlocuteurs de référence des syndicats.

Sentiment d’injustice

Chez LCL, le coup d’envoi des NAO sera justement donné à la fin du mois de novembre. « Nous avons deux mois de retard, note Claude Moll, délégué syndical national CGT chez LCL. La direction craignait que les mouvements sociaux liés aux retraites gênent les négociations. » Le syndicaliste, qui rappelle qu’« aucun accord n’avait été signé l’an dernier », juge qu’un dialogue sera possible à condition que la direction de LCL accepte les mesures pérennes. « On l’a bien vu avec la mobilisation sur les retraites, les salariés éprouvent un grand sentiment d’injustice, martèle Claude Moll. Nous faisons tous marcher la boutique LCL, donc nous avons tous droit à quelque chose. » Du côté de Crédit Agricole SA (CASA), une première réunion sur les NAO s’est déroulée le 4 novembre, tandis que pour les caisses régionales qui sont regroupées au sein de la Fédération nationale du Crédit Agricole et ont leur propre convention collective de branche professionnelle (alors que CASA dépend de celle de l’AFB), il faudra attendre l’année prochaine. La négociation se déroule en fait à deux niveaux : celui de la branche (en février 2011), puis celui de chaque caisse régionale (d’avril à juin). Les deux comptent dans la mesure où une caisse régionale peut attribuer davantage à ses salariés que l’accord de la branche. « Il y a une dizaine de conventions collectives dans le groupe et toutes ses filiales… », fait remarquer Jean-Pierre Hilleret, délégué syndical FO chez CASA, pour souligner le caractère hétérogène des NAO dans la banque mutualiste.

Après une première réunion chez HSBC, Didier Gens, délégué CFDT, ne se fait pas d’illusion sur la position de la direction dans les semaines à venir : « On nous a dit qu’il n’y aurait pas de changement de cap. Nous nous attendons surtout à des mesures individuelles ciblées en matière de relèvement des salaires. » En ce qui concerne le groupe BPCE, les NAO vont se dérouler dans chaque réseau. Ainsi, les négociations débuteront le 19 novembre pour la branche Caisse d’Epargne et le 15  décembre pour la branche Banque Populaire, puis elles devraient suivre chez Natixis. Cette année, les représentants syndicaux de la filiale de banque de financement et d’investissement de BPCE devront discuter avec un nouvel interlocuteur, Alain Delouis, directeur des ressources humaines nommé en mai dernier. « Ce sera un bras de fer, confie un syndicaliste. Car nous espérons beaucoup maintenant que Natixis va mieux. »

A lire aussi