« Viser le pourcentage le plus large possible d’investissement responsable »

le 11/08/2015

Nouveau président du Forum pour l’investissement responsable (FIR), Thierry Philipponnat veut mettre à profit vingt ans d'expérience dans la banque et les marchés financiers.

« Viser le pourcentage le plus large possible d’investissement responsable »

Né d’une famille de viticulteurs champenois, Thierry Philipponnat, nouveau président du Forum pour l’investissement responsable (FIR), a hérité de ses ancêtres l’art de «combiner les jus pour construire des saveurs». Une belle formule œnologique qui, transposée dans l’univers financier où évolue l’ancien patron de Finance Watch, prend un sens très œcuménique : «La finance doit bien sûr procurer des rendements, mais elle doit aussi prendre en compte l’intérêt général et les besoins d’investissement à long terme, ce qui est tout l’enjeu de la finance responsable», dit-il.

Ancien banquier, Thierry Philipponnat, 54 ans, connait les ficelles. Ses diplômes en poche au milieu de la décennie 1980 (il a fait Sciences Po et obtient un DEA d’économie), il commence un parcours de vingt ans (1986 – 2006) consacré aux produits dérivés ou structurés, notamment à Londres chez O’Connor, à Paris où il cofonde Exane, chez UBS, BNP Paribas puis à Euronext où il entre au Comex.

2006 marque un virage à 180 degrés. Thierry Philipponnat rejoint Amnesty International où il veut remédier aux méfaits de la finance sur les droits humains. «J’avais décidé de mettre mon expérience au service d’un engagement», explique-t-il. Face à l’emprise des lobbies bancaires, il fonde en 2010 Finance Watch, l’association qui veut changer la finance dont il devient le secrétaire général. De cette expérience, il tire un sentiment mêlant fierté et frustration après son départ brutal en 2014: «certains membres de l’association m’ont reproché ma nomination au collège de l’Autorité des marchés financiers. Mais participer au système et l’influencer, c’est précisément mon mode de fonctionnement», se défend l’ancien banquier.

Aujourd’hui, il garde intact son credo : «écouter et fédérer tous les acteurs pour un avoir un réel impact, plutôt que dénoncer et choisir un camp contre l’autre ». Un atout indéniable dans ses nouvelles fonctions à la tête du FIR, une structure chargée de promouvoir les investissements socialement responsables (ISR) auprès des sociétés de gestion. Les plus grandes sont à son tour de table au côté de quelques investisseurs. Pour être considérés comme ISR, leurs investissements doivent respecter des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et bannir, par exemple, le travail forcé ou les émissions de gaz à effet de serre. Pour le FIR il s’agit d’«inciter les gérants d’actifs à ajouter des filtres extra financiers à leurs critères habituels et viser le pourcentage le plus large possible d’ISR dans les portefeuilles», explique le nouveau président.

Même s’il dénonce le «greenwashing», Thierry Philipponnat se refuse à faire de la discrimination entre les différentes approches (best-in-class, approches thématiques, exclusions sectorielles …). «Car dans l’immense majorité des cas, les pratiques répondent aux valeurs ISR», estime-t-il. Les puristes qui écartent des secteurs jugés incompatibles avec les exigences de l’ISR (pétrole, ciment …), ne font guère douter l’ancien patron de Finance Watch : « mieux vaut sélectionner les producteurs qui réalisent aujourd’hui les investissements qui leur permettront de moins polluer demain, c’est là que l’impact positif sera le plus fort». A propos des scandales à répétition dans la banque, il nuance: «Bien sûr qu’il y a des pratiques condamnables, mais leurs auteurs sont une minorité».

Au bout du compte, le président du FIR veut « petit à petit faire pression sur les gérants et les investisseurs pour qu’ils fassent à leur tour pression sur les dirigeants des entreprises dans lesquelles ils investissent ». Comme pour les champagnes, la deuxième fermentation est essentielle pour l’effet pétillant tant recherché. Quitte à ce qu’une fois dans le verre, quelques bulles se perdent un peu dans l’atmosphère.

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