Il faut repenser les systèmes d’évaluation des risques

le 03/07/2015

Christian Walter, actuaire et titulaire de la chaire Ethique et Finance à la FMSH, a lancé en juin, avec le soutien du groupe d’assurance SMA, un programme de recherche consacré à la régulation et au risque.

Il faut repenser les systèmes d’évaluation des risques

Les systèmes d’évaluation des risques financiers sont-ils des outils fiables ou biaisés par les hypothèses qui les fondent ? La question est cruciale, ces systèmes orientant les décisions des «preneurs de risques», mais aussi les règles du jeu édictées par les régulateurs pour en cadrer l’ampleur. Or «Il est aujourd’hui connu que la crise de 2008 a fait apparaître la défaillance des modèles d’évaluation et de gestion des risques qui avaient été utilisés par les banques et les régulateurs », estime Christian Walter, actuaire agrégé et titulaire de la Chaire Ethique et Finance à la Fondation Maison des sciences de l’homme (FMSH).

L’origine de cette défaillance? «Une vision brownienne des risques, focalisée sur les fluctuations et la volatilité», explique Christian Walter dont les travaux portent sur la modélisation des risques, l’histoire et l’épistémologie de la finance. Ces thèmes sont au centre du programme de recherche que cet expert a lancé, en juin, avec le soutien du groupe d’assurance SMA. L’objectif de cette initiative de recherche, placée sous l’ombrelle de la FMSH, est d' «accélérer les travaux sur une régulation efficace et développer une réflexion de place à ce propos», poursuit le chercheur.

Depuis la crise, un important travail de régulation a été élaboré en Europe comme aux Etats Unis. Mais parmi les nouvelles règlementations, «certaines comme Bâle III ou Solvabilité II, deux dispositifs phares, portent encore la trace de cette représentation brownienne du risque», critique l’actuaire. Tout se passe comme si régulateurs et financiers ne voyaient les risques que dans une seule dimension, celle de leur taille, mais ni du point de vue de leur profondeur temporelle, ni de leur structure, explique Christian Walter.

La représentation brownienne du risque s’est imposée dans les milieux financiers entre 1973 et 2008. La focalisation sur le paramètre de la volatilité est au fondement de la célèbre équation de Black-Scholes sur la détermination de la valeur des options. Pour Christian Walter, c’est cette focalisation qui a rendu possible l’amplification de la chute des cours lors du krach de 1987, « à cause de son utilisation par les programmes automatiques d’assurance de portefeuille». C’est aussi elle qui a illusionné les investisseurs sur la soi-disant sécurité des crédits hypothécaires subprime, avec cette fois la formule du mathématicien Li que les journaux américains ont accusé d’avoir tué Wall Street.

La sonnette d’alarme avait pourtant été tirée dès les années 1990 par un autre mathématicien, Benoît Mandelbrot, rejoint par des chercheurs européens de premier plan. Tous ont dénoncé les dangers de l’école américaine du risque.

Aujourd’hui, «il est souvent question du besoin de renouveau éthique et de refonder le système économique et financier», observe Christian Walter, « mais pour cela, mobiliser des valeurs morales ne peut suffire » - l’ancien patron de HSBC n’était-il pas diacre de l’Eglise d’Angleterre? Pour l’universitaire, il serait plus utile de «repenser les normes prudentielles et les systèmes d’évaluation des risques».

A lire aussi