Comment devenir un gérant alternatif heureux

le 29/05/2015

Cofondateur il y a deux ans de La Française Global investment solutions, Sofiène Haj-Taieb fait son miel des conditions de marché actuelles et de la transformation des banques.

Comment devenir un gérant alternatif heureux

A l’heure où la régulation financière suscite la grogne chez les professionnels, où la faiblesse des taux désespère investisseurs et gérants et où le prix des actifs connait des accès de fièvre, on peut être un gérant heureux. Sofiène Haj-Taieb est de ceux-là. Cofondateur il y a deux ans de La Française Global investment solutions (GIS), spécialiste de la gestion quantitative et des dérivés, ce financier chevronné, diplômé de l’X et de l’ENSAE, fait son miel des conditions de marché actuelles et de la transformation des banques. Avec, au passage, la satisfaction de réussir sa deuxième vie professionnelle.

A 44 ans, Sofiène Haj-Taieb compte déjà plus de vingt ans sur la brèche financière: «Mon premier stage à la Société Générale, en 1994, a porté sur les réseaux de neurones, les systèmes de reconnaissance de formes qui permettent, dans le cadre des marchés, aux machines de prévoir l’avenir en analysant différentes courbes ». De 1998 à 2002, «ce sont les années pionnières» avec la création de Lyxor, un des grands des ETF et des Hedge Funds. A la manœuvre pour l’ingénierie financière, il est alors chargé du pricing et de l’innovation. En 2007-2008, il affronte la crise comme numéro deux de l’equity. Puis c’est le séisme Kerviel qui lui ouvre la voie du fixed income, avant de devenir numéro 2 des marchés en 2010 et membre du Comité de direction de la banque. Mais l’étoile montante rompt brutalement avec sa maison quand la place de numéro un qu’il convoite lui échappe.

Lorsqu’il frappe à la porte de Xavier Lépine, patron de La Française, en 2012, Sofiène Haj-Taieb a une ambition mesurée: «lui proposer une prise de participation dans le fond multi-stratégies que je créais». Précédé de sa réputation, il a tôt fait de convaincre le président du directoire qui lui propose de voir plus grand, mais dans son groupe. Ainsi naissait La Française Gis dont Sofiène Haj-Taieb devient directeur général.

Aujourd’hui cette filiale affiche un encours sous gestion de 4 milliards de dollars dont 500 millions en gestion alternative. «D’ici trois à quatre ans, notre encours sous gestion alternative pourrait représenter entre 3 et 4 milliards de dollars, l’équivalent d’un Hedge Fund de bonne taille», prévoit-il. Son fond «Credit opportunities», géré en mode dynamique et opportuniste entre les différents produits de la classe d'actif crédit, a été primé deux fois en 2015.

La clé de ce démarrage? « La seule voie pour retrouver des performances c’est l’approche quantitative, les arbitrages cross-assets, une diversification à l’extrême de nos actifs avec une place de choix pour les dérivés », explique le dg. Une démarche que ce tunisien aime malicieusement qualifier de «gestion à la française ». Autour de lui, il voit peu de concurrents, hormis CFM.

L’avenir lui sourit: «pour les gérants comme nous, la régulation bancaire est une excellente opportunité », estime Sofiène Haj-Taieb. Elle a créé une niche que les banques, priées par le régulateur d’oublier le trading pour compte propre, délaissent. De quoi faire de lui un gérant alternatif heureux.

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