La finance (aussi) se met à l’heure des MOOC

le 22/10/2013

Venus des pays anglo-saxons, les « cours en ligne ouvert à tous » font irruption en France et pourraient rebattre les cartes de l'enseignement.

Photo: PHB

MOOC : un acronyme signifiant « massive open online course », traduisible par « cours en ligne ouvert à tous ». Forgé en 2008, le néologisme désigne un phénomène venu du monde anglo-saxon, désormais en vogue en France : l’apprentissage en ligne via des plateformes accessibles sur simple inscription, gratuitement. Des avantages précieux qui pourraient bien rebattre les cartes de l’enseignement supérieur.

Surfant sur la vague, la PME d’Eric Chardoillet, First Finance, a décidé de lancer un MOOC sur l’analyse financière, pris en charge par le professeur associé d’HEC coauteur du Vernimmen, Pascal Quiry. « Un format très innovant qui va faire bouger les lignes de la formation » , s’enthousiasme Eric Chardoillet. Du 4 novembre au 8 décembre, quiconque le souhaite pourra suivre la formation sur une plateforme en ligne. Seules conditions : être prêt à assurer une charge de travail hebdomadaire comprise entre trois et cinq heures et « connaître le contenu des principaux postes du compte de résultat, du tableau de flux de trésorerie et du bilan et de comprendre leur articulation » . Rappelant que les « prérequis » sont d’ores et déjà accessibles sur la plateforme, Eric Chardoillet s’enthousiasme: « c’est quand même très ouvert, mais c’est sûr qu’il est préférable d’être un peu familier de la finance ».

Car le principe premier du MOOC, c’est l’accessibilité au plus grand nombre. « Cela permet de réaliser d’importantes économies d’échelles, puisque le MOOC devient beaucoup moins cher par étudiant » que l’e-learning, explique Rémi Bachelet, qui a piloté l’un des premiers projets français pour Centrale Lille. Et dans une logique de cercle vertueux, « cette fréquentation importante oblige le professeur ou le prestataire à produire des contenus de qualité. Je ne vais pas passer le même nombre d’heures de travail sur une vidéo vue par une dizaine de personnes ou par des milliers d’internautes, qui plus est en libre accès ! », commente t-il.

Cette accessibilité confère aux MOOC une dimension sociale de démocratisation de l’enseignement. C’est en tout cas ce qui a incité Vincent Chauvet, directeur du programme clinique sur la politique réglementaire de l’Union européenne à HEC, à travailler sur un MOOC en partenariat avec Coursera, sur la politique de l’UE. « Ce qu’on recherche, dans un contexte de crise, explique-t-il, c’est aussi permettre au plus grand nombre d’accéder à de nouvelles connaissances gratuitement, de contribuer à la formation de capital humain. La notion de solidarité est importante, si on forme une centaine de milliers de personnes grâce aux MOOC, on peut prévoir que des initiatives se prendront par la suite. »

Seule limite à ces ambitions : le taux de « drop out » d’étudiants qui abandonnent les cours avant le terme est très important. Une donnée qui pose la question du modèle économique des MOOC : « même si vous n’avez qu’une toute petite part d’apprenants qui paient ensuite pour la certification, vous arrivez malgré tout à rentabiliser le MOOC », assure Rémi Bachelet.

La formule est également prometteuse sur le plan comptable, justifiant la multiplication des projets en France, notamment pilotés par la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso. Le modèle économique, qui n’est pas encore arrêté, offre de multiples possibilités : « proposer un format “Freemium”, où l’apprenant paie sa certification à l’issue du cours ; mettre de la pub sur la page, même si cela rapporte peu sur internet et pose la question de la neutralité ; ou travailler plus particulièrement sur le secteur de la formation, et ainsi faire payer les entreprises plutôt que les apprenants », détaille Rémi Bachelet.

Dans ce domaine, la finance est une cible de choix. D’abord, parce qu’elle repose sur des raisonnements logiques et faciles à enseigner, explique Eric Chardoillet qui entend bien rentabiliser l’investissement de 100 000 euros de son entreprise sur le MOOC ; ensuite parce cette expertise financière, recherchée, pourra encourager les entreprises à financer ces formations à leurs employés. Le MOOC de First Finance aurait ainsi fait chavirer plusieurs banques, assure son PDG. Personne ne s’étonnera donc d’apprendre que Coursera et HEC s’associeront par ailleurs pour lancer en mars prochain un autre cours en ligne... consacré à l’analyse financière, également piloté par Pascal Quiry.

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