La rentrée 2012 ne sera pas favorable à l’embauche des jeunes diplômés

le 10/09/2012

Les cabinets de recrutement observent une plus grande difficulté d’accès au premier emploi dans la finance. Les contrats précaires sont privilégiés.

Illustration: Fotolia

Après la torpeur des vacances d’été, les marchés financiers s’activent dans un environnement  qui n’a pas fondamentalement changé. Toujours en crise, le secteur financier ne semble pas disposé à accélérer le recrutement des jeunes diplômés. Tandis que la flexibilité se développe à travers les missions longues durée, rares sont les métiers à tirer leur épingle du jeu.

L’interim bancaire se développe

« En arrivant sur le marché de l’emploi, les jeunes diplômés prennent conscience de la difficulté d’obtenir un contrat à durée indéterminée », reconnait Alain Mlanao, directeur général de Walters People. La tendance est au développement de l’intérim sous la forme de missions longue durée pouvant aller jusqu'à deux ans. Entre 200 et 300 demandes mensuelles sont ainsi enregistrées par ce cabinet d’intérim spécialisé. Car la conjoncture impose aux banques une maitrise accrue de leurs coûts afin de réduire la  hausse du coefficient d’exploitation. « La compétence étant quasiment la même pour chaque métier de la finance, constate le directeur général de Walters People, les jeunes diplômés enchainent sans rechigner les missions qui leur sont confiées avec pour leitmotiv la flexibilité ». Il y encore quelques années, l’intérim bancaire ne représentait que 30% des demandes de recrutement, ce chiffre est désormais passé à 45%. Preuve d’une évolution de fond des politiques d’embauche.

En perte de vitesse, les premières embauches dans la finance font également les frais d’évolutions concomitantes. « D’une part, les entreprises privilégient de plus en plus la mobilité interne, le reclassage, de l’autre, la concentration bancaire s’est accrue à l’instar ces dernières années des fusions Amundi et BNP Paribas/Fortis », constate Thierry Mageux, business developement director du cabinet Robert Half.

Les perspectives d’emploi s’assombrissent

En conséquence, sur fond de marasme économique patent, les perspectives d’emploi pour cette rentrée 2012 se sont assombries. Toutes les activités sont touchées. Certaines plus que d’autres. Grande perdante de la crise, la banque de financement et d’investissement subit de plein fouet l’atonie des marchés avec un recrutement de jeunes diplômés au point mort. Sous l’effet des contraintes réglementaires de Bâle III, seuls les métiers afférents aux fonctions supports semblent résister avec un engouement particulier pour les analystes risques, les contrôleurs de gestion, les chargés de reporting international et les comptables maîtrisant les normes internationales, détaille Thierry Mageux, chez Robert Half.

Du côté de la banque de détail, qui représente tout de même les trois-quarts de l’effectif total de l’emploi bancaire,  la situation apparait moins préoccupante. Les recrutements se maintiennent pour les fonctions commerciales. « Les chargés d’affaires entreprises, professionnels, particuliers, restent des voies intéressantes pour les jeunes diplômés », note encore Thierry Mageux. De même, pour Louis Guastavino, directeur senior des divisions banque et assurance chez Page Personnel, d’autres opportunités existent telles que les métiers de comptables « Surfi » (Système unifié de rapport financier) et chargé d’études marketing technique. La dernière étude de son cabinet de recrutement consacrée à la banque de détail précise d’ailleurs que « sur la période 2011-2012, le volume annuel des recrutements externes, qui était tombé à 8.000 en 2009, devrait se maintenir au niveau de 2010, autour de 10.000 ». Les principales banques de réseau communiquent massivement en direction des jeunes diplômés. Toutes cherchent en effet à attirer de jeunes talents pour poursuivre le rajeunissement de leur pyramide des âges et compenser les nombreux départs à la retraite. Cette politique explique que, sur l’ensemble du secteur, près des deux tiers des recrutements concernent des jeunes de moins de 30 ans. Toutefois, le modèle économique bancaire est actuellement en pleine mutation et des changements structurels qui répondront aux réformes bâloises sont à venir. De fait, « la question de la viabilité d’un réseau bancaire aussi développé qu’il l’est actuellement se posera nécessairement et avec elle celle du maintient ou non des effectifs associés », met en garde Thierry Mageux.

Par ailleurs, du côté de la gestion d’actifs,  la baisse de la rentabilité du métier pénalise fortement le recrutement.  Néanmoins, « certains profils « pénuriques » ressortent, estime le chasseur de tête de Robert Half, comme les comptables activités de marché et les chargés de référentiel valeur ».

Au-delà de ces considérations sectorielles, les écueils auxquels font face les jeunes diplômés s’expliquent également par le décalage entre les attentes du marché de l’emploi et leur préparation. Toujours plus exigeant, le secteur financier valorise particulièrement la ténacité et la combativité. Or, « mal préparée pour se vendre sur le marché du travail, la génération Y peine à convaincre les recruteurs de sa profonde motivation », juge Louis Guastavino.

Enfin, pour cette rentrée 2012, la tendance en matière de rémunération devrait être similaire à celle de 2011, à savoir une augmentation timide, sauf pour les quelques métiers particulièrement recherchés. Malgré une évolution faible des salaires d’embauche des jeunes diplômés, « le package reste toutefois attractif » jugent les auteurs de l’étude de Page Personnel.

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