Des transferts de banquiers vers Londres seraient en préparation

le 24/08/2012

La Société Générale en particulier initierait l’expatriation dès septembre de plusieurs spécialistes des fusions-acquisitions.

Chris Ratcliffe/Bloomberg News

Même ternie par les scandales et les licenciements, la City de Londres conserve son attrait pour les banquiers parisiens qui cherchent à fuir les hausses d'impôts et la désagréable impression d’être des mal-aimés dans leur propre pays. Bertrand Meunier, ancien dirigeant de PAI Partners, a ainsi récemment déménagé à Londres pour rejoindre la société de capital-investissement CVC Capital Partners. La situation fiscale a joué dans sa décision, s'ajoutant au sentiment grandissant que Londres récompense mieux le travail et l'esprit d'entreprise. "J'ai beaucoup d'amis et de famille ici, et cela faisait déjà un moment qu'ils essayaient de me persuader de déménager, raconte Bertrand Meunier. Je pense que Londres est une ville assez extraordinaire, les bâtiments sont petits, c'est très vert, les gens ont une bonne attitude vis-à -vis du travail et de la richesse. Ce qui m'irrite en France aujourd'hui, c'est la manière dont le goût du travail, de l'effort, a été complètement perdu".

Parmi les grandes banques françaises, la Société générale en particulier étudie très sérieusement le transfert d'une partie de ses équipes à Londres, ont déclaré trois sources proches du dossier à Reuters. Certains banquiers d’affaires spécialistes des télécoms, des médias et des technologies pourraient ainsi traverser la Manche en septembre. La banque s'est refusée à tout commentaire, précise l’agence. "Bon nombre de banques françaises ont prévu de transférer des activités à Londres. La pression fiscale est moins forte et il y a plus de flexibilité. Cela paraît également cohérent de développer des activités internationales à partir de là-bas", estime Stéphane Rambosson, associé au sein du cabinet Veni Partners.

Déjà 55.000 financiers français expatriés

Même si la City a supprimé des dizaines de milliers d'emplois depuis 2008, elle domine toujours au classement des capitales financières établi par le Global Financial Centres Index, où Paris n'arrive qu’en 22ème position. Ce classement prend en compte le nombre de professionnels qualifiés disponibles, le climat des affaires, l'accès aux marchés, les infrastructures et la compétitivité. Les chiffres de la Fédération bancaire française suggèrent ainsi que 55.000 de nos compatriotes y travaillent, mais les banques françaises ne révèlent pas la répartition géographique de leurs effectifs dans la banque d'investissement.

Les grandes entreprises aussi

Certains professionnels estiment que la ligne politique du président François Hollande, qui a fait de la finance son ennemi pendant sa campagne électorale, est une invitation à l’expatriation pour les banquiers mais aussi pour leur clientèle de grandes entreprises. "Vous allez être surpris du nombre de gens qui partiront", estime un banquier d'affaires. Le Premier ministre britannique David Cameron avait promis en juin de "dérouler le tapis rouge" aux entreprises françaises si François Hollande mettait à exécution sa menace de taxer les plus fortunés. Des avocats fiscalistes ont ainsi précisé à Reuters qu'environ 20% des entreprises cotées au CAC 40 envisageaient "sérieusement" une telle option.

C’est ainsi que selon plusieurs conseillers financiers et juridiques, Bernard Arnault, fondateur et président de LVMH, étudierait la délocalisation du comité exécutif du groupe dans une ville étrangère, Londres arrivant en tête de liste dans ces réflexions. "Je ne serais pas surpris qu’ils prennent une telle décision. S'ils le faisaient, ils ne seraient pas les seuls," a déclaré un conseiller proche de la stratégie de Bernard Arnault. LVMH n'a pas souhaité faire de commentaire. Sébastien de Mones, fiscaliste au cabinet Bredin Prat, à Paris, dit d’ailleurs "ne pas croire aux relocalisations brutales, un scénario à la Schneider étant plus intéressant". Schneider Electric avait montré l'an passé qu'une grande entreprise française pouvait être dirigée de l'étranger. Le groupe avait transféré une partie de son comité exécutif, dont son président Jean-Pascal Tricoire, à Hong Kong où il réalise 12% de son chiffre d'affaires et 26% de ses bénéfices.

Des chasseurs de tête appellent cependant à la prudence face à cet engouement pour Londres, où la demande dépasse les possibilités d'emploi. "Que vous soyez à Londres ou à Paris, vous allez rencontrer le même genre de problèmes, observe Gaël de Roquefeuil, responsable du cabinet de recrutement parisien ROC Partners. Les banques d'investissement n'embauchent pas, un point c'est tout. Tout est gelé."

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