Alexis Gauvin, 27 ans, spécialiste en régulation bancaire à la Deutsche Bank à Londres

le 22/03/2012

«Il faut dépasser les limites des formes classiques de management»

Alexis

Gauvin a gardé un souvenir très net de la visite à HEC, son école entre 2004 et

2008,  du Pdg de Danone, Franck Riboud. Le patron du groupe alimentaire était

venu à Jouy en Josas  évoquer son

partenariat avec Grameen bank, la banque de micro-crédit, et avait livré à

cette occasion une image différente du monde des affaires dans un pays du sud, expliquant

comment et pourquoi son groupe avait fait construire des usines de yaourt au Bangladesh.

«Le but de ce projet n’était pas seulement la recherche de profit et la

pérennité, mais aussi la prise en compte des spécificités de la société locale

notamment en termes de prix, nécessairement abordables,  de distribution

et de lutte contre la malnutrition », se souvient Alexis Gauvin, aujourd’hui

âgé de 27 ans. Cette rencontre a donné tout son sens  au choix alors peu banal de la majeure «Alternative

Management» comme spécialité de fin

d’études durant les derniers mois de sa scolarité. Cette filière, que propose

HEC à ses étudiants depuis 2006, est née de «la prise de conscience des limites

des formes classiques de management et de la nécessité de les dépasser»,

explique Alexis Gauvin : l’impact environnemental des décisions managériales,

le « plafond de verre »

sociologique auxquels se heurtent certains salariés dans les entreprises et sur

lequel Alexis Gauvin a réalisé  une

recherche de terrain avec l'aide de la Maif.

Son

diplôme en poche, Alexis Gauvin, n’a pas persévéré dans la voie du management

alternatif. Il a fait le choix de la finance et du dépaysement  en

acceptant un poste de spécialiste en

régulation bancaire (Accords de Bale) au département Finance de la

Deutsche Bank à Londres où il a intégré une « équipe en charge de conseil

interne en matière de régulation bancaire», dit-il.   « Je viens d’une famille très ouverte sur

l’étranger.  J’ai vécu en Autriche pendant 6 ans quand j’étais enfant»,

dit-il, ajoutant que «la banque est une institution internationale et la

finance  un métier technique, offrant une dimension intellectuelle 

voire académique».

Son

job quotidien ?  « Je m’assure

que toutes les règles imposées par la loi bancaire sont bien prises en compte par

notre établissement lors des opérations structurées de financement ou de

trading», poursuit-il. L’un des aspects clé de ses activités consiste à vérifier

le mode de calcul du niveau de capital requis face aux engagements effectués

par la banque. Une fois ces vérifications faites, « je reporte les conclusions

de l’analyse aux différentes parties prenantes: les équipes internes bien sûr,

mais aussi in fine au régulateur

allemand auquel sont transmis les chiffres », souligne Alexis Gauvin.

L’équipe

dont il fait partie a aussi un rôle pédagogique: «en tant qu’équipe advisory,

nous sommes en charge d’expliquer la façon dont la régulation doit s’appliquer

aux différents produits utilisés, via le calcul des actifs pondérés du risque»,

détaille l’ancien élève du Lycée Hoche de Versailles où il a suivi ses années

de prépa après son bac obtenu en 2002. A charge pour l’équipe d’attribuer une

valeur au risque que la banque prend lorsqu’elle effectue une opération, en

conformité avec les règles bancaires.

La

qualité de la signature de la contrepartie, la probabilité qu’elle fasse

défaut,  la maturité de la dette, le montant que la banque pourrait

récupérer en cas de défaut sont parmi les principaux critères retenus par la

régulation pour évaluer le risque attaché à une créance,  résume Alexis

Gauvin.  «Chacune de ces données est quantifiée et aboutit à une

évaluation du risque et, en bout de chaine, au calcul a l’échelle de la banque

du ratio capital sur actifs pondérés des risques», dit-il. «Mon équipe se

situe plus dans une perspective de respect réglementaire et d’évaluation du

coût en capital des opérations que de décision», explique Alexis Gauvin.  

Pour

décrocher son poste, Alexis Gauvin a suivi une formation interne au sein du

département Finance de Deutsche Bank à la sortie de HEC. Son objectif? Obtenir

son diplôme d’expert comptable qu’il a commencé à préparer en juin 2010 avec le

sponsoring de la banque comme partie intégrante de sa formation. «Le programme de

formation interne de la banque devait durer 2 ans et demi. J’ai fini  en

septembre 2011 avant d’être recruté comme permanent», détaille t-il.

Aujourd’hui la majeure  « alternative management» parait bien

loin. Mais « je reste sensibilisé à ces problématiques», argue t-il. Il a

participé à «un programme de la Deutsche bank d’aide au recrutement de jeunes

défavorisés vivant dans les environs de Londres ». La banque leur offre

des stages puis propose à certains une formation avec à la clé un possible job

permanent.

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