Marc-Antoine Guillen, pdg de Invest Securities, et Jean-Emmanuel Vernay, directeur général délégué de Invest Securities

le 20/03/2012

« En 25 ans, la profession boursière est passée de 80 acteurs à 10 »

Photo: Buisson

Si Marc-Antoine Guillen et Jean-Emmanuel Vernay tirent la sonnette d’alarme, ce n’est pas uniquement pour protéger les intérêts de leur compagnie financière, Invest Securities, ce qui serait déjà louable.  Les deux banquiers défendent aussi la cause de la place de Paris et plus particulièrement celle des PME qui peinent de plus en plus à trouver les financements dont elles ont besoin. 

 « En 25 ans, la profession boursière est passée d’environ 80 acteurs sur le marché des capitaux à 10 aujourd’hui dont 5 indépendants seulement», s’alarme Marc-Antoine Guillen, Pdg de Invest Securities, une structure indépendante spécialisée dans le haut de bilan (fusion et acquisition, private equity,  bourse).  Selon lui, au premier semestre 2011, le marché parisien ne se situait plus qu’au 18° rang dans le monde par le nombre de levées de fonds. « Toutes les IPO importantes ont échoué ces quatre dernières années,  sans parler des opérations qui n’ont même pas pu être annoncées », s’impatiente-t-il. La cause? La concentration du marché née des fusions entre banques et entre gérants d’actifs avec comme  corollaire «l’exclusion des sociétés indépendantes de petite taille de la liste des brokers ayant accès aux flux monétaires et l’impossibilité pour elles de conseiller les gros clients institutionnels », fustige Marc-Antoine Guillen. 

Tout commence en 2001, lorsque Jean-Emmanuel Vernay, un ancien du groupe Crédit du Nord  où il était en charge du développement des opérations Small Caps, et de la Société de Bourse Pinatton où il était responsable du placement dans le cadre d’opérations primaires, lance sa propre activité de conseil. En quelques années, il étend ses activités aux diverses opérations  qui permettent à une entreprise renforcer ses fonds propres. L’association avec Marc-Antoine Guillen, qui avait vendu le groupe IC Bourse, complète la palette d’activités en apportant la dimension société de bourse.  « Nous sommes devenus une véritable banque d’affaires dotée d’une équipe de 7 analystes  et 9 chargés d’affaires», se félicite Jean-Emmanuel Vernay, aujourd’hui directeur général délégué de Invest Securities.

« Le cœur de notre métier réside dans le conseil aux entreprises pour le haut de bilan. Nous effectuons des levées de fonds en private equity, des opérations de marché, des  fusions et acquisitions. Il peut s’agir d’opérations majoritaires telles que les LBO, ou minoritaires dans le cadre de levée de fonds en private equity ou d’introductions en Bourse». La société s’est hissée au rang de « numéro 1 en matière d’introduction sur Euronext depuis 10 ans par le nombre d’opérations», souligne Marc-Antoine Guillen.

L’atout d’Invest Securities? La cohérence entre l’activité de conseil, le bureau d’analyse et la société de Bourse qui lui permet de travailler à la fois pour les investisseurs institutionnels (exécution d’ordres de gérants d’actifs,  blocs de trading ou placements primaires) et pour les émetteurs (opérations de haut de bilan des entreprises), explique Jean-Emmanuel Vernay. Depuis quatre ans, Invest Securities est même présente en Chine où son bureau accompagne les sociétés chinoises désireuses de se faire coter en Europe ou les aide dans des opérations d’acquisition.  Inversement,  le bureau intervient auprès des sociétés françaises désireuses d’investir en Chine.

Mais ce tableau idyllique n’est pas sans ombre. L’introduction des nouvelles régulations Solvency 2 et Bâle 3 risque de rendre plus difficiles les levées de fonds opérées par les brokers. «Les banques comme les assureurs s’intéressent moins aux actions car elles sont coûteuses en fonds propres », déplore Marc-Antoine Guillen. Pour lui le risque d’assèchement du marché de capitaux sera d’autant plus néfaste que la France ne dispose toujours pas de fonds de pension.  «Depuis 2007, les opérations de cinquante millions d’euros pour les ETI se raréfient», constatent les banquiers qui doivent, plus que jamais, «aller motiver des opérations de private equity ou en Bourse et aller chercher des capitaux».

Ne baissant pas les bras, les deux banquiers ont joint leur voix à une mobilisation pour l’avenir du marché français des actions. Et pour tenter de trouver des solutions comme l’augmentation des investissements en actions des mutuelles qui représentent aujourd’hui moins de 1% de leur portefeuille par souci du risque, il est vrai. De son côté l’Etat pourrait mettre en œuvre des incitations fiscales comme il l’a fait avec la loi Tepa (Travail, emploi, pouvoir d’achat) qui a aidé les petites entreprises non cotées à développer leur projet grâce à un allègement d’impôt accordé aux particuliers investissant dans ces entreprises. «Il faudrait imposer d’investir 10% des  Pea dans les ETI et les PME en contrepartie de l’avantage fiscal. Pourquoi ne pas créer un PEA PME», lancent-ils.  «C’est tout l’objet de notre manifeste pour redynamiser le marché des capitaux et créer des emplois».  

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