Rémi Carnimolla, responsable du bureau français de 3i

le 26/01/2012

Nous devons gagner la confiance des dirigeants des entreprises dans lesquelles nous investissons

Rémi Carnimolla, le nouveau responsable du bureau français de 3i, croit au contact physique, bannit les échanges d’emails et encourage ses collaborateurs à se déplacer. «Nous devons en premier lieu gagner la confiance des dirigeants des entreprises dans lesquelles nous investissons, insiste-t-il. Nous adoptons un style consensuel, une logique de partenariat qui tranche avec l’approche de certains grands fonds. Les qualités d’écoute, de dialogue sont primordiales. Il faut savoir apporter des idées, mais ne pas les imposer.»

Agé d’une quarantaine d’années, il parle d’expérience, ses premiers pas dans le monde du capital-investissement datant de 1990. Ses débuts furent d’ailleurs plutôt atypiques puisque, muni du diplôme de l’ESCP (Ecole supérieur de commerce de Paris), il passa plus de quatre ans en Tunisie à la suite de sa coopération, réalisant près d’une vingtaine de prises de participation pour le compte de Proparco, filiale de l’Agence française de développement. Désireux de rentrer dans l’Hexagone, il a su convaincre le fonds de capital-investissement britannique de lui faire confiance pour développer la région du nord de la France. «J’avais l’expérience de ce métier, des compétences en matière d’analyse d’une entreprise, de négociation avec les entreprises et les banques et de techniques financières, se rappelle-t-il, mais mon atout était aussi une capacité à aller chercher les opportunités d’investissement, savoir déterminer les entreprises intéressantes et les rencontrer.» A l’époque, en 1994-1995, il fallait faire œuvre de pédagogie car les PME ignoraient les fonds d’investissement. L’objectif était de réaliser deux opérations par an et de les mener de A à Z, de la prise de contact avec le dirigeant à la prise de participation minoritaire, souvent dans un contexte de transmission à la jeune génération. «Il y avait beaucoup d’émotionnel, nous étions l’homme orchestre, le marché était beaucoup moins intermédié, les seuls conseils étaient les experts-comptables et il y avait beaucoup moins de dette et d’enjeux financiers», se remémore Rémi Carnimolla, avec une pointe de nostalgie. Désormais, les banques d’affaires sont très présentes, les intermédiaires préparent le dossier de présentation et les fonds sont mis en concurrence, de multiples spécialistes (management package…) interviennent. «Nous faisions nous-mêmes les due diligences et elles pouvaient durer des mois», ajoute-t-il.

Néanmoins, aujourd’hui encore, l’analyse d’une entreprise se doit d’être extrêmement approfondie et donc les compétences multiples : la rentabilité de la société doit être en adéquation avec le business model, elle doit avoir un bon positionnement sur son marché, l’équipe managériale doit inspirer confiance, mais les aspects opérationnels (efficacité logistique, qualité de l’outil de production, organisation commerciale) sont aussi primordiaux. Enfin, la finalisation de l’opération nécessite une bonne maîtrise du montage financier, de l’endettement, et un accord avec le vendeur et les dirigeants sur le pacte de gouvernance (qui prend les décisions, comment et quels sont les modes de rémunération).

Un professionnel senior doit maîtriser ces différents aspects, et pour sa part, Rémi Carnimolla, qui est aussi le responsable en France des activités de LBO (leveraged buy-out) de 3i, est plus particulièrement spécialiste du «levier organisationnel». «Dans ce domaine, il faut être capable de déceler en amont les points d’amélioration afin de réorganiser, d’optimiser l’entreprise, de conduire le changement», détaille-t-il. A ce titre, il participe ainsi régulièrement à des comités d’investissement ad hoc sur des dossiers européens de 3i. Le groupe a d’ailleurs fait évoluer sa stratégie depuis la fin des années 90, pour se concentrer sur des opérations de plus grandes tailles, des PME qui s’internationalisent et auxquelles 3i peut offrir son réseau mondial. Dans cette perspective, il recrute d’ailleurs essentiellement des profils internationaux.

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