Philippe Stiquel swappe le carburant pour les crédits carbone

le 24/01/2012

De la rue Balzac à la rue…Balzac et de la vente de carburant aux crédits de CO2, c’est une vaste boucle que vient d’opérer, depuis janvier, Philippe Stiquel. D’abord parce que la rue Balzac est le siège de Hutchinson, filiale de Total, groupe où cet amateur d’arts et de rugby a fait une très large partie de sa carrière en commercialisant notamment du carburant auprès des compagnies aériennes. Ensuite parce que cette même rue est le aussi le siège de Global Commodities (filiale de la Compagnie financière Assya) qui vient de recruter Philippe Stiquel pour développer la vente de crédits carbone aux compagnies aériennes.

Sachant que la directive Climat obligeant les compagnies aériennes à payer des droits à polluer est entrée en vigueur le 1er janvier 2012 à minuit, compte tenu du fait que les directeurs d’achat de ces compagnies sont les mêmes qui négocieront en parallèle les contrats carbone, Philippe Stiquel, rompu aux règles et aux arcanes du marché d’avitaillement, est apparu aux yeux de Global Commodities comme la personne idoine.

Diplômé de la European Business School, détenteur d’un master en marketing et nouvelles technologies à l’université de Stanford, Philippe Stiquel a fait ses vrais débuts professionnels dans la coproduction cinématographique au Japon jusqu’en 1985 avant d’enchaîner chez Thomson (aujourd’hui Thalès) dans la vente de systèmes radio militaires. En 1989 on le retrouve chez Hutchinson, filiale caoutchouc du groupe Total, puis chez Baby Relax - autre filiale, quelque peu inattendue, du groupe pétrolier.

Mais c’est à partir de 1992 que ce polyglotte (anglais, italien, espagnol) intègre l’activité Lubrifiants de Total puis le négoce de carburant aux compagnies aériennes. Après avoir contribué au rapprochement avec Elf en l’an 2000, il se verra confier les mêmes responsabilités en Angleterre et en Italie. Il pourra ainsi parfaire sa connaissance de ce marché bien particulier où l’unité de mesure n’est jamais en dessous de la tonne.

L’accord entre la compagnie italienne Erg Petroli et Total l’amène à revenir en 2010 à Paris où le groupe réfléchit à introduire comme service additionnel aux ventes de kérosène le trading de CO2 correspondants aux volumes consommés par ses clients. Mais cela s’avère plus compliqué que prévu et le groupe pétrolier tricolore hésite à «faire du business» avec le carbone pour des raisons éthiques.

En prenant ses fonctions chez Global Commodities le lendemain de l’entrée en vigueur de la directive européenne, Philippe Stiquel embrasse donc une nouvelle carrière en forme de suite logique. Ce nouveau virage promet d’être pour le moins complexe.

En effet, la directive concerne de prime abord les avions allant d’un point à un autre au sein de l’Union européenne, mais elle implique aussi un avion qui partirait par exemple de Los Angeles pour atterrir à Paris- le droit européen s’appliquant dans ce dernier cas sur la totalité du trajet. Depuis, les Américains sifflent de colère (une loi interdisant aux compagnies outre-Atlantique de se soumettre à la directive a même été votée par la Chambre des représentants) et les Chinois menacent de ne plus acheter d’Airbus. La directive, c’est le moins que l’on puisse dire, est parfois mal vécue.

L’enjeu financier fait que des sociétés s’y intéressent. Les compagnies aériennes vont se voir contraintes d’acheter environ 15 % de leurs émissions aux enchères, soit plus de 35 millions de tonnes de CO2 auxquelles devront s’ajouter près de 50 millions de tonnes de CO2 pour éviter de se trouver en infraction, et devoir payer 100 euros pour toute tonne non déclarée. A 8 euros la tonne au cours actuel, la galette à se partager pèse sur le papier 680 millions d’euros. Ces chiffres sont plus importants que ceux publiés dans la presse car Philippe Stiquel estime «qu’ils ont oublié les volumes supplémentaires, fruit de l’évolution du marché en 2011 et 2012 et qu’il évalue à 50 millions de tonnes». Pour lui, les chiffres sont donc sous-estimés.

Les experts s’attendent à ce que le prix double d’ici à deux ou trois ans. D’où l’intérêt d’utiliser au mieux les produits sophistiqués qu’offre une société comme Global Commodities à l’instar du trading des carburants.

Philippe Stiquel connaît bien le marché du carburant aérien et son milieu, ses acteurs et l’ensemble des paramètres (commerciaux, législatifs, techniques) à prendre en compte. «Dans les années 70, fait-il valoir par exemple, un avion consommait jusqu’à 10 tonnes de carburant à l’heure, contre 5,8 en 2009.» Un chiffre dont les experts prédisent encore une diminution de moitié en 2020 mais avec un trafic aérien annuel en hausse de 2 % à 6 % selon les continents !

Par passager, la note grimpe de 2 à 10 euros. Aux compagnies de déterminer la répartition de ce surcoût que certaines ont déjà répercuté à la surcharge carburant déjà existante. Dans ces conditions, Global Commodities, qui vise 10 % du marché la première année et jusqu’à 20 % en 2016, a compris tout l’intérêt de faire appel à la compétence d’un homme qui sait parfaitement de quoi il retourne. Un atout de premier ordre face à des interlocuteurs qui changent rarement de poste au sein des compagnies aériennes. Ainsi va Philippe Stiquel, de la rue Balzac à la rue Balzac, du plein de kérosène à la monétisation des gaz sortis des réacteurs.

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