BONUS

Des rémunérations à géométrie variable

le 29/04/2010

Dans un contexte de flambée des salaires fixes et de règles nouvelles, les bonus versés au titre de 2009 apparaissent contrastés par métiers.

Paradoxe ? En 2009, dans un contexte économique très morose, la dégringolade des bonus attribués au titre de 2008 (entre -50 % et -60%) aux professionnels de la finance, semblait parfaitement logique. Cette année, alors que l’exercice 2009 est resté marqué par une conjoncture peu favorable, les bonus affichent - dans certains segments - une remontée considérable. « Gagnants » incontestables de l’année 2010 sur le front des rémunérations variables : les financiers exerçant en banque d’investissement (françaises et étrangères basées à Paris), comme l’indique la quatrième édition de l’enquête annuelle exclusive de L’Agefi Hebdo, réalisée en partenariat avec les cabinets de chasse de têtes Vendôme Associés, Singer & Hamilton, Eric Salmon & Partners et Hudson. « Pour l’ensemble des établissements financiers, les résultats ont été très bons dans la banque d’investissement en général et sur les marchés de capitaux en particulier, commente Charles Lai, associé du cabinet de chasse de têtes Leaders Trust. Rappelons simplement que la banque de financement et d’investissement (BFI) de BNP Paribas a généré plus de 12 milliards d’euros de revenus en 2009 et que celle de Société Générale (SGCIB) a multiplié ses revenus par 4,5, atteignant ainsi près de sept milliards d’euros ». A l’inverse, dans la gestion d’actifs et la banque privée (où il faut rappeler que les formules de bonus varient beaucoup d’une structure à une autre), les professionnels sont moins bien lotis, sur fond, pour les seconds, de guerre des talents. « La concurrence est intense pour recruter des banquiers privés seniors (+50 millions d’euros de portefeuille) et des spécialistes de multi family office », indique Eric Singer, associé fondateur de Singer & Hamilton. Du côté des banquiers d’affaires et des financiers du capital-investissement, les politiques de distribution en 2010 ont été plutôt discrétionnaires et très individualisées.

 

Comparaison difficile

Cette année, la comparaison par rapport aux bonus perçus en 2009 (calculés sur les performances réalisées au cours de l’exercice 2008) est un exercice à hauts risques. En effet, un élément nouveau est venu semer la confusion dans les BFI : la révision à la hausse des salaires fixes par les acteurs anglo-saxons afin d’amortir la baisse des bonus versés en cash (dès cette année). Certains managing directors ont ainsi vu leurs fixes passer de 200.000 euros à 300.000 euros. « La croissance observée en 2009 sur les rémunérations fixes a concerné principalement les établissements étrangers, note Charles Lai. A Paris, UBS a été la première à initier le mouvement, rapidement suivie par Morgan Stanley en juin, et par Crédit Suisse, Bank of America, Merrill Lynch, Goldman Sachs et Barclays Capital en fin d’année dernière, avec pour certaines banques un effet rétroactif ». Une tendance qui a mis les BFI françaises dans l’embarras : comment retenir les talents alors que la concurrence offre désormais une rémunération globale (fixe et bonus) nettement plus attractive ? Pour l’heure, les banques françaises échappent à cette tendance et observent un quasi statu quo sur les fixes. « Elles profitent de l’étroitesse du marché parisien et préfèrent insérer dans les contrats des clauses de « gardening leave» (qui permettent aux banques d’exiger que le salarié reste chez lui durant le préavis, en lui versant son salaire, NDLR) pouvant aller jusqu’à six mois pour dissuader leurs collaborateurs de rejoindre la concurrence », croit savoir l’associé de Leaders Trust.

Un autre facteur a changé la donne et, cette fois, pour tous les établissements bancaires dans le monde : la régulation. Car ce ne sont plus les banques qui dictent, à leur gré, les modalités de versement des bonus de leurs opérateurs de marché. Dorénavant, elles doivent appliquer les règles du G20 de Pittsburgh de l’automne 2009 (intégrées par la France dans un arrêté du 3 novembre 2009 et dans des normes professionnelles émises par la Fédération bancaire française), notamment allouer une part significative du bonus sur plusieurs années, en actions, et soumise à des conditions (sinon c’est le « malus », soit pas de prime différée). Les grandes banques s’y sont à peu près pliées, à commencer par les Françaises qui font figure de « bons élèves ». Un statut qui risque néanmoins de les pénaliser dans la mesure où il creuse encore davantage l’écart avec leurs concurrentes anglo-saxonnes sur le plan des rémunérations (lire L’Agefi Hebdo du 15 avril 2010). S’il est encore trop tôt pour évaluer l’impact sur les mobilités à venir entre les banques françaises et leurs rivales britanniques et américaines, il ne fait pas de doute que certains se posent la question. « Oui, les financiers d’établissements français réfléchissent à leur mobilité. A Londres, les Français sont très courtisés par des entités étrangères », glisse un recruteur.

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