DOSSIER Les profils gagnants de la crise

Des dirigeants entièrement renouvelés chez Société Générale

le 18/02/2010

La crise financière et l’affaire Kerviel ont bousculé les équipes de direction, avec notamment l’arrivée de profils atypiques.

C’est incontestablement la banque où les dirigeants ont le plus changé ces deux dernières années. Il faut dire que Société Générale n’a pas été confrontée à une crise, mais à une succession de crises. La bourrasque financière des crédits subprime de l'été 2007 a été suivie de l'affaire Kerviel début 2008, puis est venue s'ajouter la faillite de Lehman Brothers. Ces événements ont non seulement ébranlé la direction de la banque elle-même, mais aussi la structure de direction de sa banque de financement et d’investissement (BFI).

En mai 2008, Frédéric Oudéa prend les commandes opérationnelles de Société Générale en étant nommé directeur général, et moins d’un an après, fin avril 2009, après douze années dans le groupe, Daniel Bouton, alors président, annonce sa démission. Les deux hommes ont en commun d’avoir été inspecteurs des finances. L’arrivée de Frédéric Oudéa au poste de PDG en mai 2009 bouscule le comité exécutif du groupe qui s’est largement renouvelé en deux ans. Au 1erjanvier 2010, sur les quatorze membres, neuf (dont deux femmes) ont été nommés l’an dernier. La moyenne d’âge est de 50 ans, mais la moitié des membres ne sont pas encore quinquagénaires.

Une culture très « ingénieurs »

Du côté de la BFI, une page s’est tournée avec le départ de Jean-Pierre Mustier en août dernier (qui avait pris ses distances dès septembre 2008 en prenant la direction du pôle gestion). Depuis la mi-2009, Société Générale Corporate & Investment Banking (SG CIB) fonctionne avec un comité exécutif restreint composé de cinq personnes et un comité exécutif élargi au responsable des fonctions ressources et aux responsables de fonctions centrales, aux responsables des régions et aux représentants clés de lignes métiers. Des personnes qui composaient le comité de direction élargi de 2007, on en retrouve aujourd’hui trois dans le comité restreint de SG CIB : Thierry Aulagnon, responsable mondial de la direction relations clients et banque d’investissement, Christophe Mianné, directeur des activités de marchés, et Jean-Luc Parer, directeur global finance (marchés primaires, financements et couvertures). Ces deux derniers ont effectué leur carrière en interne. En termes d’âge, les « pilotes » de SG CIB affichent des profils très divers : Slawomir Krupa, directeur de la stratégie et du développement, a seulement 35 ans, contre 45 ans pour Christophe Mianné et 58 ans pour Thierry Aulagnon.

Une diversité que l’on retrouve aussi dans les formations des cinq membres du comité restreint. En effet, Michel Péretié est diplômé de l'Institut d'administration des entreprises de l’université de la Sorbonne, Thierry Aulagnon est énarque, Christophe Mianné (seul ingénieur) a été formé à l’Ecole Centrale de Paris, Jean-Luc Parer a une formation HEC-droit et Slawomir Krupa est issu de l’Institut d’études politiques de Paris.

Si les cultures des groupes bancaires s’illustrent dans les profils de leurs dirigeants, Société Générale a récemment fait quelques « entorses » à de vieilles traditions. « Société Générale a une culture très 'ingénieurs', orientée vers des écoles très prestigieuses comme l’Ecole Polytechnique, Centrale, l’Ensae (Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique, NDLR), rappelle Eric Singer, associé fondateur du cabinet de chasse de têtes Singer & Hamilton. Au début des années 90, des centaines d’ingénieurs issus de ces écoles ont été embauchés. » En effet, les ingénieurs sont bien représentés dans le comité exécutif du groupe. Sur les quatorze membres, six (dont Frédéric Oudéa qui est aussi passé par l’ENA) sont d’anciens élèves de l’Ecole Polytechnique, dont deux X-Ensae (Didier Valet, directeur financier, et Benoît Ottenwaelter, directeur des risques), et un X-Mines (Séverin Cabannes, directeur général délégué).

Les parcours universitaires aussi

Ce n’est pas seulement en raison du prestige de leurs formations que la banque apprécie particulièrement ces ingénieurs et les privilégie pour sa direction. C’est avant tout parce que ce sont leurs compétences très pointues en mathématiques qui ont permis de bâtir une BFI puissante dans les années 80, sous l’impulsion d’Antoine Paille, fondateur du département des options qui avait volontairement mené des recrutements très élitistes. Pourtant, ce n’est ni un ingénieur, ni un homme du sérail de Société Générale qui a pris les commandes de la BFI à la mi-2008, après le départ anticipé de Jean-Pierre Mustier. Michel Péretié, 55 ans, a une formation universitaire et vient de la banque américaine Bear Stearns où il a passé six ans avant de devenir, en 2004, directeur général pour l’Europe et l’Asie, puis d’entrer au conseil d’administration à New York en 2007. Evidemment, son parcours international est le point fort de ce spécialiste des marchés. D'ailleurs les profils ne sont pas si éloignés entre les deux hommes qui se sont succédé à la tête de la BFI de la banque de La Défense. « Le parcours de Jean-Pierre Mustier traduisait déjà alors une certaine 'américanisation' du processus d’évolution des grands managers », fait remarquer Eric Singer. « Pur produit » de la banque, Jean-Pierre Mustier aussi affichait une carrière à la fois réussie et globale (Etats-Unis, Asie, Europe), un peu à l’image de celle de Michel Péretié.

Hormis la nomination de Bernardo Sanchez Incera, Société Générale s’est aussi illustrée en nommant, en mai dernier, le Britannique Anthony Wyand, ancien dirigeant de l'assureur Aviva, ex-banquier d’affaires chez Lehman Brothers et ancien administrateur de la banque, au poste de vice-président de son conseil d’administration.

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