DOSSIER Les profils gagnants de la crise

Les directeurs des risques bienvenus dans les comités exécutifs

le 18/02/2010

Passés de l’ombre à la lumière, ces managers au profil technique et à l’expérience multimétier voient leur statut revalorisé.

C’est un signal fort de l’après-crise : nombre de directeurs des risques entrent aux comités exécutifs (comex) des établissements bancaires. Chez Crédit Agricole CIB (CA CIB, anciennement Calyon), Daniel Puyo est ainsi introduit au « comex » dès la mi-2008, avec les autres directeurs des principales fonctions supports, alors que cet organe était précédemment composé uniquement de la direction générale et des directeurs des pôles commerciaux. Nommé directeur des risques début 2008, Daniel Puyo, 53 ans, a vu son champ d’action s'accroître : « Tant pour des raisons réglementaires que par volonté interne d'une meilleure gestion, le périmètre d’intervention des risques a été élargi, par exemple, au risque de liquidité. » Ce manager a également pu étoffer ses équipes, notamment sur les risques de marché et de contreparties sur opérations de marché. Mais qui sont précisément ces directeurs des risques ? « Les profils favorisés aujourd’hui sont des seniors dont le parcours est marqué par la technicité mais aussi par la diversité des expériences », observe Denis Marcadet, président fondateur du cabinet de chasse de têtes Vendôme Associés. Cette description ressemble à celle de Jacques Beyssade, 46 ans, nommé en 2009 au poste de directeur des risques de Natixis : avant de travailler sur les risques à partir de 2008 chez son actuel employeur, cet HEC a connu de nombreuses autres activités, comme celle des marchés de capitaux dont il a assuré la direction pour Calyon en Asie-Pacifique.

Autre parcours très diversifié : celui de Benoît Ottenwaelter, 54 ans, directeur des risques du groupe Société Générale depuis 2009. Ce diplômé de Polytechnique et de l’Ensae (Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique) a occupé tous les types de postes : fonctions supports, métiers opérationnels en France et à l’étranger. Ces nominations de 2009 semblent s’inscrire dans l’initiative de BNP Paribas : Michel Konczaty, 58 ans, y est directeur des risques depuis 2005 et son parcours est très transversal. Quant à Daniel Puyo, « un professionnel très respecté », selon Eric Singer, associé fondateur du cabinet de recrutement Singer & Hamilton, il a lui aussi exercé de nombreux métiers avant de choisir la fonction « risques » en 1999. Mais il se distingue de ses confrères par sa formation, une maîtrise de gestion, quand ses homologues sont plus souvent issus de grandes écoles. Sa trajectoire prouve que pour piloter les risques, l’expérience et la compétence priment sur les diplômes.

L’effet « Kerviel »

Longtemps considérés comme des gêneurs qui brident les commerciaux, les directeurs des risques sont donc aujourd’hui dorlotés par tous les établissements bancaires. La crise est passée par là, suivie de mesures qui accordent à leur fonction plus de pouvoir. Mais l’affaire Kerviel a aussi contribué à renforcer la fonction « risques » dans les banques. Cette dernière fait partie, comme les back-offices ou la conformité, des fonctions « supports » qui ont été dotées de missions plus nombreuses à la suite des agissements du trader. Dans un tel contexte, la rémunération du directeur des risques est revalorisée : « Elle a bondi de 30 % depuis 2007 », estime Tania Petersen, associée au sein du cabinet de chasseurs de têtes CT Partners. Le salaire fixe d’un directeur des risques s'échelonne de 140.000 à 300.000 euros (voire 400.000 euros), et le variable est en moyenne de 40 % (il peut aller jusqu’à 100 %). « Ce dernier ne doit pas être dépendant des performances des métiers supervisés, selon l’arrêté du 5 novembre 2009, précise Eric Singer. La fonction est donc mieux définie. »

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