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Les fusions défensives ne sont plus la panacée à la perte de compétitivité

le 26/04/2019

Philippe Mudry

Quel rapport entre l’échec des rapprochements, annoncés jeudi, entre Deutsche Bank et Commerzbank d’une part, Asda et Sainsbury d’autre part ?

Un seul : il s’agissait dans les deux cas d’opérations purement défensives dans des secteurs frappés par la révolution technologique. D’où quelques leçons à en tirer.

Il est vrai qu’entre la banque allemande et la distribution britannique, la distance est grande ; d’autant que la fusion Asda-Sainsbury a été bloquée par le régulateur comme attentatoire à la concurrence, alors que dans le cas des deux banques allemandes, ce sont les inconvénients prévisibles de l’opération qui les ont incitées d’elles-mêmes à renoncer.

Mais une même première leçon commune peut être tirée : la réponse à l’irruption de nouveaux modèles économiques, quel que soit le secteur, pourra de moins en moins être trouvée dans le rapprochement de deux acteurs déclinants aux modèles obsolètes.

Dans le cas britannique, l’objectif affiché était de faire pièce aux hard-discounters, mais aussi à l’extrême bouleversement du marché alimentaire, soumis, là comme ailleurs, à l’irruption des commerçants en ligne.

L’autorité de la concurrence, loin de souscrire à l’argument, pense au contraire que c’est une hausse de prix qui était à redouter.

Dans le cas de figure bancaire, aucune des deux entités concernées n’a de modèle économique convaincant.

Un mariage aurait eu pour objectif de consolider le marché des financements aux entreprises, d’accélérer les baisses de coûts par la mise en œuvre de synergies, et réduire leurs coûts de financement.

Mais là encore, ces avantages supposés n’ont pas résisté à l’examen ; et les inconvénients, risques d’exécution élevés et casse sociale au premier chef, risquaient fort de les anéantir.

L’autre leçon qui découle de la première est que la consolidation sur des marchés en déclin ne peuvent espérer le succès qu’entre partenaires dotés de modèles déjà rénovés, générateurs de croissance et compatibles entre eux.

De quoi remiser au magasin des fausses bonnes idées quelques autres fusions évoquées ici et là, dans les mêmes secteurs ou d’autres, comme la santé par exemple.

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