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Nokia Health, une leçon pour la French Tech

le 16/02/2018

Alexandre Garabedian

La French Tech en fait-elle trop ? La France communique beaucoup, et à juste titre, sur son riche écosystème de start-up, mais les rêves d’un jour peuvent parfois aboutir à des réveils brutaux. Exemple avec Nokia Health. Le géant finlandais a annoncé jeudi une revue stratégique de ses activités de santé connectée – en clair, il se prépare à les vendre. C’est un revirement étonnant. Nokia avait constitué ce pôle il y a seulement deux ans en rachetant le français Withings, le fabricant de pèse-personnes et de montres connectées qui permettent à leurs utilisateurs de tout connaître, ou presque, sur leur santé.

Souvenez-vous : à l’époque, Withings est l’une des étoiles montantes de la French Tech. Pépite, success story… les commentateurs sont dithyrambiques. On la présente comme une future licorne, ces entreprises dont la valeur dépasse le milliard. Chouchou des fonds d’investissement, la société étudie sérieusement une introduction en Bourse, pour se mesurer à Samsung et Philips. Nokia, lui, veut se reconnecter auprès du grand public. Il signe un chèque de 170 millions d’euros aux actionnaires de la start-up en avril 2016. Les deux fiancés promettent alors monts et merveilles dans la santé digitale. La lune de miel ne durera pas. L’automne dernier, Cédric Hutchings, cofondateur de Withings et patron de la branche santé numérique de Nokia, avait passé la main. Un mouvement de mauvais augure, comme l’a montré l’annonce de jeudi.

Ce dossier rappelle que les start-up ont deux grands défis : gérer leurs crises de croissance, et conserver leur créativité lorsqu’elles intègrent de grands groupes. D’autres éminents représentants de la French Tech pourront méditer la leçon, à commencer par Sigfox. Le spécialiste de l’internet des objets a publié cette semaine un chiffre d’affaires inférieur à ses prévisions. Il n’hésite plus à évoquer un adossement, jugeant sa valeur bien supérieure au milliard d’euros. A ce prix-là, 13 fois les revenus attendus cette année, les actionnaires de Sigfox pourraient se laisser convaincre. Pas sûr qu’un acquéreur, en revanche, ait envie d’imiter Nokia.

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