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Alstom-Siemens, la fable d’un mariage entre égaux

le 28/09/2017

Philippe Mudry

Philippe Mudry

Airbus est pris comme référence chaque fois qu’un rapprochement en Europe unit des groupes du même secteur.

Or son succès repose sur une parité des intérêts. Dans le cas d’Alstom-Siemens il n’y en a aucune.

Parler d’union entre égaux est abusif voire mensonger. Siemens rachète en fait Alstom sans passer par une OPA grâce à une subtilité du droit boursier.

Celui-ci en dispense l’acquéreur en cas de rachat par apport d’actifs ratifié en assemblée générale.

Les actionnaires d’Alstom trouveront bien une contrepartie dans un superdividende de 8 euros, mais qui sera payé sur la trésorerie du français !

D’où la flambée du titre du transporteur en Bourse et de son actionnaire Bouygues.

De parité, aucune trace. 50% du capital sont dans la main de Siemens qui pourra y monter passé un délai de 4 ans.

La présence du siège et la cotation en France ainsi que la nationalité du directeur général, aujourd’hui français, sont censés « garantir » les intérêts français.

Or rien n’interdira dans l’avenir le conseil d’administration à la main de Siemens de tout remettre en cause.

On est loin d’Airbus, ou même de STX où Paris garde le contrôle de 1% du capital qui peut changer la majorité si ses intérêts l’exigent.

Tout cela pour quelle urgence ? Avec 35 milliards de commandes et un marché en expansion, elle n’est pas en vue.

Or à la supplique de la direction d’Alstom, Paris a donné son feu vert sans lever son option sur les titres Bouygues, se privant de tout contrepoids national au capital.

Sous prétexte d’une menace chinoise future, Alstom est cédé à la va-vite à l’Allemagne.

Cette politique de gribouille industrielle n’est européenne que dans ses naïves intentions françaises. Sa réalité, elle, est allemande.

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