Le projet d’IPO de WeWork alimente le scepticisme

le 16/08/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les éléments dévoilés dans le prospectus laissent songeur quant au business model de la start-up.

WeWork est une start-up américaine spécialisée dans les espaces de travail partagés.
WeWork se prépare à une première cotation en septembre.
(Photo RK.)

Après avoir soumis confidentiellement fin avril un projet d’enregistrement pour une introduction en Bourse (IPO) à la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme américain de la Bourse, The We Company en a dévoilé davantage en déposant sa déclaration d’enregistrement mercredi. Les détails fournis par le propriétaire de WeWork ne sont pas près de vaincre les réticences des investisseurs quant aux IPO des «licornes», ces start-up technologiques non cotées valorisées plus d’un milliard de dollars.

Alors qu’il se prépare à une première cotation en septembre, le spécialiste des espaces de travail partagés (coworking) indique en effet avoir creusé son déficit au premier semestre 2019, malgré le doublement de ses revenus. Il affiche ainsi une perte nette de 905 millions de dollars, soit 180 millions de plus qu’à la même période l’année précédente. De cette somme, 690 millions sont attribuables au seul WeWork. L’entreprise a cumulé 2,9 milliards de dollars de pertes entre 2016 et 2018.

Dans le même temps, le chiffre d’affaires de The We Company a connu une croissance exponentielle. Il plus que doublé au premier semestre 2019, atteignant 1,54 milliard de dollars. Il a ainsi presque égalé le montant réalisé pour l’ensemble de l’exercice 2018 (qui était de 1,8 milliard), qui était déjà deux fois supérieur à celui de 2017.

Cette performance s’est faite au prix d’investissements colossaux. Au premier semestre 2019, ils ont atteint 2,36 milliards de dollars, plus du double de la période correspondante l’année précédente. Depuis sa création en 2010, The We Company a levé plus de 12 milliards de dollars sans jamais retourner un cent à ses actionnaires (dont le japonais SoftBank). Et la société n’a pas donné l’horizon auquel elle comptait atteindre l’équilibre, étant donné qu’elle veut poursuivre son développement, en particulier à l’étranger.

Ce développement n’est d’ailleurs pas pour rassurer les investisseurs boursiers. «Le revenu par membre de WeWork a reculé et nous nous attendons à ce que cette tendance se poursuive, étant donné que nous nous développons à l’étranger sur des marchés à plus faibles prix», reconnaît The We Company dans son prospectus.

La stratégie de WeWork alimente le scepticisme des investisseurs: elle repose sur des accords à court terme avec les locataires d’espaces et un passif constitué d’emprunts à long terme liés aux actifs immobiliers administrés par WeWork. Logiquement, sa dette s’est accrue considérablement et certains médias lui prêtent l’intention de lever 6 milliards de dollars de dette supplémentaire. L’agence de notation Fitch Ratings n’a d’ailleurs pas tardé à réagir : le jour même, elle a dégradé d’un cran la note à long terme de The We Company, à «B». L’agence estime que la stratégie d’expansion plus agressive et l’augmentation des dépenses a réduit «la marge de sécurité de l’entreprise».

Au terme de l’IPO, son fondateur et directeur général Adam Neumann conservera plus de la moitié du capital de The We Company ; il aura donc les mains libres. En outre, la structure actionnariale, composée d’une cascade de sociétés et de holdings, ne participe pas à la transparence de la gestion de la start-up. Pour ne rien arranger, le prospectus n’indique pas le montant précis que celle-ci entend lever : il cite un montant indicatif et révisable de 1 milliard de dollars ; plusieurs sources ont indiqué à Bloomberg un montant de 3,5 milliards. Même absence d’indication quant à la valorisation totale attendue. SoftBank l’a estimée à 47 milliards de dollars lors de son dernier apport en capitaux.

JPMorgan et Goldman Sachs seront les principaux coordinateurs de l’IPO.

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