Renault donne des gages à Nissan

le 07/06/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Alors que Fiat Chrysler met en cause l'Etat français, ce dernier estime que l'accord «explicite» de Nissan était indispensable.

Voiture Renault
La valorisation de Renault, selon la parité proposée par FCA, constituait un problème.
(Photo DR.)

Si Nissan s'inquiétait de la sincérité de Renault dans son engagement à préserver l'alliance et ses relations avec lui, il a reçu hier une preuve tangible. En repoussant de cinq jours sa décision sur la signature d'un accord préliminaire de fusion proposé par Fiat Chrysler Automobiles (FCA), le conseil d'administration de Renault a provoqué le retrait de l'offre du constructeur italo-américain.

Dans son communiqué, FCA rejette la faute sur l'Etat français, actionnaire de Renault à hauteur de 15% (avec 22% de droit de vote) et qui aurait été dilué de moitié dans le nouvel ensemble, perdant au passage ses droits de vote double, mais pour bénéficier à terme d'un «programme de loyauté» lui permettant d'acquérir des droits supplémentaires. «Il est clairement apparu que les conditions politiques en France ne sont pas actuellement réunies pour qu'un tel rapprochement puisse être mené à bien», a notamment écrit FCA dans son communiqué. C'est également ce que l'on pourrait comprendre lorsqu'on lit le communiqué diffusé par Renault à l'issue de la réunion de son conseil mercredi soir vers minuit. «Le conseil d’administration n’a pas été en mesure de prendre une décision en raison du souhait exprimé par les représentants de l’Etat français de reporter le vote à un conseil ultérieur», indiquait-il.

Quatre conditions

Mais le gouvernement nie pourtant cette interprétation et estime être resté cohérent. A la présentation de l'offre par FCA il y a dix jours, l'Etat avait fixé quatre conditions à son accord définitif : la réalisation de l'opération dans le cadre de l'alliance avec Nissan, la préservation des emplois et des sites industriels français, un équilibre des pouvoirs entre Renault et FCA et la participation à l'initiative européenne sur les batteries électriques. «Un accord avait été trouvé sur trois de ces conditions. Il restait à obtenir un soutien explicite de Nissan. L'Etat a donc souhaité que le conseil d'administration dispose d'un délai additionnel de cinq jours pour s'assurer du soutien de l'ensemble des parties prenantes», écrit le ministère de l'Economie et des Finances dans son communiqué.

Bercy indique donc que la plupart des réticences qui avaient émergé à la vue de la proposition initiale avaient été levées. «La valorisation de Renault était un problème [la parité proposée par FCA faisait apparaître une valeur quasi-négative pour les activités automobiles de Renault, lire par ailleurs]. Nous avions trouvé une position améliorée», confirme Bercy lors d'une conférence téléphonique accordée hier matin. «FCA n'a pas souhaité attendre. Il n'y a aucune critique à faire. Il y avait simplement une temporalité différente entre un groupe voulant aller très vite et la volonté de l'Etat actionnaire [de Renault] d'aligner les intérêts de toutes les parties prenantes», poursuit le ministère.

L'impatience de FCA face à la réticence de Nissan serait donc indirectement la cause de l'échec. «Attendre cinq jours de plus n'avançait à rien. Il y aurait nécessairement eu une modification de l'accord en fonction de ce qu'allait demander Nissan», indique à L'Agefi le camp de FCA.

Réticences

Depuis que l'offre a été rendue publique, Nissan a en effet multiplié les manifestations de réticences que la visite de Jean-Dominique Senard, le président de Renault, au Japon la semaine dernière n'a pas apaisées. Sans le rejeter en bloc, le directeur général du constructeur japonais, Hiroto Saikawa, avait prévenu que l'accord «modifierait de manière significative la structure» du partenariat et «nécessiterait une revue fondamentale des liens actuels» avec Renault. «Hirohito Saikawa n'a pas apporté de soutien explicite à l'opération, on peut même dire le contraire», souligne-t-on à Bercy. Cette réticence s'est traduite mercredi soir lors du conseil de Renault. Le ministère a rappelé que les deux administrateurs représentant le constructeur japonais ont indiqué qu'ils n'étaient pas en mesure de se prononcer sur le projet. «On ne lance pas un projet de cette ampleur sur des ambiguïtés», ajoute Bercy. Le vote n'a donc pas eu lieu. «Si les représentants de Nissan s'abstenaient au cours d'un vote favorable du conseil, nous prenions le risque que Nissan conteste l'opération», poursuit-il.

Même si aucun des camps ne dit que la porte est définitivement fermée, Renault et Nissan vont pouvoir prendre langue pour s'atteler à un problème plus urgent : renouer des liens de confiance et renforcer l'alliance. Le groupe japonais va devoir donner des gages pour ne pas faire regretter à son partenaire d'avoir laissé échapper FCA et ses parts de marché aux Etats-Unis…

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