La BEI plaide pour des investissements dans la tech et la formation

le 13/05/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La disponibilité limitée du personnel qualifié est l’entrave à l’investissement la plus souvent citée pour 75% des entreprises, selon l’enquête en France de la Banque européenne d’investissement.

Le capital de la Banque Européenne d'Investissement pourrait être augmenté. Photo: Sylvie Françoise/Agefi

Le niveau des investissements s’est bien redressé en France depuis celui de 2008, qu’il dépasse de 2%, selon une enquête de la Banque européenne d’investissement (BEI) auprès de 12.300 entreprises situées en Europe (603 en France), entre avril et juillet 2018, consacrée à l’investissement et son financement.

La vraie question qui se pose à présent est celle de la qualité de ces investissements, qu’il s’agit de rendre plus innovants et d’une certaine façon plus risqués, souligne l’un des auteurs de l’enquête, Christoph Weiss, économiste au département d’économie de la BEI. De cette enquête il ressort que «les perspectives d’investissement se sont considérablement améliorées depuis 2017, les entreprises étant plus nombreuses à prévoir une hausse plutôt qu’une baisse de leurs activités d’investissement». Mais, au-delà de ce constat, dont il sera intéressant de suivre la mise à jour de fin d’année sur fond de ralentissement économique, il faut noter que l’investissement est désormais tiré par le secteur privé, particulièrement par les entreprises non financières qui renouvellent leurs machines et veulent se renforcer en matière de propriété intellectuelle.

«La moins bonne nouvelle est que le secteur public et les ménages investissent moins», observe Christoph Weiss. Les investissements publics en infrastructures ont beaucoup baissé en 2013 et 2014, dans l’énergie, l’eau, les transports, la communication, mais aussi l’éducation et la santé, «notamment du fait des coupes financières subies par les autorités locales». La chute par rapport au reste de l’Europe est très sensible dans les transports, la santé et l’éducation.

Autre bémol, le niveau des investissements dans les technologies récentes (robots, imprimantes 3D, big data, internet des objets) est parfois en France inférieur à celui, non seulement de l’Allemagne, mais aussi de l’Italie. «La proportion moyenne de machines et équipements de pointe déclarée par les entreprises (29%) demeure inférieure à la moyenne de l’UE (44%)», montre la BEI. De façon générale, la France a moins renouvelé son capital que les autres grands pays ces dernières années.

Même situation dans le bâtiment, où la part du parc immobilier satisfaisant à des normes élevées en matière d’efficacité énergétique (22%) est inférieure à la moyenne de l’UE (37%).

Fait notable, parmi les principaux obstacles à l’investissement, ni le financement ni le poids de la réglementation ne viennent en tête des préoccupations. En revanche, «la disponibilité limitée du personnel qualifié est devenue l’entrave à l’investissement la plus fréquemment citée pour 75% des entreprises», 13 points de plus qu’en 2017, proche de la moyenne européenne, indique l’enquête.

«La BEI veut mettre l’accent sur la formation professionnelle pour ceux qui travaillent ou changent d’emploi, explique Christoph Weiss. Vu l’importance croissante des technologies digitales, l’investissement dans la formation des jeunes et des moins jeunes doit être renforcé.» Mais qui, des entreprises, de l’Etat ou des travailleurs, doit payer ? L’entreprise craint que son salarié formé s’en aille ou réclame une hausse de salaire. Pour surmonter ces difficultés, «le financement de la formation pourrait être tripartite», indique Christoph Weiss. La France a perdu beaucoup de parts de marché à l’international, dit-il, et il est important de requalifier la main-d’œuvre. D’autre part, même s’il ne profite pas à tous, un effort de formation sera un premier pas face à la montée du populisme.

Sur le même sujet

A lire aussi