Vale fait renaître les doutes sur la sécurité de ses sites

le 29/01/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La justice brésilienne a bloqué 2,55 milliards d’euros sur les comptes du groupe après la rupture d’un deuxième barrage minier en trois ans.

Fabio Schvartsman, le DG de Vale, survole Brumadinho après la rupture du barrage minier, dans l’état brésilien de Minas Gerais.
Fabio Schvartsman, le DG de Vale, survole Brumadinho après la rupture du barrage minier, dans l’Etat brésilien de Minas Gerais.
(Twitter Vale no Brasil)

Vale n’avait pas besoin d’une telle contre-publicité. Un peu plus de trois ans après la rupture, dans le sud-est du Brésil, d’un barrage de résidus miniers ayant affecté Samarco, une coentreprise avec BHP Billiton, un autre barrage appartenant au groupe brésilien a cédé vendredi dans le même Etat du Minas Gerais, à environ 120 km du lieu du premier accident. Le bilan provisoire de cette nouvelle catastrophe était d’au moins 60 morts lundi soir, plus 300 personnes disparues dont les chances de survie semblent faibles. A la clôture des Bourses européennes hier, l’action Vale dévissait de près de 23% à São Paulo, sa plus forte baisse sur une séance depuis octobre 2008.

Les autorités judiciaires ont ordonné dès ce week-end le blocage de 11 milliards de réaux (2,55 milliards d’euros) sur les comptes bancaires du groupe afin d’indemniser les victimes et de réparer le barrage. Elles ont également exigé du producteur de minerai de fer qu’il prenne «toutes les mesures nécessaires pour assurer la stabilité de l’édifice et porter assistance aux personnes» affectées par ce drame. Ibama, l’agence publique de protection de l’environnement, a déjà imposé à Vale une amende de 250 millions de réaux, tandis qu’une autre sanction administrative de 99 millions de réaux lui a été infligée par l’Etat du Minas Gerais.

Fin 2015, la coulée de boue et de résidus déclenchée par la rupture du premier barrage avait provoqué le décès de 19 personnes et de forts dégâts environnementaux. «La tragédie environnementale devrait être moindre que celle de 2015, mais la tragédie humaine bien plus importante», a déclaré le PDG de Vale, Fabio Schvartsman, aux commandes du groupe depuis avril 2017. Suite à cette catastrophe, le conseil d’administration réuni dimanche a décidé de suspendre le dividende, le programme de rachat d’actions ainsi que le versement de bonus aux dirigeants. Il a aussi mis en place deux comités indépendants, le premier étant chargé du suivi de l’aide aux victimes et le second, de l’enquête interne déclenchée pour déterminer les raisons de l’accident.

Face aux nombreux risques auxquels le groupe est désormais confronté, S&P Global Ratings a placé samedi sous surveillance négative sa note de crédit «BBB-», déjà au plus bas niveau de la catégorie «investissement», soulignant qu’une dégradation de plusieurs crans était envisageable. Selon Bloomberg, le prix des obligations en dollars de maturité 2026 de Vale a chuté hier de 3,3 cents sur le dollar, à 103,25, au plus bas depuis septembre 2016. Au 30 septembre 2018, sa dette nette, qui s’élevait à 10,7 milliards de dollars (9,4 milliards d’euros), avait une maturité moyenne de 9,1 ans, sans aucune échéance majeure avant 2022.

«Nous estimons qu’une amende est gérable pour l’émetteur, dont la génération de cash est solide, mais elle risque d’ouvrir une nouvelle période d’incertitude», commentent les analystes crédit d’Octo Finances, ajoutant que le groupe pourrait perdre des licences minières dans la région. Pour le bureau d’analyse de HSBC, cette catastrophe pourrait coûter au total 3,5 milliards de dollars à Vale.

«Si les autorités décident de revoir les normes de sécurité adoptées au Brésil pour le traitement des déchets miniers humides, la reprise des activités de Samarco, attendue pour 2020, pourrait être repoussée», relèvent de leur côté les analystes d’Itau BBA, qui tablent sur une hausse des investissements pour mettre en conformité les sites de production de Vale. Ce nouvel accident compromet en outre les négociations en vue d’un règlement amiable du dossier Samarco, a déclaré samedi le procureur fédéral Jose Adercio Sampaio. «Nous devons chercher les raisons de cette nouvelle rupture pour savoir si elles sont similaires à celle de l’affaire Samarco, à savoir l’absence de surveillance, le manque d’information et la négligence», précise-t-il.

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