Les sociétés se bousculent pour entrer en Bourse à Paris avant l’été

le 16/05/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Delachaux pourrait capitaliser autour de 1,7 milliard d’euros, Voluntis 113 millions et Enensys 60 millions. Les modalités de l’IPO d’Autodis sont très attendues.

Palais Brongniart, Paris
De nombreuses sociétés projettent de s’introduire à la Bourse de Paris avant le 14 juillet.
(DR.)

Avalanche d’introductions en Bourse à Paris en perspective. Rien qu’hier, Delachaux a présenté officiellement son retour sur la cote parisienne après l’enregistrement de son document de base, tandis que Voluntis, spécialiste des logiciels thérapeutiques, lançait son IPO sur le compartiment C d’Euronext, et Enensys, spécialiste de la diffusion vidéo numérique, sur Euronext Growth. Jeudi, la biotech ElsaLys, nouvel acteur de l’immuno-oncologie, dévoilera les modalités de son entrée en Bourse. Enfin, Cogelec, spécialiste du contrôle d’accès dans l’habitat collectif a annoncé l’enregistrement de son document de base en vue de sa cotation sur Euronext.

De loin, la plus grosse opération sera celle de Delachaux. L’équipementier ferroviaire, portuaire et aéronautique prévoit de lever autour de 100 millions d’euros, tandis que CVC Capital Partners, qui détient 49,89% du capital à parité avec la famille Delachaux pourrait céder des titres pour «quelques centaines de millions d’euros», selon Guy Talbourdet, directeur général de Delachaux. Avec ce retour en Bourse, après la sortie de cote de 2011, le groupe prévoit d’introduire des actions de performance pour 80 managers du groupe, et d’instaurer un dispositif d’actionnariat salarié.

Les fonds levés, souscrits en majorité par la famille Delachaux afin de conserver plus de 50% du capital après le retour en Bourse, seront consacrés au désendettement du groupe. Le ratio dette nette sur Ebitda ajusté de 3,9 fois fin 2017, devrait tomber à 2,75 fois fin 2018 à l’issue du refinancement concomitant à l’IPO, et à environ 1,75 fois d’ici 2021.

Pour 2018, Delachaux vise un chiffre d’affaires minimal de 900 millions (+7%) avec une croissance organique d’au moins 8% (contre +2,2% en 2017) à la faveur d’un carnet de commandes bien rempli. En revanche, la marge d’exploitation (Ebit) devrait reculer de 0,5 point à 12,8%, avant de remonter à 14% d’ici 2021, grâce notamment à la reprise des activités dans le secteur minier. Sur la période 2019-2021, le groupe familial vise une croissance organique de 3% à 5%, et un chiffre d’affaires additionnel cumulé de 50 à 70 millions d’euros grâce aux acquisitions. Delachaux compte distribuer 35% à 40% de son résultat net consolidé dès l’exercice 2018.

Sur la base d’un multiple valeur d’entreprise sur Ebitda 2018 de 15 fois, affiché par des concurrents comme l’américain Wabtec ou le suédois Alimak, Delachaux capitaliserait près de 1,7 milliard d’euros en Bourse selon nos calculs. Réponse en juillet prochain.

Avec Voluntis, c’est l’univers des thérapies digitales qui rejoint la Bourse. La société française, mais dont la moitié du management est installé à Boston, espère lever 32 millions d’euros, voire 37 millions avec l’option de surallocation, en émettant 2,15 millions de nouvelles actions, dans une fourchette de prix de 13,50 à 16,50 euros par titre. Les actions sont offertes jusqu’au 29 mai, pour une première cotation le lendemain. Les principaux actionnaires se sont déjà engagés à hauteur de 6,3 millions d’euros. Post-IPO, Bpifrance restera le premier actionnaire avec 24% du capital, devant le flottant (20%), Sham (14%), CM-CIC (12%), LBO France (9%) et Vesalius Biocapital (8%). En milieu de fourchette, Voluntis capitaliserait 113 millions d’euros. L’opération est dirigée par Bryan Garnier et Oddo BHF.

Voluntis compte atteindre
le point mort fin 2020

Grâce à cette levée de fonds, Voluntis compte principalement renforcer son dispositif commercial en Amérique du Nord et en Europe. La société propose actuellement deux dispositifs, Insulia et Diabeo pour accompagner les diabétiques dans leur traitement. Le premier est déjà autorisé par les autorités sanitaires européenne, américaine et canadienne, et remboursé à hauteur de 600 euros par patient et par an en France. Un point essentiel pour Voluntis, capitalisant sur le remboursement de ses solutions par les organismes payeurs. Fort de sa plate-forme de thérapies digitales Theraxium, la société s’attaque déjà au traitement des cancers et pourrait envisager bien d’autres domaines thérapeutiques. En 2017, Voluntis a dégagé 8 millions d’euros de revenus pour une perte d’Ebitda de 8 millions. A horizon 2021, le groupe vise 50 millions d’euros de chiffres d’affaires, une moitié provenant des partenariats avec des laboratoires (notamment Sanofi dans le diabète, AstraZeneca dans le cancer de l’ovaire et Roche dans le cancer du sein), et l’autre des payeurs (assureurs santé), avec 70% dégagés dans le diabète et 30% dans les autres thérapies, et environ les deux tiers aux Etats-Unis. Voluntis compte atteindre l’équilibre opérationnel (Ebitda) fin 2020.

Pour sa part, Enensys lance une augmentation de capital de 15 millions d’euros, et pourrait offrir jusqu’à 20 millions avec les clauses d’extension de surallocation. Les actions sont proposées dans une fourchette de 9,50 à 12,86 euros jusqu’au 28 mai inclus, soit une capitalisation moyenne de 60 millions d’euros. L’offre est dirigée par Midcap Partners. Le spécialiste de la diffusion vidéo numérique compte ainsi financer sa R&D pour de nouvelles offres, et accélérer sa croissance organique avec le déploiement d’une équipe commerciale aux Etats-Unis. En 2017, Enensys a dégagé un chiffre d’affaires proforma de 21 millions d’euros pour une marge opérationnelle de 13%. Il vise les 60 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022.

Quant à Cogelec, qui devrait rejoindre le compartiment C cet été, il espère accélérer son développement en France et en Europe. Le spécialiste des interphones et des «Vigik» veut lancer sa clé universelle «Kibolt» dès l’an prochain. L’an dernier, Cogelec a dégagé un chiffre d’affaires de 31 millions d’euros (+17%) pour une marge opérationnelle courante de 16,3% et une marge nette de 9,5%. A horizon 2021, la société cible les 90 millions d’euros de vente, en se développant notamment au Royaume-Uni, en Allemagne, au Pays-Bas et en Belgique.

La fenêtre de tir avant le 14 juillet est courte et d’autres sociétés pourraient en profiter. Pour le moment, le marché attend qu’Autodis dévoile les modalités de son IPO, la plus importante de la saison avec celle de Delachaux.

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