«Le pipeline d’IPO d’Euronext pour 2018 est bien meilleur que celui de 2017»

le 18/12/2017 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Anthony Attia, PDG d’Euronext Paris et directeur du listing groupe d'Euronext, dresse pour L’Agefi les perspectives de la Bourse pour 2018.

cotation en bourse sur Euronext
Euronext attend des introductions de grandes capitalisations à Amsterdam et l’arrivée de nombreuses valeurs technologiques.
(Photo Euronext.)

L’Agefi : Quel bilan 2017 faites-vous sur vos marchés actions?

Anthony Attia : Comme les autres opérateurs de marché dans le monde, nous avons profité de l’intense activité de M&A. Les marchés de capitaux ont largement été utilisés pour le financement des entreprises, avec 210,2 milliards d’euros levés sur les marchés primaire et secondaire sur Euronext Paris au 30 novembre, dont 3,6 milliards pour les PME (capitalisation inférieure au milliard d’euros). Sur le marché primaire, 25 sociétés se sont cotées sur Euronext, dont 19 à Paris – 5 sur le compartiment A (Tikehau, ALD, SMCP, X-Fab et Carmila) et 14 PME –, 5 à Amsterdam et 1 à Bruxelles. Elles ont levé 3,4 milliards d’euros, dont 2,4 milliards à Paris. Soit une amélioration pour la Place parisienne qui avait enregistré 17 IPO en 2016, mais avec seulement 883 millions d’euros levés.

Parmi les 14 PME nouvellement cotées figurent 5 valeurs TMT, 6 biotechs ou medtechs et 1 cleantech. Paris compte désormais 58 cleantechs, de Suez à de petites PME, et constitue le marché européen de référence sur ce segment, comme pour les biotechs. Des atouts sur lesquels nous comptons capitaliser. Notre programme TechShare, qui aide les entreprises à mieux appréhender le rôle des marchés financiers, a conduit à trois cotations cette année à Paris : Osmozis, Balyo et Theranexus.

24% des titres
pour les particuliers

Quel rôle jouent les particuliers lors de ces IPO?

Les investisseurs individuels ne désertent pas la Bourse. Au contraire, ils reviennent. En moyenne, les IPO de PME ont été sursouscrites 3,8 fois par les particuliers – contre 2,1 fois par les institutionnels – qui se voient attribuer 24% des titres offerts, contre 14% en 2016 et 28% lors du pic de 2015. Voire 56% pour Valbiotis. Ces investisseurs individuels ont souvent un attachement personnel voire émotionnel à ces sociétés en raison de leur activité, comme le traitement des maladies de Parkinson ou d’Alzheimer. Nous sommes actifs dans les consultations du gouvernement pour promouvoir le fléchage de l’épargne longue vers les actions.

Le rythme des cotations va-t-il s’accélérer l’an prochain?

Nous sommes confiants pour 2018, avec un pipeline d'IPO à date bien meilleur que celui de 2017 et 2016. En particulier, nous attendons des introductions de grandes capitalisations à Amsterdam, qui profite de l’effet Brexit, et l’arrivée de nombreuses valeurs technologiques. Nous misons sur l’effet de notre Tech Hub, avec l’ouverture de bureaux en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Espagne, pour inciter les sociétés à se coter sur  Euronext, place technologique de référence en Europe et seule alternative européenne crédible aux marchés américains. Ces sociétés recherchent des investisseurs globaux. Elles les trouveront sur Euronext et non sur leur Bourse locale. Cette année, l’allemand X-Fab, ayant son siège en Belgique, a rejoint Euronext Paris. Nous allons continuer à aller chercher ces sociétés étrangères, notamment à travers notre programme TechShare.

37 sociétés ont quitté
la cote parisienne

Malgré une progression des entrées en Bourse, la cote parisienne continue à perdre des sociétés chaque année. N’est-ce pas inquiétant?

A fin novembre 37 sociétés ont quitté la cote parisienne. Un chiffre à relativiser et qui n’est pas nécessairement négatif. Il comprend 9 sociétés qui ont fait faillite, 16 qui ont été rachetées, ce qui est le signe du dynamisme du marché ! Il y a eu seulement 12 retraits de cote volontaires. La Bourse n’est pas intégrée dans la stratégie de toutes les sociétés et celles qui la quittent ont souvent des flottants beaucoup trop faibles. Dans certains cas, les sociétés qui se retirent pointent du doigt le règlement abus de marché, mais en réalité leur histoire boursière n’est pas toujours bonne, parfois en raison d’une mauvaise communication. Ce qui amène les investisseurs à délaisser la valeur.

Après le succès du lancement de notre plate-forme d’échanges de blocs pour les larges caps en juillet dernier, nous allons la dupliquer début 2018 pour les PME européennes. Un outil qui permet de limiter la décote et de ne pas peser lourdement sur le cours. Cela devrait faciliter l’arrivée des investisseurs lors de l’IPO, s’ils savent qu’ils pourront sortir facilement deux ou trois ans après.

La double cotation des biotechs est-elle un signe positif pour Euronext ?

Une dizaine de biotechs/medtechs ont fait le choix d’une double cotation sur le Nasdaq. Un choix souvent fait pour lever plus de capitaux et pour adresser directement le marché américain. Toutefois, les exigences des investisseurs et le niveau de valorisation nécessaire sur le Nasdaq sont supérieurs à ceux demandés à Paris. Or, les biotechs parisiennes sont déjà détenues à 32% par des investisseurs américains. Et nous voulons continuer à attirer des fonds américains. 

Pourquoi poursuivez-vous votre activité de conseil en IPO, alors que seuls deux dossiers, Horizontal Software et Theranexus, ont agité le microcosme?

Une tempête dans un verre d’eau ! Ce service s’inscrit dans le cadre plus large de notre éventail de services pour accompagner les sociétés. Nous proposons déjà des services de CRM pour gérer les relations investisseurs et optimiser les roadshows, de webcast pour la communication interne et externe, et de gouvernance pour la gestion des conseils d’administration. Des offres qui répondent à une demande, et à notre ambition de forte présence sur le post-listing. Quant au pre-listing, cela restera une activité de niche, où les conflits d’intérêts sont parfaitement gérés en accord avec l’AMF. Nous n’avons aucunement l’ambition de jouer le rôle de listing sponsor.

Le rapprochement entre Oddo BHF et Natixis va encore réduire la couverture en analyse des valeurs moyennes. Comment Euronext peut-il y remédier?

Comme tout l’écosystème, nous sommes inquiets de cette raréfaction de l’analyse, conséquence aussi de MIF 2, qui n’a pas pris en compte les spécificités françaises du marché des PME. L’accord que nous avons noué avec Morningstar sur l’analyse quantitative n’est qu’une pierre à l’édifice. Il est nécessaire de réinventer le métier de l’analyse financière pour qu’il soit performant et profitable. Notre groupe de travail avec l’association française des marchés financiers (Amafi) dévoilera ses préconisations au deuxième trimestre 2018.

Le rachat de la Bourse de Dublin aura-t-elle un impact sur l’attractivité de la Place parisienne ?

Cette acquisition vient conforter le succès du modèle fédéral d’Euronext. Si les synergies concerneront avant tout  les fonds, l’obligataire, et les ETF avec la création d’une plateforme européenne, nous comptons déployer notre offre PME en Irlande. D’autant que le listing devrait profiter du Brexit…

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