La famille Arnault renforce sa mainmise sur LVMH

le 26/04/2017 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le montage, qui mobilise les actions Hermès, permet de faire supporter une grande partie du coût de l'opération par LVMH.

Boutique Dior dans le centre commercial Ginza à Tokyo.
En rachetant Christian Dior Couture, LVMH entreprend de simplifier son organisation. Boutique Dior dans le centre commercial Ginza à Tokyo.
(Photo Dior.)

Depuis des années, le marché attendait une simplification des structures de contrôle de LVMH. Bernard Arnault vient enfin de lancer le mouvement, qui pourrait aussi faciliter sa succession.

D’une part, le groupe familial Arnault, via Semyrhamis, va lancer une offre publique simplifiée sur Christian Dior, proposant 172 euros en numéraire et 0,192 action Hermès International à titre principal, représentant une valeur de 260 euros par action Christian Dior. Soit une prime de 14,7% sur le dernier cours et de 32,8% sur le cours moyen 6 mois. Un prix qui valorise Christian Dior à son actif net réévalué (ANR). ANR regroupant la valeur de 41% de LVMH et de 100% de Christian Dior Couture. Alors que Christian Dior cote à ses plus hauts historiques, cette offre représente une opportunité de liquidité pour les 26% de flottant.

A titre subsidiaire la famille Arnault propose 260 euros ou 0,566 action Hermès, dans la proportion de 8 milliards en numéraire et de 8,9 millions d’actions Hermès. Une opération à 12,1 milliards d’euros. Autrement dit, Bernard Arnault solde définitivement sa tentative de prise de pouvoir chez Hermès. Ces titres avaient été reçus fin 2014, lorsque LVMH et Hermès, frères ennemis du luxe, ont fait la paix. LVMH avait alors distribué la totalité de ses titres Hermès sous forme de dividendes. A la date de la distribution, l’action Hermès valait 280,10 euros. Elle cotait hier 440,75 euros (-4,51%). Soit une plus-value de près de 60% en moins de 30 mois. De quoi faciliter le financement de cette opération. Le comité ad hoc du conseil d’administration de Christian Dior a nommé le cabinet Finexsi, comme expert indépendant.

Christian Dior n’envisage pas de se retirer de la cote dans les trois mois. Mais après, tout est ouvert… Quel serait l’intérêt de conserver une coquille vide, avec pour seul actif, sa participation dans LVMH ? En attendant, l’offre devrait officiellement être déposée fin mai devant l’AMF, avant de s’ouvrir courant juin pour une durée de trois semaines. Seule réserve: que la famille Arnault trouve un financement «selon des termes satisfaisants». Elle devrait pouvoir facilement s’endetter à moindre en coût, au regard des remontées de dividendes.

LVMH acquiert Christian Dior Couture
pour 6,5 milliards d’euros

D’autre part, LVMH va racheter Christian Dior Couture auprès de Christian Dior pour une valeur d’entreprise (VE) de 6,5 milliards d’euros, soit 15,6 fois l’Ebitda au 31 mars 2017. Un prix «très élevé» pour CM-CIC, qui estimait cet actif à 4 milliards d’euros. «Nous payons sans doute un peu cher mais dans 30 ans nous serons contents de l’avoir fait», a déclaré Bernard Arnault, PDG de LVMH. En réalité, il est le premier bénéficiaire puisqu'il est le vendeur (à 74%), et fait supporter le coût élevé de cette opération par les 53% d'actionnaires non familiaux de LVMH. Selon Bloomberg, LVMH affiche un ratio actuel VE sur Ebitda de 13 fois.

Sur douze mois, à fin mars 2017, Christian Dior Couture a dégagé 2 milliards d’euros de vente (dont 46% en maroquinerie) pour 418 millions d’euros d’Ebitda et un résultat opérationnel courant (ROC) de 270 millions. LVMH va ainsi intégrer la totalité de la marque Dior – il détenait déjà les Parfums Christian Dior – et renforcer son pôle mode et maroquinerie. Si Christian Dior Couture affichait en 2016 une marge opérationnelle courante de 13%, contre 30% pour la division Mode et Maroquinerie de LVMH, tirée par Louis Vuitton, il jouit d’une forte croissance. Entre 2011 et 2016, les ventes de Christian Dior Couture ont progressé en moyenne de 14% par an et le ROC de 24%. De plus, la marque iconique réalise 93% de ses ventes dans ses propres boutiques.

Enfin, Christian Dior Couture détient un patrimoine immobilier d’exception, avec notamment ses boutiques de l’avenue Montaigne à Paris, de New Bond Street à Londres et de Ginza à Tokyo. En dépit de cette moindre rentabilité, l’opération sera relutive dès la première année, de 2,7% sur le résultat net par action 2016 en pro forma. « Une bonne acquisition pour LVMH au regard de la solidité de la marque Christian Dior, du bon usage du bilan et  de la réunification de la marque avec les activités parfums très profitables », note Barclays. D'ailleurs, l'action LVMH gagnait hier 3,94% à 223,15 euros.

LVMH dispose d’un crédit-vendeur de 24 mois maximum, au taux de 1%, pour lui permettre de trouver la bonne fenêtre de tir pour se refinancer. Ce qui ne sera pas difficile pour un groupe qui enregistrait l’an dernier une hausse de 8% de son cash-flow disponible à près de 4 milliards d’euros, pour une dette nette de 3,3 milliards d’euros. Face à l’utilisation de son cash, « nous pensons que le groupe a apporté l’une des meilleurs réponses possibles, car les opérations annoncées amélioreront le profil opérationnel et de risque sans dégrader le profil financier », note l’analyse crédit de Natixis. Après le rachat de Christian Dior Couture, le ratio d’endettement de LVMH passera de 12% à 35%. 

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(Illustration L'Agefi.)

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