PSA se lance dans la course à la taille

le 15/02/2017 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Redressé et riche, le constructeur automobile discute d'une possible acquisition d'Opel qui lui ferait gagner près de 7% de parts de marché en Europe.

PSA se lance dans la course à la taille
PSA présentera ses résultats 2016 le 23 février.
(Photo PSA.)

Trois ans après sa restructuration financière, PSA se sent suffisamment fort pour lancer le mouvement de consolidation tant attendu de l’industrie automobile européenne. Le groupe français et l’américain General Motors ont confirmé hier avoir engagé des discussions autour de l’avenir d’Opel, la filiale européenne de GM qui comprend également la marque britannique Vauxhall. Les deux constructeurs explorent «de nombreuses initiatives stratégiques visant à améliorer sa rentabilité et son efficacité opérationnelle, y compris une acquisition potentielle». Les deux groupes n’ont pas souhaité en dire davantage à ce stade. PSA doit présenter ses résultats 2016 le 23 février.

Ce projet de rapprochement entre PSA et Opel n’est pas nouveau. Il constituait l’une des motivations de l’alliance constituée en 2012 entre le constructeur français et GM. Ce dernier comptait sur son partenaire français pour l’aider à redresser Opel, déficitaire depuis 2000 et en surcapacités chroniques. En échange, l’américain devait faire la courte échelle à PSA sur d’autres marchés, principalement la Chine et l’Amérique du Sud. Mais cette entente, pourtant matérialisée par l’entrée de GM au capital de PSA à hauteur de 7%, a rapidement volé en éclats. En décembre 2013, GM vendait ses actions PSA.

Numéro deux européen

Cette alliance a toutefois laissé un petit héritage. PSA et Opel ont actuellement trois projets communs de véhicules, le nouveau Zafira produit en France chez PSA, le successeur du C3 Picasso qui sera fabriqué en Espagne chez Opel et un petit utilitaire. Ils disposent également d’une coentreprise dans les achats de pièces en Europe. En allant plus loin, PSA et Opel pourraient espérer profiter d’économies d’échelle supplémentaires.

En plus de ses 1,9 million de véhicules vendus en Europe, PSA ajouterait les 1,2 million d’Opel/Vauxhall, et ravirait la seconde position du marché européen à l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, derrière l’indétrônable Volkswagen. Avec Opel-Vauxhall, PSA aurait environ 17% du marché européen, contre un peu mois de 10% actuellement. ll resterait loin des 24% de Volkswagen mais devancerait de près de 3 points Renault-Nissan. PSA prendrait également de vitesse Fiat Chrysler qui fait les yeux doux à GM depuis plusieurs mois, là aussi pour des questions d'atteinte de la taille critique.

Un sujet socialement et politiquement
sensible en Allemagne

Sur le papier, Opel est à la portée de PSA. Les activités automobiles du groupe français, y compris la quote-part dans Faurecia, génèrent de nouveau un cash-flow conséquent (1,8 milliard d’euros rien qu’au premier semestre 2016), et elles disposaient d’une situation de trésorerie positive de quasiment 6 milliards d’euros fin juin 2016.

Compte tenu de ses pertes récurrentes, Opel est difficile à valoriser. La division Europe de GM, qui inclut quasi-uniquement les ventes de la marque allemande et de Vauxhall, a dégagé 18,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2016. Sur la base du multiple de chiffre d’affaires de PSA estimé par S&P Capital IQ, soit 0,2 fois les ventes de 2016, GM Europe vaudrait environ 3,7 milliards de dollars, soit un quart de la capitalisation boursière de PSA.

Après avoir redressé les comptes du groupe depuis son arrivée en 2014 aux commandes de PSA, Carlos Tavares ne cachait pas sa volonté de faire grossir le groupe.

Le projet n’est toutefois pas sans risque pour PSA. Les pertes d’Opel auront du mal à être comblées sans une nouvelle réduction des capacités de production du constructeur allemand. Or, le sujet est socialement et politiquement sensible en Allemagne, où Opel exploite trois usines et emploie environ 15.000 personnes. Le syndicat IG Metall et le comité d'entreprise d'Opel ont fait part de leur surprise à l'annonce du projet hier. La ministre de l'Economie, Brigitte Zypries, a jugé inacceptable que des discussions se déroulent sans consultation des comités d'entreprise allemands ou des autorités locales. Elle a rappelé que GM avait la responsabilité de s'assurer que l’innovation chez Opel demeure en Allemagne.

Le projet plait aux investisseurs

L’Etat français, actionnaire de PSA à hauteur de 13,7% depuis la recapitalisation de 2014, semble voir l’opération d’un bon œil. «L'Etat soutient le management dans sa volonté de renforcer la taille critique du groupe (et) prêtera une attention particulière aux impacts en termes d'emplois et d'empreinte industrielle de ces différentes initiatives», a fait savoir le ministère de l’Economie. De leurs côtés, la famille Peugeot et le groupe chinois Dongfeng Motor, les deux autres actionnaires stratégiques de PSA, au même niveau que l’Etat, n’avaient pas officiellement réagi hier soir.

Le projet plait aux actionnaires. Le cours de l’action PSA a gagné 4,32% hier, plus forte hausse du CAC 40. Celui de GM a fini en hausse de 4,8% à la Bourse de New York.

Sensibilité au Brexit

La situation politique en Europe n’est pas sans risque sur la situation d’Opel. Le groupe exploite deux usines en Grande-Bretagne, son premier marché avec 289.000 véhicules vendus en 2016, contre 260.000 en Allemagne. Le vote sur le Brexit a coûté près de 300 millions de dollars en résultat d’exploitation à Opel l'année dernière, principalement en raison des effets de change, a récemment annoncé la direction de GM, qui s'attend toutefois à un effet moindre en 2017.

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