Ahold et Delhaize veulent peser aux Etats-Unis

le 25/06/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les deux distributeurs se marient, notamment pour créer des synergies entre leurs divisions américaines.

61% des ventes sont réalisées aux Etats-Unis.

Faisant suite à plusieurs semaines de rumeurs, et huit ans après une tentative avortée, Ahold et Delhaize ont officialisé hier matin leur mariage. Une «fusion entre égaux», selon les distributeurs belges. Plus exactement, les actionnaires d’Ahold détiendront 61% de la nouvelle entité Ahold Delhaize. Ensemble, ils pèsent 54,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires (dont 61% provenant d’Ahold), 2,1 milliards d’euros de résultat opérationnel récurrent (62% venant d’Ahold), et 1,8 milliard d’euros de cash flow libre (60% pour Ahold).

Près de 61% des ventes sont réalisées aux Etats-Unis, où le groupe sera le numéro six du secteur avec 5% du marché, contre 31% au Benelux, où Ahold Delhaize sera leader, et 8,5% en Europe de l’Est (République tchèque, Roumaine, Serbie et Grèce).

Ahold va redistribuer 1 milliard d’euros à ses actionnaires (soit près de 1,2 euro par action) via une réduction de capital et procédera à un regroupement d’actions. Ensuite, les actionnaires de Delhaize recevront pour chaque action détenue, 4,75 actions Ahold. Une parité qui valorise le groupe belge 90 euros par action (avant la réduction de capital), soit 2,3% au-dessus du cours de mardi. Après la redistribution aux actionnaires de Ahold, l’opération «valorise effectivement Delhaize à 84 euros par action, un ratio valeur d’entreprise sur Ebitda 2015 de 6,4 fois», note ING. «L’opération semble bonne pour les actionnaires d’Ahold ; ils reçoivent un milliard d’euros en cash et ne payent qu’une prime de 27% pour Delhaize, ce qui est bien inférieur à certaines des estimations initiales», ajoute Bernstein. Le groupe promet ensuite un taux de distribution de 40 à 50% du bénéfice net ajusté.

Le nouveau géant de la distribution alimentaire, avec 6.500 magasins dans le monde, mise sur 500 millions d’euros de synergies annuelles sur le résultat d’exploitation courant (soit 360 millions au niveau du bénéfice net), qui devraient être atteintes dès la troisième année. Ces synergies, pesant environ 0,8% des ventes 2015, sont en ligne avec les estimations d’ING. «Les synergies pourraient décevoir certains dans le marché», note néanmoins SNS Securities. Le mois dernier, Jefferies tablait jusqu’à 600 millions d’euros, et ABN Amro de 600 millions à 1 milliard d’euros sur la base d’un bénéfice d’exploitation de deux milliards. La mise en œuvre de ces synergies entrainera des coûts non récurrents de 350 millions d’euros.

Dick Boer, directeur général d’Ahold, prendra les rênes du nouveau groupe, tandis que Frans Muller, patron exécutif de Delhaize, deviendra directeur général délégué, en charge de l’intégration. Mats Jansson, président non exécutif de Delhaize sera président du conseil de surveillance d’Ahold Delhaize, avec deux vice-présidents, Jan Hommen (Ahold) et Jacques de Vaucleroy (Delhaize).

Si l’opération doit naturellement obtenir le feu vert des autorités de la concurrence, les impétrants ne sont pas inquiets. «Nous sommes vraiment complémentaires l’un et l’autre dans la plupart de nos marchés, c’est ce qui donne à notre fusion son caractère unique», a expliqué Dick Boer. Surtout, ce rapprochement aux Etats-Unis devrait leur permettre de mieux résister à la rude concurrence des magasins à bas coût de Wal-Mart et d’Aldi.

Ahold est conseillé par Goldman Sachs et JPMorgan, et Delhaize par BoA Merrill Lynch et Deutsche Bank.

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