Le risque porté par Toyota donne lieu à des estimations très larges

le 25/02/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Perte de parts de marché, baisse de valeur du parc d’occasions, class actions : Toyota est exposé à une multitude de risques qui complique les simulations

Environ 100 milliards de yens pour les rappels, plus 70 à 80 milliards de yens de pertes de ventes. Toyota a déjà estimé entre 170 et 180 milliards de yens (1,4 à 1,5 milliard d’euros) l’impact de ses déboires actuels sur son exercice en cours (à fin mars). Mais les effets pourraient être bien plus sévères. Surtout au vu de l’implication des autorités américaines dans ce dossier.

Outre le coût direct du rappel et celui immédiat sur les ventes, le bureau de recherche Pelham Smithers a identifié plusieurs grands risques: l’effet sur les ventes à plus long terme, l’impact sur les marges, le risque de poursuites de la part de clients, la baisse de valeur résiduelle du parc en leasing, les possibles poursuites d’assureurs, voire des actions de la part des actionnaires de Toyota.

Reste à quantifier ces éventualités. D’autant que JPMorgan avoue que les conséquences de cette affaire constituent aujourd’hui la principale interrogation des investisseurs.

Si la lecture des notes d’analystes prouve leur embarras pour appréhender avec précision les implications financières de ces rappels, certains tentent néanmoins de donner quelques repères. Notamment pour les plus grands risques que sont l’éventuelle baisse des ventes, les surcoûts et les poursuites envisageables.

Les exemples passés de rappels chez Ford et GM montrent que l’effet peut être très violent à court terme, avec des parts de marché pouvant rapidement chuter de 3 à 10 points. En revanche, «il ne paraît pas évident que cela puisse continuer à jouer à long terme», selon JPMorgan. Sur la même longueur d’onde, le site spécialisé Edmunds.com n’anticipe qu’une perte de part de marché de 1 point. Ce qui correspond à une baisse de 6% des volumes locaux de Toyota (17% de pénétration fin 2009). Morgan Stanley se veut un peu plus pessimiste. Il attend un recul de 3 points de la pénétration du japonais aux Etats-Unis. Mais certains sont encore plus sombres, visant une part de marché de 11% qui traduirait une baisse des ventes de 500.000 unités. D’une manière générale, les analystes estiment à 80-100 milliards de yens l’impact sur le résultat opérationnel d’une baisse de 1 point de la pénétration outre-Atlantique. Ce qui donne une idée des sommes en jeu.

Cet impact sur les volumes pourrait aussi s’accompagner d’une baisse de la rentabilité. Le constructeur devra en effet revoir d’une part son outil industriel et sera d’autre part incité par ses clients à faire des gestes commerciaux. D’aucuns préviennent qu’un surplus d’incitations de 1.000 dollars par véhicule se traduirait par un manque à gagner total de 2 milliards de dollars sur le résultat.

La perte de valeur des véhicules en leasing pourrait aussi être lourde. La valeur de revente des véhicules, déjà en recul de 4%, pourrait baisser de 10% selon Edmunds.com. Or, précise Deutsche Bank, une baisse de la valeur résiduelle se traduirait par un surcoût de 15 millions de yens par point de variation.

Reste enfin le cas des éventuelles poursuites en class action (actions de groupe). Si plusieurs observateurs se contentent pour l’heure de parler de «milliards de dollars» concernant les dossiers liés à des accidents imputés aux défauts des véhicules, des chiffres plus précis circulent sur le préjudice financier revendiqué par des possesseurs de Toyota. Plusieurs clients ont en effet engagé des actions contre le constructeur arguant que leur voiture a perdu de la valeur suite à la campagne de rappels. L’avocat qui coordonne leurs demandes en vue d’une class action, Tim Howard, a déjà dit que ce volet de l’affaire pourrait se monter à 2 milliards de dollars.

Si observateurs et experts n’en sont qu’à l’heure des simulations, il paraît d’ores et déjà évident que la facture pourrait être salée pour le japonais et donner lieu à des provisions dès les résultats à fin mars.

Néanmoins un autre cas similaire peut permettre de nuancer quelque peu les craintes… du moins concernant les class actions. En 2000, Bridgestone avait connu lui aussi une vaste campagne de rappel, ses pneus ayant été mis en cause dans 174 accidents mortels (contre 19 plaintes actuellement pour Toyota). Le coût des procès s’était élevé à 1,05 milliard de dollars pour une facture totale de 2,36 milliards de dollars (voir tableau). Ainsi pour JPMorgan, si Toyota devait subir des sanctions comparables, le coût de ce volet juridique «équivaudrait globalement à 1% des actifs nets du groupe (10.000 milliards de yens à fin septembre)». Et JPMorgan d’ajouter que Toyota a fait son mea culpa beaucoup plus vite que Bridgestone, laissant de surcroît entrevoir un règlement plus rapide.

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