La pharmacie continue d’animer les M&A

le 29/09/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Hier, deux opérations sont venues gonfler de 5,5 milliards d’euros le volume des rapprochements du secteur

En 2009, la plupart des grands laboratoires ont multiplié les acquisitions, de Pfizer à Sanofi en passant par Merck. Si bien que la pharmacie est l’un des rares secteurs à progresser en matière de fusions-acquisitions cette année (voir graphique). En intégrant les opérations d’hier réalisées par Abbott et Johnson & Johnson pour un cumul de 5,5 milliards d’euros, les volumes sur neuf mois s’élèvent à 193,5 milliards de dollars (+13 % en un an). Désormais, le secteur compte pour 12 % des M&A, contre à peine 6,7 % il y a un an.

Cette activité soutenue n’a rien de surprenant pour les spécialistes du secteur. Avec des groupes certes pourvus de liquidités, mais devant faire face à des pressions concurrentielles croissantes, beaucoup avaient en effet anticipé cette course à la taille. Les deux opérations dévoilées hier n’échappent d’ailleurs pas à la règle.

Solvay avait indiqué en avril dernier avoir engagé une revue stratégique quant au devenir de sa branche pharmacie. Finalement, le groupe belge a fait part d’un accord pour la cession de cette activité à l’américain Abbott Laboratories. Or, pour le directeur général de Solvay, Christian Jourquin, pas de doute : le groupe ne dispose pas d’une taille suffisante pour répondre à terme aux exigences d’un secteur caractérisé notamment par des pressions croissantes sur les prix ou par des coûts de développement en hausse. Solvay renonce donc pour se recentrer sur la chimie et les plastiques, laissant le géant américain tirer profit de son activité pharmaceutique.

Car l’accord permet à Abbott de reprendre sa marche en avant dans les médicaments sur prescription, en mettant la main sur un portefeuille non négligeable de produits en fin de tests cliniques, et en gagnant un accès élargi aux marchés émergents. Un pas stratégique jugé nécessaire par le directeur général Miles White, qui privilégie pourtant le développement dans le matériel médical ou les produits ophtalmiques.

La transaction nouée avec Solvay représente une valeur d’entreprise de 5,2 milliards d’euros. A un paiement initial en numéraire de 4,5 milliards s’ajoutent en effet une reprise de dettes de 400 millions ainsi que des paiements additionnels entre 2011 et 2013 en fonction des performances des activités rachetées et qui pourraient s’élever jusqu’à 300 millions d’euros. L’acquisition, financée avec des liquidités disponibles, devrait être finalisée au premier trimestre 2010.

Hier encore, Johnson & Johnson a fourni une nouvelle démonstration de la course à la taille que se livrent les laboratoires pharmaceutiques. Le groupe américain est convenu de souscrire des actions nouvelles émises à son attention par le néerlandais Crucell, et représentant 18 % du capital de ce dernier. Cela pour 302 millions d’euros, représentant une prime voisine de 30 % sur le cours de clôture vendredi.

Une opération annoncée comme entrant dans le cadre d’un projet de développements de produits en commun, tout d’abord dans le domaine d’un vaccin universel contre toute forme de grippe. En début d’année, l’américain Wyeth avait renoncé à fondre sur Crucell, étant lui-même devenu une proie, celle de Pfizer. La prise de participation dévoilée hier pourrait mettre pour un temps Crucell à l’abri d’autres prédateurs.

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