Les marchés s'ouvrent en grand aux entreprises

le 29/05/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les opérations Eurazeo et Pernod témoignent de l'appétit retrouvé des investisseurs

Eurazeo qui rouvre le marché des obligations échangeables en euros, Pernod Ricard, noté « BB+ », qui place sans problème un emprunt… La journée d’hier a marqué une nouvelle étape dans l’effervescence qui règne sur le marché de la dette corporate. « Les entreprises ont à leur disposition de plus en plus de moyens de se refinancer. A moins d’un choc externe qui ferait remonter brutalement la prime de risque ou la volatilité, la fenêtre devrait rester ouverte », estime Thierry Cantet, responsable de la recherche dérivés actions chez Calyon.

Les entreprises bénéficient de la baisse des spreads et des rendements. L’indice iTraxx HiVol, reflet des CDS des sociétés notées en catégorie investisseur, s’est resserré de 200 points de base en trois mois. Dans le même temps, les spreads corporate dépassent toujours leurs niveaux précédant la faillite de Lehman, ce qui attire les investisseurs.

Alors que les premiers émetteurs, début 2009, n’étaient issus que des secteurs non cycliques et devaient consentir des marges prohibitives, les rapports de force s’inversent. « En début d’année, nous étions sur un marché d’acheteurs. La situation s’est complètement renversée. On a vu des sociétés abaisser le rendement proposé sous la fourchette indicative compte tenu de la demande, et très peu d’investisseurs annulent leurs ordres », indique Thierry Million, directeur de la gestion obligataire et de la recherche quantitative chez Allianz Global Investors France.

Bien que noté en catégorie spéculative, Pernod Ricard a ainsi émis hier 800 millions d’euros avec un coupon de 400 pb, la borne basse d’une fourchette elle-même revue en baisse par rapport à une fourchette initiale de 425-440 pb. Le groupe de spiritueux se refinance ainsi à un coût plus favorable que certains émetteurs notés en catégorie investisseur.

L’embellie est aussi visible sur le compartiment de l’equity linked (titres convertibles et assimilés), ressuscité depuis deux mois. Arcelor Mittal avait rouvert le segment fin mars, en émettant avec une prime de 32 % et un coupon de 7,25 %. Le groupe sidérurgique a pu procéder à une deuxième émission fin avril avec un coupon de 5 %, et s’est ouvert les portes d’un marché obligataire classique auquel il n’avait plus accès.

La demande devrait rester forte sur ce marché désormais animé par des gérants traditionnels et non plus des arbitragistes. « Entre la fin des assemblées générales et début juillet, on devrait voir arriver d’autres convertibles. Les entreprises cycliques et qui en ont déjà émis par le passé sont de bons candidats », indique un banquier. De son côté, Thierry Cantet estime que « les obligations échangeables pourraient intéresser d’autres sociétés endettées qui ont des participations non stratégiques mais ne souhaitent pas les céder aux niveaux de cours actuels ».

Certains professionnels gardent cependant la tête froide. La réouverture du segment du high yield en euros doit être confirmée, même si Virgin Media a aussi annoncé son intention d’émettre en euros. Pernod Ricard, en raison de sa notoriété, n’est pas considéré comme une vraie entreprise spéculative. Et pour Thierry Million, « on assiste à une perte de la notion du risque de défaut individuel. Il convient de rester extrêmement prudent et d’investir sur des signatures capables de passer un cycle économique, car il y aura probablement des défauts dans les mois qui viennent ».

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